L’augmentation de capital de Credit Suisse convainc les marchés
Il n’y
aura pas de mise en bourse partielle de l’entité suisse de la banque. A
la place, elle prévoit de lever 4 milliards. Une solution jugée
préférable pour les actionnaires
Ce serait la meilleure solution pour les
investisseurs. Après des mois de suspense, Credit Suisse a annoncé
mercredi matin sa décision de renoncer à l'introduction en bourse
partielle de son entité suisse. A la place, la deuxième banque suisse
prévoit une augmentation de capital, qui devrait permettre de lever
4 milliards de francs et, ainsi, consolider les fonds propres de
l’établissement. Lire aussi: La mue de Credit Suisse s’accélère
A voir la réaction de la bourse, les marchés apprécient. A
l’ouverture, l’action de Credit Suisse bondissait de 2,5%. Une
progression a priori paradoxale puisque le nombre de nouvelles actions
créées provoquera une dilution des actions, précisément de 18%,
calcule Loïc Bhend, analyste spécialisé dans le secteur bancaire chez
Bordier.
«Bonne idée»
«Cette décision était de plus en
plus attendue, avec une levée de fonds imaginée dans une fourchette de 3
à 5 milliards», explique l’expert de la banque genevoise. Pour lui,
«c’est plutôt une bonne idée à plus long terme. Cela implique qu’ils
gardent cette activité dont le rendement sur les fonds propres est
élevé.» Cet aspect avait commencé à provoquer des désaccords au sein
même de Credit Suisse, certains estimant néfaste de se débarrasser de
l’entité la plus rémunératrice du groupe.
«Nous croyons que de
continuer de posséder entièrement à l’avenir une banque suisse de valeur
est le chemin» qui portera le plus de fruits pour les actionnaires, a
déclaré Urs Rohner, président du conseil d’administration, dans le
communiqué. Dans une conférence téléphonique, Tidjane Thiam, directeur
général, a expliqué que cette option serait «plus efficace, moins chère
et provoquerait moins de dilution pour les actionnaires». Il a ajouté
que Credit Suisse n’avait pas fondamentalement changé sa stratégie.
«Nous avons toujours dit vouloir lever entre 9 et 11 milliards, la
question du comment, pour cette dernière étape, restait ouverte.»
Focus sur la croissance
Le sujet ne sera pas abordé
vendredi lors de l’assemblée générale ordinaire, mais le 18 mai lors
d’une assemblée générale extraordinaire. Les souscriptions pourront
commencer le 23 mai et les montants devraient être levés d’ici au
8 juin. Quelque 380 millions de nouvelles actions d'une valeur nominale
de 4 centimes seront mises sur les marchés. Le but est de renforcer le
ratio de fonds propres durs à 13,4%, contre 11,7% à fin mars. Le ratio
d’endettement (leverage ratio) devrait atteindre 3,8%.
Pour Morgan
Stanley, cette issue était prévisible. «Elle permettra désormais à
Credit Suisse de se concentrer sur ses objectifs de croissance», se
réjouissent les analystes dans une note. Ces derniers ont une
perspective positive sur le titre.
Les bonus en baisse? «Un geste»
Interrogé
sur la polémique qui s’est enflammée sur la distribution des bonus,
Tidjane Thiam a dit comprendre les préoccupations et expliqué avoir
voulu «faire un geste pour les apaiser, sans avoir subi de pression de
quiconque». Sur les rumeurs qu’il donnerait sa démission en cas de refus
des bonus, le responsable n’a pas commenté. Les porte-parole de la
banque avaient déjà réfuté ces spéculations, parues dans le Financial Times mardi. A ce propos: Sous la pression, Credit Suisse coupe dans ses bonus
Bénéfice au premier trimestre
«Je
n’aurais pas pu souhaiter un meilleur trimestre», a déclaré Tidjane
Thiam, présentant les résultats pour les trois premiers mois de l’année
mercredi matin. Ils sont en effet meilleurs que ce qu’attendaient les
analystes. En termes de chiffres, ce «solide démarrage» se traduit par
un bénéfice avant impôts de 670 millions de francs. L’an dernier à la
même période, Credit Suisse perdait près d’un demi-milliard. Le bénéfice
net atteint 596 millions, contre une perte nette de 302 millions l’an
dernier.
La performance du premier trimestre vient en grande
partie de l’entité suisse, qui a produit un bénéfice avant impôts ajusté
de 483 millions, en hausse de 2% sur un an. Il s’agit de son cinquième
trimestre consécutif de hausse.
Afflux de fonds
Credit
Suisse s’est également félicité de l’afflux net de fonds qui continue.
Au premier trimestre, il s’est élevé à 24,4 milliards, contre des
retraits de 6,7 milliards au premier trimestre 2016. La masse sous
gestion atteint désormais 1304,2 milliards de francs.
La banque
d’investissement, comme la gestion fortune, ont aussi enregistré des
résultats positifs. Pour l’ensemble de 2017, Credit Suisse confirme son
objectif de réduction des coûts à 18,5 milliards de francs. Lors de la
conférence téléphonique, Tidjane Thiam a expliqué que les enjeux les
plus pressants sont désormais sous contrôle ou proches de l’être
(renforcement du capital, baisse des coûts, etc.) mais «l’effort
d’amélioration ne s’arrêtera jamais»
Depuis
son entrée en fonction, les investisseurs ont regardé Tidjane Thiam, son
programme et ses objectifs avec, souvent, beaucoup de scepticisme. Le
patron de la deuxième banque suisse a pourtant peut-être réalisé
l’amorce de son redressement
Il y a deux façons de voir les résultats de Credit
Suisse. Soit on s’attarde sur la perte sèche subie en 2016, la deuxième
d’affilée, conséquence d’une nouvelle amende faramineuse (plus de
5 milliards de francs) infligée par les autorités américaines. De la
même manière, on peut aussi rester focalisé sur la restructuration qui
touche cette banque depuis l’arrivée de son nouveau directeur général,
Tidjane Thiam, en juillet 2015. Les réductions d’effectifs font des
ravages dans la banque d’affaires, à Londres et à New York surtout. Mais
elles en font aussi dans les filiales en Suisse.
Il est
pourtant possible de lire une autre histoire dans les annonces de la
deuxième banque suisse mardi. Celle de l’amorce du redressement d’une
banque en état de déliquescence lorsque le Franco-Ivorien en a pris les
rênes à l’été 2015.
Ne pas brader le joyau
L’ex-responsable
de l’assureur britannique Prudential s’était fixé plusieurs missions à
son arrivée. Parmi les plus urgentes et vitales: renforcer l’assise
financière de Credit Suisse. Vite fait, mais (bien) fait. A tel point
qu’en plus de l’augmentation de capital réalisée il y a plus d’une
année, la deuxième étape pour lever des fonds – introduire en bourse une
partie de l’entité suisse de la banque – ne sera peut-être pas
nécessaire. C’est ce que laisse supposer le changement de ton dans le
communiqué et des rumeurs venant du conseil d’administration, réticent à
céder ce qu’il considère comme le «joyau» de la banque, l’entité la
plus rentable du groupe. Lire aussi: Credit Suisse dépend plus que jamais de son unité helvétique
Si les années et les pertes se succèdent, sous l’ère Thiam,
c’est aussi parce que le nouveau venu a entrepris un grand nettoyage,
synonyme de découverte de cadavres du passé plombant les comptes.
C’était le cas lors de la publication des résultats de 2015, avec
l’amortissement d’actifs survalorisés issus de l’acquisition de DLJ en
2000.
Attentes normales
Aujourd’hui, le programme de
réduction des coûts et de la taille de la banque d’affaires est en bonne
voie. Les affaires du passé – subprimes, clientèle américaine –
semblent réglées. Accueilli comme le messie capable de sauver une banque
sclérosée lors de sa nomination, Tidjane Thiam s’est trouvé à deux
doigts de devenir le paria de la Paradeplatz l’été dernier
lorsque l’action de Credit Suisse est tombée sous les 10 francs pour la
première fois depuis la fin des années 1980. Il semble aujourd’hui
redevenu un dirigeant soumis à des attentes à peu près normales.
La
banque peut désormais se concentrer sur sa croissance et sa
rentabilité. Tidjane Thiam s’était fixé deux ans pour y arriver, lors de
la première présentation de sa stratégie en octobre 2015. Il avait
alors révélé des objectifs jugés – au mieux – trop ambitieux ou – au
pire – irréalistes. Il les a depuis revus à la baisse. Reste à voir
s’ils sont tenables.
Le vrai test, donc, sera pour la fin de l’année. Lire aussi: Tidjane Thiam, un banquier sous pression
Tidjane Thiam s’est longtemps plaint du «plafond de
verre» auquel il s’est heurté en France. Ingénieur sortant major de sa
promotion de la prestigieuse Ecole des Mines, polytechnicien, diplômé
d’un master de l’école de commerce Insead, il avait toutes les qualités
pour trouver un emploi de très haut niveau. Mais cet Ivoirien de
naissance, qui a la double nationalité franco-ivorienne, dit avoir
longtemps buté sur un racisme fait de non-dits qui lui a bloqué les plus
hautes marches des entreprises françaises. A tel point que quand un
chasseur de têtes l’a démarché pour rejoindre le groupe britannique
d’assurance Aviva en 2002, il a commencé par lui préciser au téléphone:
«Je suis Noir, francophone et je mesure 1,93 mètre.»
Tidjane
Thiam aura finalement réussi à briser le plafond de verre, non
seulement en France, mais aussi parmi les élites de la finance mondiale.
Nommé mardi directeur général de Credit Suisse, il n’est que le
deuxième Noir à arriver à la tête d’une grande banque internationale,
après Stanley O’Neal qui a dirigé Merrill Lynch jusqu’en 2007.
Partout
où il va, l’homme impose le respect. Assez direct, parlant de façon
très simple et relativement douce, qui tranche avec son imposant
physique, Tidjane Thiam a réussi une carrière spectaculaire. Ça n’a
pourtant pas du tout été un long fleuve tranquille.
Né en
1962, ce père de deux enfants est issu d’une grande famille de la
politique ivoirienne. Son père, Amadou Thiam, avait épousé une nièce du
président Félix Houphouët-Boigny. Nommé ministre de l’Information alors
que Tidjane avait 1 an, il est ensuite écarté du pouvoir, puis nommé
ambassadeur au Maroc, avant de redevenir ministre à la fin des années
1970.
Après une scolarité en Côte d’Ivoire, Tidjane Thiam
réussit des études brillantes supérieures en France. C’est à sa sortie
des études, après avoir défilé en 1984 comme polytechnicien sur les
Champs-Elysées le 14 juillet, qu’il se heurte au plafond de verre. C’est
un cabinet de consultants américain, McKinsey, qui le recrute. Il
travaille pour eux à Paris puis à New York. Mais quand le président
ivoirien Henri Konan Bédié l’invite en 1994 à revenir à son pays natal,
il n’hésite pas longtemps. Il devient le responsable du Bureau national
d’études techniques et de développement. Quatre ans plus tard, il est
promu pour devenir ministre du Plan. Quand arrive le coup d’Etat de
1999, Tidjane Thiam se retrouve sans emploi, sans carrière et sans plan
de secours.
Il rejoint le cabinet McKinsey, où il est promu associé,
et il reprend son travail de conseil auprès de compagnies d’assurance
et de banques. Trois ans plus tard, quand il est approché par le
britannique Aviva, il hésite pourtant. «J’étais prudent, raconte-t-il
dans l’émission de la BBC Desert Island Disc. C’est
difficile de travailler dans une langue qui n’est pas la vôtre.» Son ami
Richard Harvey, qui dirigeait alors Aviva, le convainc.
L’immigré
ivoirien qui travaillait en France devient alors un immigré français à
la City. «J’avais dit à un ami: «Quand même, être Noir dans ce milieu,
ce n’est pas facile.» Il m’a répondu: «Ne t’inquiète pas, tu es
Français, et à la City, c’est bien plus handicapant. Ton accent est
français.»
Devenu directeur financier d’Aviva, où il est
pressenti pour prendre la tête du groupe, il surprend tout le monde en
rejoignant Prudential en 2008, dont il devient le directeur général
l’année suivante. Tidjane Thiam tente alors un coup qui a failli lui
coûter sa carrière. Il trouve un accord avec le géant américain AIG pour
lui acheter sa filiale asiatique, AIA. Objectif: devenir le leader de
l’assurance vie dans cette région d’avenir. Le pari financier, à
35 milliards de dollars, est gigantesque. A tel point que c’est un échec
retentissant: les actionnaires de Prudential s’y opposent.
Stoïque
dans l’adversité, Tidjane Thiam fait face à une assemblée générale
houleuse en juin 2010, où de nombreux actionnaires réclament
publiquement sa tête. Il tient bon, reconnaît son échec et tourne la
page.
Cinq ans plus tard, il est salué de tous. Le cours
de bourse de Prudential a triplé, après une période d’expansion très
agressive. Le bénéfice opérationnel du groupe a augmenté de 14% en 2014,
dont un tiers est réalisé en Asie, un deuxième gros tiers aux
Etats-Unis et le reste au Royaume-Uni. «Il n’y a pas de meilleur moment
(pour quitter l’entreprise)», assure-t-il.
Une
interrogation revient cependant régulièrement à propos de son transfert à
Credit Suisse: Tidjane Thiam n’est pas un banquier. Il n’a jamais
travaillé pour une banque. Le pari à la tête de l’institution suisse est
risqué. Mais le Franco-Ivoirien a l’habitude de briser les plafonds de
verre.
image:
http://s1.lemde.fr/image/2015/03/17/768x0/4595070_7_9ac7_tidjane-thiam-pose-lors-d-une-conference-du_e2ae0671641c2f716a8bf43ba96a2a47.jpg Le jour de la remise du baccalauréat au lycée classique
d’Abidjan, Tidjane Thiam éclate en sanglots. Ce ne sont pas des larmes
de joie, mais de rage. Parce qu’il n’a obtenu qu’une mention « bien » au
lieu de la mention « très bien » qu’il visait. Un 9/20 en histoire-géo a
fait chuter sa moyenne, sans cela excellente. « Le professeur avait jugé la copie trop bonne pour être honnête »,
explique Daouda Thiam, l’un de ses frères. Leur père, qui venait d’être
nommé pour la seconde fois ministre de l’information du président
francophile Félix Houphouët-Boigny, n’a pas voulu intervenir pour
corriger l’injustice, « de peur que l’on ne parle de pressions politiques ». C’était en juillet 1980.
Trente-quatre ans plus tard, Tidjane Thiam, devenu le CEO reconnu
du géant britannique de l’assurance Prudencial, va prendre la direction
du Crédit suisse. Lors d’un débat public il y a quelques années, il a
raconté qu’il se souvenait « encore très bien du passage avec “nos ancêtres les Gaulois”»
: le censeur du lycée d’Abidjan, un Français, n’avait pas vraiment cru
qu’il parviendrait à entrer dans une grande école à Paris. « J’étais très content de revenir deux ans plus tard pour lui annoncer que j’avais été admis à Polytechnique. » Haut la main.
Une maman illettrée
Dernier de sept enfants, Tidjane Thiam a toujours voulu être le meilleur. « Quand on a quatre grands frères et deux grandes sœurs, ceux qui sont avant vous essaient tout le temps de vous rouler », explique Daouda Thiam, rencontré à Abidjan cette semaine. « Il faut être malin pour survivre. Et malin, Tidjane l’était certainement, espiègle et casse-pieds aussi. » Mais surtout, ajoute son grand frère, il avait l’esprit de compétition.
image:
http://s1.lemde.fr/image/2015/03/17/768x0/4595226_4_2339_noel-1968-tidjane-thiam-le-petit-dernier_462a591d340ef710e4c86c017e39530d.jpg Aziz, l’avant-dernier des cinq fils, de huit ans l’aîné de
Tidjane, avait fait la prestigieuse Ecole centrale à Paris, qui forme
l’élite des ingénieurs. « Nous avons découvert que Tidjane, alors
âgé de 12 ou 13 ans, avait récupéré les notes d’Aziz et qu’il en avait
fait des graphiques afin de placer ses propres notes dessus. Il voulait
s’assurer qu’il était plus performant que son grand frère. »
Cette volonté de réussite scolaire leur venait de leur mère,
Mariétou. Issue d’une noble lignée de Yamoussoukro, nièce du président
Félix Houphouët-Boigny, elle n’avait pourtant appris à lire qu’une fois
adulte, lorsque les plus grands de ses fils étaient entrés au collège.
Le grand-père, Papa Sow, avait refusé de l’envoyer à « l’école des
Blancs ».
Quant au père de Tidjane, il avait bénéficié d’une
éducation à la française. Né en 1923 à Dagana sur les rives du fleuve
Sénégal, 2 000 km au nord-ouest d’Abidjan, Amadou Thiam avait été
inscrit d’autorité à l’école républicaine, malgré les réticences de son
père. Et compte tenu de l’excellence de ses résultats, Amadou avait pu
partir en France métropolitaine, d’où il était revenu diplômé de
l’Institut international de journalisme de Strasbourg. A 36 ans, il
devient directeur de Radio Côte d’Ivoire, dans sa patrie d’adoption,
avant d’être nommé ministre de l’information, en février 1963. Tidjane
Thiam a 7 mois et la vie s’ouvre à lui.
Une enfance à Rabat
Seulement
voilà, en août 1963, après quelques mois au ministère, son père est
arrêté avec une trentaine de personnes soupçonnées d’avoir fomenté un
complot contre le président. Finalement mis hors de cause, Amadou Thiam
est nommé ambassadeur au Maroc en 1966.
Entre 4 et 15 ans, Tidjane Thiam passe donc l’essentiel de son enfance à Rabat. « Nous étions l’une des premières familles noires à vivre là-bas. On générait une certaine curiosité », concédera-t-il plus tard, lors d’une interview à CNN.
Tous
les matins, un chauffeur emmenait les enfants à l’école. Mais très
souvent le petit Tidjane s’endormait dans la voiture. Donc, le chauffeur
revenait à la maison avec sa précieuse cargaison. « Mais le petit dort
», chuchotait-il. Et il le portait dans sa chambre. Son grand frère
Daouda se souvient encore du jour où ce petit manège s’est arrêté : « L’un d’entre nous l’a regardé et a remarqué que les paupières de Tidjane bougeaient… Il faisait semblant de dormir ! »
Alors, pour le motiver, ses parents ont instauré un curieux contrat,
raconte Daouda. Quand il était premier de sa classe, les grands
l’emmenaient manger une glace à la vanille. A Rabat, puis à Abidjan,
Tidjane en mangeait souvent.
Augutin, l’un des autres frères, détaille le système Thiam : « Quand
le mercredi on recevait les bulletins, si ce n’était pas bon, on
n’allait pas au cinéma le lendemain. Pareil pour les grandes vacances :
ceux qui étaient les premiers allaient en Europe et revenaient avec
plein de souvenirs. Les autres allaient au village. Ça n’est jamais
arrivé à Tidjane. Il ne sait pas ce que c’est qu’être deuxième. »
Chez les jésuites
Après
le bac, l’adolescent part d’abord en classe préparatoire au fameux
lycée Sainte-Geneviève à Versailles, tenu par les jésuites. Ses parents,
qui étaient des musulmans pratiquants, se sont toujours montrés très
ouverts à l’égard de la religion. Leurs sept enfants ont tous reçu un
prénom musulman. Mais si l’un d’eux a fait le pèlerinage de La Mecque,
deux sont devenus catholiques et un autre protestant. Tidjane, lui, est
resté fidèle à ses origines et dit volontiers qu’il est musulman.
En
1981, Tidjane tient sa revanche sur son frère Aziz : il est reçu à
Polytechnique, qui forme l’élite de l’élite des ingénieurs, une grande
école encore plus prestigieuse que Centrale. La France s’ouvre à lui.
image:
http://s1.lemde.fr/image/2015/03/17/768x0/4595225_6_2fd1_etudiant-a-polytechnique-qui-forme-l-elite_016878d5a8129542ac31bd94de2f25cc.jpg Nous sommes le 14 juillet 1983. A 10 h 38, en grande tenue,
Tidjane Thiam entame la descente des Champs-Elysées. Grâce à son 1 mètre
93, lui, premier Ivoirien de l’histoire à avoir été admis à l’X, marche
au premier rang du cortège des polytechniciens. Comme le veut la
tradition, l’école, sous tutelle du ministère de la défense, ouvre le
défilé de la fête nationale française. « Ma mère est là, écrira plus tard Tidjane Thiam, profondément
émue de voir le plus jeune de ses sept enfants porter cet uniforme si
symbolique de l’idée qu’elle se fait de la France. » A cet instant,
tout semble possible. Elu deux ans plus tôt, le président François
Mitterrand est toujours en état de grâce et un mois et demi avant le
défilé, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor a été le premier Africain
admis à l’Académie française.
Major de l’Ecole des mines
Mais
Tidjane Thiam devra déchanter. Après Polytechnique, il entre à l’Ecole
des mines, dont il sortira major de sa promotion en 1986. Le professeur
Alain Gaunand, alors jeune maître assistant, se souvient très bien de
Tidjane Thiam : « Il était brillant intellectuellement et, en plus, il était très agréable dans les relations humaines. »
Seulement, malgré un excellent stage en entreprise chez Air Liquide, le
géant français du gaz industriel où il avait fait un travail remarqué
sur le « calcul d’échange de chaleur multiplaques », Tidjane Thiam n’avait reçu presque aucun entretien d’embauche.
Le
directeur des études de l’Ecole des mines, Gilbert Frade, ayant
remarqué cette différence de traitement, lui conseille alors de
s’orienter vers les Anglo-Saxons. « Je n’avais jamais entendu parler
de McKinsey ; je ne connaissais pas leurs activités. Je les ai
rencontrés et ils m’ont fait une offre », racontera Tidjane Thiam des années plus tard.
Ancien de chez McKinsey, le Genevois Eric Bernheim a travaillé avec Tidjane Thiam sur différents projets. « Déjà à l’époque, c’était quelqu’un d’absolument brillant. »
En 1988, à 26 ans, il obtient son MBA en cours d’emploi à la
prestigieuse Insead, à Fontainebleau, véritable usine à grands patrons.
Une épouse de Pennsylvanie
En
1989, Tidjane Thiam s’envole pour New York, où il intègre pour une
année le Young Professional Program de la Banque mondiale. C’est aussi
là qu’il rencontre Annette, une Afro-Américaine de Pennsylvanie, qu’il
épousera bientôt. Par amour, elle se convertit à l’islam. Retour à
Paris, chez McKinsey.
Un samedi, en 1994, sa femme et lui étaient
sortis au cinéma. Une fois rentrés, sur le répondeur, un message d’un
conseiller invite Tidjane Thiam à rappeler au plus vite : le nouveau
président ivoirien Henri Konan Bédié veut déjeuner avec lui.
C’est
ainsi que Tidjane Thiam devient, à 31 ans, le directeur du Bureau
national d’études et de développement technique à Abidjan, chargé des
grands travaux. Il y restera six ans. « Je ne sais pas si je serai
de nouveau confronté à des circonstances aussi exceptionnelles que
celles que j’ai trouvées à mon arrivée en Côte d’Ivoire », dira
plus tard Tidjane Thiam. Après la dévaluation de 50 % du franc CFA, le
11 janvier 1994, il faut tout renégocier : les salaires, les tarifs de
l’eau, de l’électricité, etc. Son rôle le plaçait au cœur de beaucoup de
ces discussions.
Si l’on avait additionné toutes les demandes de
financement qu’il avait sur la table, expliquera-t-il plus tard, cela
aurait fait l’équivalent de son budget multiplié par 50 ou par 100. « Passer
de 50 à 1 est très difficile. C’est comme choisir de se couper le bras
gauche ou le bras droit. C’est douloureux. Et à chaque fois, des vies
sont en jeu. Vous pouvez lire autant de livres que vous voulez, rien ne
vous prépare à une épreuve pareille. »
Intronisé « prince des Baoulés »
Il
lui faut donc trouver des solutions. Dans son équipe, Thiam embauche de
jeunes Ivoiriens, qui remplacent peu à peu la majorité d’expatriés
français. Il lance des privatisations ou des partenariats public-privé
sur l’eau, l’électricité, les télécommunications, l’aéroport, les bus,
des ponts à péage, etc. En août 1998, lui, le technocrate, le cartésien,
qui n’a jamais voulu se compromettre en politique, est nommé ministre
de la planification. A contrecœur, jure ses proches. Tidjane, fils
d’immigré sénégalais, est aussi intronisé « prince des Baoulés »,
l’ethnie du grand Houphouët-Boigny.
Durant cette période, Tidjane Thiam a largement inspiré une
vision pour son pays en 2025. Le scénario le plus désirable s’appelait «
La marche des éléphants d’Afrique », avec une série de douze grands
travaux. Le scénario pessimiste, intitulé « Le Suicide du scorpion »,
avait comme il fallait s’y attendre fini au fond d’un tiroir : il
prédisait un coup d’Etat si le président Bédié continuait sur sa lancée.
Coup d’Etat le 24 décembre
Et
c’est exactement ce qui s’est produit. Le 24 décembre 1999, des
militaires prennent le pouvoir. Tidjane Thiam, lui, est aux Etats-Unis
dans sa belle-famille. Une semaine après avoir intégré le « Dream
Cabinet » du club des « 100 Global Leaders », créé sous l’égide du World
Economic Forum, le monde s’écroule sous ses pieds.
Avec son passeport français, hérité de son père, il aurait pu ne jamais rentrer. « Mais je ne voulais pas être un fugitif pour le reste de ma vie »,
expliquera Tidjane Thiam. Et puis il avait peur pour son équipe. Il
rentre donc à Abidjan, seul, sans sa femme et ses deux fils, alors âgés
de 4 et 6 ans.
image:
http://s1.lemde.fr/image/2015/03/17/768x0/4595227_4_6c4d_le-6-janvier-2000-juste-apres-le-coup_0f858d246f3b1aaca258a9739aa65d5f.jpg Grâce à l’une de ses assistantes, qui avait veillé devant la
porte la nuit du coup d’Etat, le bureau n’avait pas été pillé. Tidjane
Thiam – décrit quelques mois plus tôt comme possible premier ministre en
dépit de son ascendance sénégalaise – décide d’abandonner la politique.
Le 6 janvier 2000, il passe la main à son successeur. Et parvient à
quitter le pays, laissant sa nouvelle résidence de Cocody-les-Ambassades
derrière lui.
Arrivé en France, Tidjane Thiam se retrouve
sans emploi pendant cinq mois. En mai 2000, il rejoint finalement
McKinsey en tant qu’associé. C’est alors qu’il est approché par un
chasseur de têtes. Il n’a pas vraiment l’intention de partir, mais il
est intrigué par ces Anglais prêts à embaucher un grand Noir comme lui.
Peu après son arrivée à Londres, le président de la vénérable Lloyd’s lui dit : « Ton problème, dans la City, ce n’est pas que tu es Noir, c’est que tu es Français », raconte souvent Tidjane Thiam. « J’ai
reçu cela comme une bonne nouvelle ; ce n’était donc pas une question
de couleur de peau, mais une question de différences culturelles. »
Une extraordinaire capacité d’adaptation
Tidjane
Thiam, évidemment, apprend vite la mode anglaise. Par exemple qu’on y
dit les choses de façon un peu moins directe. Parce que la
Grande-Bretagne est une île, où les relations à long terme sont très
importantes et où l’accent est mis sur une certaine harmonie. « On ne dira pas : “Je ne suis absolument pas d’accord avec ce que tu dis”, mais plutôt “Je ne suis pas sûûûrr que je suis d’accoooord”», raconte-t-il en se moquant avec une subtile bienveillance de l’accent anglais. « Quand on arrive dans un pays, je crois que c’est à celui qui vient de comprendre la culture de l’autre. »
Cette
extraordinaire capacité d’adaptation poussera Tidjane Thiam très
rapidement tout au sommet. Embauché chez l’assureur Aviva en novembre
2002, il dirige le département chargé de l’Europe en 2006, puis prend la
direction du groupe en mai 2007. Ses résultats sont excellents.
Quelques
mois plus tard, Prudential, le principal concurrent d’Aviva, décide de
l’embaucher comme directeur financier. Mais, de septembre 2007 à avril
2008, une clause de non-concurrence lui interdit d’aller travailler. « J’en
ai profité pour reprendre contact avec beaucoup d’amis. Il y avait de
nombreux signes avant-coureurs sur les conditions de crédit, les prix de
l’immobilier, etc. » Grâce notamment à cette prise de recul
forcée, Tidjane Thiam est l’un des rares à avoir anticipé la crise
financière de 2008, et parvient à imposer ce point de vue chez son
nouvel employeur. Un an plus tard, il devient CEO de 28 000 employés.
Peu
de temps après, il tente une offre de reprise à 35 milliards de dollars
sur les actifs asiatiques d’AIG, offre finalement rejetée par les
actionnaires. La tentative coûte plus de 600 millions. Mais Tidjane
Thiam ne regrette pas d’avoir essayé, explique-t-il trois ans après cet
échec: « J’avais à 35 milliards de dollars ce qu’il faudrait payer 80 milliards aujourd’hui. Les faits m’ont donné raison. »
Courtisé par Obama et Cameron
Aujourd’hui,
l’Ivoirien aux racines sénégalaises, formé dans les écoles d’élite
françaises, plus londonien que bien des Londoniens, est courtisé par les
grands de ce monde. Il a été appelé chez le président Barack Obama à
plusieurs reprises, il est ami avec David Cameron et George Osborne. Il
côtoie des chefs d’Etat asiatiques, y compris le premier ministre
chinois. Sur 54 chefs d’Etat africains, il doit en connaître 40. Et même
le président de la République François Hollande a fini par l’inviter.
Le
banquier d’investissement franco-béninois Lionel Zinsou est un ami
depuis trente ans. Pour lui, Tidjane Thiam aurait pu tranquillement se
reposer sur la performance boursière exceptionnelle de Prudential. « Mais Tidjane a besoin de changer et une entreprise aussi globalisée que le Crédit suisse lui conviendra certainement. » Son ami, poursuit-il, a quelque chose d’assez ascétique. « Dans ce moment où il faut repenser la banque, je pense que replacer l’éthique au centre est l’une des raisons de son choix. » Par Titus Plattner, Maureen Grisot (Abidjan) et Oliver Zihlmann pour Le Matin Dimanche
Entreprise / Emploi
Elizabeth Holmes est la plus jeune entrepreneure milliardaire du monde.
Son secret ? Un procédé révolutionnaire de prise de sang.
1984 : naissance d’Elizabeth Holmes à Washington D.C.
2002 : elle entre à l’université de Stanford, pour y étudier la chimie.
Stage au Genome Institute de Singapore pour étudier le coronavirus dans
le sang.
2003 : fonde la société Theranos à Palo Alto, en Californie, et dépose plusieurs brevets.
2014 : entre sur la liste Forbes des 400 plus grosses fortunes américaines, à la 111e place.
Est-ce sa peur bleue des piqûres, un
papa impliqué dans l’aide au développement, ou un
arrière-arrière-grand-père chirurgien et inventeur qui poussent
l’Américaine Elizabeth Holmes à révolutionner le domaine de l’analyse
médicale ? Ou une envie de changer le monde depuis l’enfance ? "Ce que je veux dans la vie, c’est découvrir quelque chose de nouveau, quelque chose que personne ne croit possible", confiait-elle, à neuf ans, dans une lettre à son père.
Dix ans plus tard, ce génie précoce mettait son rêve à
exécution. Brillante élève en chimie à l’université de Stanford, elle
abandonne les bancs de la fac en deuxième année, à 19 ans, pour monter
sa propre compagnie, avec l’argent économisé par ses parents pour ses
études. Dans la foulée, elle persuade son professeur de recherche,
Channing Robertson, de la suivre. "Je veux créer une toute nouvelle
technologie qui aidera l’ensemble de l’humanité, indépendamment de
l’endroit, des origines, de l’âge ou du sexe des bénéficiaires", avait-elle déclaré pour le convaincre. "Quand
j’ai finalement réalisé qui Elizabeth est fondamentalement, j’ai
réalisé que je pouvais très bien être en face d’un Steve Jobs ou d’un
Bill Gates", se souvient, dans une interview au magazine "Fortune",
le professeur Robertson, qui deviendra le premier directeur de la
compagnie fondée par son élève.
"Une goutte de sang peut tout changer" : le slogan de
Theranos (contraction de "therapy" et "diagnostic" en anglais), la
société californienne créée en 2003 par Elizabeth Holmes, résume sa
mission. La jeune femme, âgée aujourd’hui de 31 ans, entend
révolutionner tout un pan de la santé aux Etats-Unis, de la prise de
sang à l’analyse médicale, jusqu’à la manière dont les résultats sont
transmis aux médecins et aux patients. Comment ? En pratiquant des tests
sanguins miniatures, réalisés sur le bout du doigt. Plus besoin de
seringues ni de fioles. Quelques gouttes de sang sont récupérées dans
des "nanotainer" (brevet déposé par Theranos), de la taille d’un fusible
(1,25 cm de haut contre 10 cm pour un tube traditionnel), une quantité
suffisante, grâce à la technologie développée par Theranos, pour
effectuer 200 tests, et bientôt plus.
Les autres avantages de Theranos : la rapidité des
résultats, disponibles en quelques heures, et le prix de l’intervention,
la moitié voire un quart du coût demandé par un laboratoire classique,
et jusqu’à un dixième du prix pratiqué dans les hôpitaux.
Dans une récente conférence TedMed, dédiée à "soutenir l’imagination au service de la santé et de la médecine", Elizabeth Holmes racontait sa peine d’avoir, enfant, perdu son oncle préféré, d’un cancer généralisé. "La maladie se développe avant que les premiers symptômes n’apparaissent. Nous (à Theranos, NdlR)
voulons voir un monde dans lequel chaque personne a accès à
l’information médicale au moment le plus crucial. Un monde où personne
ne se dit ‘si seulement j’avais su avant’, un monde où personne ne doit
dire au revoir trop tôt."
Elizabeth Holmes se base sur un constat simple : 40 % à 60 %
des Américains qui reçoivent une ordonnance d’un médecin pour effectuer
une prise de sang ne la font pas, soit parce qu’ils n’en ont pas les
moyens, qu’ils ne peuvent se rendre au laboratoire, ou parce qu’ils ont,
comme elle, peur des aiguilles. En simplifiant la procédure, et en la
rendant pratiquement indolore, elle espère lever certains de ces
obstacles.
La démarche est double : en réduisant de manière drastique
le coût des analyses, Theranos encourage les patients à obtenir un
diagnostic, et allège par la même occasion la facture des remboursements
de santé. Il a été calculé que la technologie développée par Theranos,
si elle était appliquée à l’ensemble du pays, pourrait faire économiser
des milliards de dollars aux caisses médicales américaines.
Theranos est associé à la chaîne de pharmacie Walgreens,
mais ses tests ne sont pour l’instant disponibles que dans deux Etats,
la Californie, à Palo Alto, siège de la compagnie, et dans l’Arizona. A
l’avenir, le service devrait être étendu à la majorité des 8 200
enseignes du pays.
La passion et la vision de Melle Holmes, sa persévérance, et
ses convictions profondes, ont fait d’elle la plus jeune femme
entrepreneure milliardaire de la planète, en 2014. Elizabeth Holmes
conserve le contrôle de plus de 50 % du capital de sa société de 500
employés, estimée à 9 milliards de dollars. Elle affirme cependant que
l’argent ne l’a jamais intéressée. Sa définition du succès : améliorer
la vie des gens, avant qu’il ne soit trop tardhttp://www.lalibre.be/economie/libre-entreprise/elizabeth-holmes-portrait-de-la-plus-jeune-entrepreneure-milliardaire-au-monde-550ac13b35707e3e93fb8f70
Sciences - Santé
"Je comprends le chagrin et la colère des parents qui
s'interrogent quant à l'utilisation de médicaments contenant du
Valproate pendant la grossesse. Ma priorité est d'éviter à présent que
ce genre de tristes situations ne puissent se répéter." C'est en ces
termes que la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique,
Maggie De Block annonce, ce mardi, les mesures qu'elle a prises suite
aux questions posées au sujet des médicaments contenant cette dangereuse
molécule.
Pour avoir pris pendant leur grossesse ces antiépileptiques,
commercialisés depuis 1967 par le laboratoire pharmaceutique Sanofi sous
le nom de Dépakine, des milliers de mamans ont donné naissance à des
enfants souffrant de graves troubles du développement. En modifiant
l'expression des gènes, le Valproate de sodium a, en effet, engendré
chez 30 à 40 % de ces enfants des atteintes neurologiques (troubles
autistiques, retard psychomoteur, troubles du langage, syndrome
Asperger, TDAH, troubles dys, du comportement, hypotonie) et chez 10 %
des malformations congénitales (Spina Bifida, problèmes cardiaques,
fente palatine, anomalies des doigts, pied/main bot, troubles visuels,
hyperlaxité…).
Il y a quelques semaines (La Libre du 6 février 2017),
nous avions d'ailleurs rencontré Nathalie Raemdonck et son fils Robin,
une des quatre familles belges qui ont décidé de porter plainte dans le
cadre de ce scandale sanitaire.
· Si nous sommes, en Belgique, encore bien loin d'envisager la
création d'un fonds d'indemnisation des victimes, comme c'est le cas en
France, l'Association belge des victimes du syndrome Valproate se bat depuis sa création en 2014 sur une série de fronts.
· Ses projets: diagnostiquer les enfants touchés et les signaler à un centre de référence. "Par
extrapolation avec les chiffres français et anglais, nous avions estimé
de 3000 à 4000, le nombre des familles concernées en Belgique.
Aujourd’hui, alors que l'association ne compte qu'une septantaine de
familles, nous savons que ce nombre est bien loin de la réalité. Il y a
des familles qui découvrent seulement maintenant le scandale et le lien
entre Dépakine et troubles neurologiques, nous faisait remarquer Nathalie Raemdonck. Ce
que l'on veut surtout savoir, c'est "où sont les responsabilités ?" :
le laboratoire pharmaceutique qui élabore le médicament; l'agence qui
donne une autorisation de mise sur le marché; le médecin qui les
prescrit. Je crois que tout le monde est responsable. Il fallait agir en
bon père de famille. Il y a eu des alertes très vite. On n'a pas jugé
bon de divulguer l'information. C'est un médicament prescrit notamment
pour l'épilepsie, la bipolarité, et la migraine, souvent efficace mais
avec des effets secondaires graves".
· Un autre et bien âpre combat mené par l'association consiste à
faire reconnaître l'embryofoetopathie au Valproate, ou l'ensemble des
lésions provoquées chez l'embryon et le fœtus suite à la prise de ce
médicament par la mère pendant la grossesse.
· Diffuser l'information concernant les nouvelles recommandations de
prescription des médicaments concernés et veiller à leur application
est également l'un des objectifs poursuivis par l'association des
victimes, qui souhaite aussi maintenir un lien avec les professionnels
de la santé, l'Agence du médicament et le Ministère de la Santé.
· De même que la poursuite des négociations pour l'apposition d'un
avertissement visuel sur les boîtes de médicaments tératogènes
(augmentant le risque de malformations).
Que propose aujourd'hui Maggie De Block par rapport à tout cela?
Début juillet 2016, la ministre de la Santé publique avait sollicité
l'avis de la Commission pour les médicaments à usage humain de l'AFMPS,
l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, concernant
l'apposition d'un pictogramme sur les médicaments tératogènes, comme
ceux contenant du Valproate. Sur la base de cet avis, la ministre a
élaboré une série de mesures qu'elle nous a communiquées en primeur ce
mardi : 1. Une campagne d'information.
L'AFMPS a été chargée d'élaborer une campagne d'information
concernant l'emploi des médicaments chez les femmes enceintes et les
femmes en âge de procréer. "Il s'agit d'une campagne qui devra être
menée chaque année, étant donné que de nouvelles femmes, jeunes et plus
âgées, sont concernées à chaque fois, explique-t-on auprès du ministère de la Santé. Cette
campagne vise à diffuser le message suivant : si vous prenez des
médicaments pendant votre grossesse, parlez-en à votre médecin et à
votre pharmacien et lisez la notice". 2. Un pictogramme
Afin d'atteindre un maximum de personnes qui utilisent des
médicaments à base de Valproate, il est examiné s'il est possible
d'apposer un pictogramme sur tous les médicaments qui contiennent cette
molécule, a fait savoir Maggie De Block. "Une concertation est prévue
à ce sujet, notamment avec les autorités françaises qui ont décidé
d'instaurer une telle mesure. Nous voulons d'abord voir quel matériel
informatif et éducatif sera mis en place en France, quelles y sont les
bonnes pratiques et où se situent les éventuels obstacles pour
l'apposition d'un tel pictogramme." 3. Un agenda européen
Enfin, la ministre belge de la Santé publique souhaite mettre
l'approche à suivre pour les médicaments tératogènes, et plus
particulièrement ceux à base de Valproate, à l'ordre du jour au niveau
européen, et ce, afin d'arriver à une communication cohérente au sein de
l'ensemble des États-membres. Avertissement visuel
Le 28 novembre dernier, s'est tenue, à l'Agence fédérale du
Médicament, une réunion rassemblant divers spécialistes, des
associations de patients et des membres de l'Agence. La discussion
concernait le projet de loi concernant l'apposition d'un avertissement
visuel sur les boîtes de médicaments tératogènes
LEMONDE.FR | 06.09.11 | 09h07 • Mis à jour le 06.09.11 | 13h06
Une étude de l'Agence française du médicament précise que le détournement du médicament comme coupe-faim représente 77 % des prescriptions.AFP/FRED TANNEAU
Le quotidien Libération consacre un large dossier dans son édition du mardi 6 septembre à l'enquête sur le Mediator, ce médicament antidiabétique largement prescrit aux personnes en surpoids pour ses effets anorexigènes.
Selon le journal, deux témoignages ont été recueillis par deux juges parisiens, dont celui de Jean Charpentier, le médecin qui a "rédigé pour Servier les études destinées à obtenir l'autorisation de mise sur le marché du Mediator en 1973". Le spécialiste affirme que son travail a été falsifié pour que la molécule du Mediator soit reconnue comme un antidiabétique. "Il a aussi confirmé que son rapport a été modifié pour supprimer toute référence à l'effet coupe-faim du Mediator ainsi qu'à sa parenté avec l'amphétamine", indique Libération. "IL N'Y A PAS EU TROMPERIE"
L'avocat des laboratoires, MeHervé Temime, a toutefois réfuté, sur Europe 1, toute volonté de tromperie de son client. "Les laboratoires Servier n'ont pas trompé les autorités en masquant le fait que le Mediator était un coupe-faim, ce qu'il n'était pas", a déclaré Me Hervé Temime. "Servier n'est absolument pas dans le déni. Servier ne conteste pas les travaux qui ont été faits dans les années 1960 et la fin des années 1960 sur cette molécule. Servier considère simplement qu'il n'y a pas eu de tromperie, il n'y a pas eu d'escroquerie, il n'y a pas eu d'obtention indue d'autorisation de mise sur le marché. C'est tout."
Dénonçant dans un communiqué la violation du secret de l'instruction, les laboratoires Servier soulignent également que "les témoignages cités de deux personnes sur des faits qui remontent à plus de quarante ans et sur lesquels le professeur Charpentier admet lui-même que sa mémoire est défaillante, ne sont pas en accord avec l'ensemble des données scientifiques et réglementaires". DÉSINFORMATION SUR LE MÉDICAMENT
Le témoignage du docteur Charpentier vient cependant renforcer la thèse selon laquelle le laboratoire Servier a exercé une "désinformation" sur son médicament auprès des autorités. Or, si cette désinformation était confirmée par la justice, l'assureur du laboratoire Servier, Axa, refuserait de participer à l'indemnisation des victimes.
Le Fonds public d'indemnisation des victimes du Mediator, lancé jeudi, a déjà reçu plus de 500 appels et 130 dossiers, a indiqué dimanche le ministre de la santé, Xavier Bertrand. Une étude de l'Agence française du médicament précise que le détournement du médicament comme coupe-faim représentait 77 % des prescriptions. Le Monde.fr
Donald
Trump fait pression pour tenir une promesse de campagne; Enrique Peña
Nieto menace de ne plus collaborer dans la lutte contre l’immigration
clandestine et le narcotrafic. La visite du secrétaire d’Etat américain
se déroule sous haute tension
«Bad hombres». Le président américain n’a
pas toujours eu des mots très amicaux envers les Mexicains. Ces derniers
s’en souviennent. La visite de deux jours, au Mexique, du Secrétaire
d’Etat Rex Tillerson, rejoint ensuite par John Kelly, ministre de la
Sécurité intérieure, a démarré dans un contexte tendu. La chasse aux
clandestins menée par Donald Trump inquiète. Un premier drame s’est
déroulé mardi: un Mexicain s’est suicidé en se jetant du haut d’un pont à
Tijuana, quelques heures seulement après avoir été expulsé. Et la
question du mur sur 3200 kilomètres de frontière – des barrières sont
déjà érigées sur environ le tiers –, et de sa prise en charge
financière, n’est de loin pas réglée. Irrité par les propos de Donald
Trump, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, avait été jusqu’à
annuler sa visite à Washington prévue le 31 janvier. Lire aussi: Donald Trump serre la vis et accélère les expulsions
Des taxes élevées à la frontière
Les deux
présidents se toisent, bandent les muscles, cela fait partie du jeu
politique. Mais les deux pays traversent bien leur pire crise
diplomatique depuis des décennies. Enrique Peña Nieto a toujours assuré
que le Mexique ne paierait pas pour la construction du mur. Donald
Trump, pour y parvenir malgré tout, menace de taxer lourdement les
produits mexicains à la frontière et de ponctionner les près de
25 milliards de dollars que les migrants mexicains envoient chaque année
à leurs familles. En attendant, du côté du Mexique, des marques
américaines sont boycottées. Et une proposition de ne plus acheter de
maïs aux Américains est même en discussion au parlement. Lire aussi: Donald Trump va construire son mur, le président mexicain s’en offusque
Rex Tillerson et John Kelly rencontreront le
président mexicain ce jeudi. Ils s’entretiennent également avec leurs
homologues, ainsi qu’avec les ministres des Finances, de la Défense et
de la Marine. Des rencontres entre les deux administrations ont déjà eu
lieu il y a quinze jours, à Washington, et en marge du G20, à Bonn. La
sécurité à la frontière est l’objet principal de la rencontre. Pour
Donald Trump, l’enjeu est très important: il en avait fait un point
central de sa campagne, et son décret qui lance officiellement la
construction du mur a été l’un de ses tout premiers actes présidentiels.
Il lie le dossier aux relations commerciales. Donald Trump estime que
l’Accord de libre-échange nord-américain Alena (Etats-Unis, Canada,
Mexique) est trop favorable aux Mexicains et menace de l’abroger.
Lutte contre les narcotrafiquants
Pour
Enrique Peña Nieto, la situation est difficile: les Etats-Unis
représentent le premier partenaire commercial du Mexique, et absorbent
environ 80% des exportations mexicaines. Mais il a un levier: il peut
menacer à son tour Donald Trump, s’il maintient l’idée d’imposer des
conditions commerciales inacceptables aux Mexicains, de ne plus coopérer
sur le terrain pour combattre l’immigration clandestine et le
narcotrafic.
Sans l’aide du Mexique, la politique ferme
de Donald Trump envers les sans-papiers et la criminalité
transfrontalière perd de son efficacité. Près de 400 000 aspirants
migrants tentent, chaque année, de franchir a frontière. Le Mexique a
empêché des milliers de ressortissants d’Amérique centrale d’entrer aux
Etats-Unis. Si les autorités mexicaines renonçaient à doter leurs 50
consulats aux Etats-Unis de ressources suffisantes pour aider les
clandestins en difficultés, les prisons et tribunaux américains
risqueraient d’être engorgés. Le Mexique a par ailleurs, jusqu’ici,
accepté d’extrader plusieurs de ses barons de la drogue vers les
Etats-Unis, dont Joaquin «El Chapo» Guzman, livré aux Américains la
veille de l’investiture de Donald Trump. «El Chapo» est sous le coup de
dix-sept chefs d’accusation (trafic de drogue, délinquance organisée,
blanchiment d’argent, achat d’armes) émis par six Etats américains, dont
celui de New York, où il est notamment accusé de douze homicides. Les
Etats-Unis se sont engagés à ne pas le condamner à mort.
Un adolescent tué à la frontière
Le
mur se lézarde donc déjà et les négociations, théoriquement, devraient
déboucher sur des compromis de part et d’autre. D’ailleurs, lors de son
audition devant le Sénat, John Kelly semblait plus réaliste que son
président. Il a admis que le mur risquait de «ne pas être construit de
sitôt». Devant les difficultés auxquelles Donald Trump a dû faire face
ces derniers jours - décret anti-immigration gelé par la justice et
tensions dans son entourage proche –, Enrique Peña Nieto se permettra
probablement plus facilement d’afficher davantage de fermeté.
En
toile de fond de cette visite, une affaire de 2010 remonte à la
surface. Celle d’un garde-frontière, sur sol américain, qui a tué un
Mexicain de 15 ans se trouvant de l’autre côté de la frontière.
L’affaire est devant la Cour suprême, qui peine à trancher. Le
gouvernement mexicain, aidé par Amnesty International, soutient la
famille du jeune Mexicain contre l’immunité dont bénéficie l’agent. Un
dossier délicat et emblématique des tensions entre les deux pays. https://www.letemps.ch/monde/2017/02/22/bras-fer-entre-mexique-etatsunis-travers-un-mur-lezarde
A Abidjan, la nouvelle Constitution mettra fin à l’« ivoirité »
L’opposition
a appelé au boycottage du référendum de dimanche qui doit valider la
nouvelle loi fondamentale renforçant l’exécutif.
Cette nouvelle Constitution, Alassane Ouattara la conçoit comme son testament politique. Un texte qui permettra, selon lui, de « tourner définitivement la page des crises successives » traversées par son pays depuis le milieu des années 1990 et la mort de son premier président, Félix Houphouët-Boigny. « La Constitution, c’est la garantie, une assurance-vie pour la paix », a martelé le chef de l’Etat ivoirien devant ses militants, les enjoignant de voter
massivement pour l’avènement d’une troisième république, promise à la
veille de sa réélection en 2015. Son adoption est une formalité,
l’opposition ayant appelé à boycotter le référendum prévu dimanche 30 octobre.
Depuis deux décennies, la Côte d’Ivoire a vécu une crise de
succession entre ses trois principaux chefs politiques – Alassane
Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié – qui s’est muée en une
crise identitaire forgée sur un concept : l’« ivoirité ». Cette variante
de « la préférence nationale » dans un pays où le quart de la population est étranger aura servi à marginaliser les immigrés venus de toute l’Afrique de l’Ouest, mais aussi les communautés du nord de la Côte d’Ivoire. L’actuel président en fut la première victime politique, empêché de se présenter aux élections de 1995 et de 2000 pour cause de « nationalité douteuse ».
« Pas de garde-fou »
En cas d’adoption de la nouvelle Constitution, un futur candidat à la présidentielle devra être« exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d’origine ».
Exit donc, le très polémique article 35 de l’actuelle Loi fondamentale
qui stipule que les ascendants de celui-ci doivent être tous deux
ivoiriens d’origine. « Tant que des dispositions scélérates sont encore en vigueur, nous ne pouvons pas nous ancrer
dans la modernité. Cette nouvelle Constitution sera un catalyseur de la
réconciliation, le socle sur lequel la Côte d’Ivoire va se débarrasser de ses problèmes identitaires », prophétise le ministre Ally Coulibaly.
Autres évolutions majeures voulues par Alassane Ouattara, le
véritable concepteur de ce texte préparé par un comité d’experts :
l’apparition d’un poste de vice-président, chargé de suppléer le chef de l’Etat en cas de vacance du pouvoir, et la création d’un Sénat dont le tiers des membres sera nommé par le président. « Il n’y a rien de scandaleux à ces réformes. Les grands
principes démocratiques sont réaffirmés avec notamment la limitation du
nombre de mandats, analyse le politologue Gilles Yabi, fondateur du think tank Wathi. Cependant,
ce texte ne touche pas aux défaillances institutionnelles comme la
nomination du président du Conseil constitutionnel [chargé de proclamer les résultats des élections] par
le chef de l’Etat. On aurait pu s’attendre à un rééquilibrage des
pouvoirs, or, désormais, tout l’exécutif sera concentré sur trois
têtes : le président, le vice-président et le premier ministre. On a
donc l’impression d’un projet conçu pour M. Ouattara, mais qui ne comporte pas de garde-fou pour l’avenir. » Le
pouvoir ivoirien est également critiqué pour son manque de concertation
avec la population et les acteurs politiques du pays dans la rédaction
du projet.
« Acte de trahison »
L’opposition, scindée schématiquement en deux depuis le transfert de
Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale, s’est saisie de ce
référendum pour retrouver
un peu d’unité. Appelant à un boycott du vote de dimanche, elle
dénonce, à l’instar de Pascal Affi Nguessan, le président du Front
populaire ivoirien, « un acte de trahison, car le président de la
République n’avait pas le droit d’abroger la Constitution actuelle. Pour
Alassane Ouattara, la seule justification à cette forfaiture est le
verrouillage de sa succession et la mainmise de son clan sur le
pouvoir ».
Le pouvoir ivoirien ne ménage pas ses détracteurs. Plusieurs leaders
de l’opposition ont été brièvement arrêtés le 20 octobre alors qu’ils
entendaient organiser une marche à Abidjan. Mais les dérapages de certains opposants peuvent faire frémir. « L’heure est arrivée de mettre fin à la vie des apatrides »,
a lancé lors d’une réunion une ex-députée proche de Laurent Gbagbo. Une
démonstration que la crise politique mais aussi identitaire n’est pas
encore soldée en Côte d’Ivoire
Le livre «Bienvenue au
paradis» raconte la vie des expatriés français dans notre pays et
suscite la polémique. Et les Suisses qui travaillent en France, comment
vivent-ils leur exil?
La France? Ce sont ses expatriés qui en parlent le
mieux: «Un hexagone vieillissant, irréformable, sclérosé […] une terre
condamnée, fichue…» Ainsi devisent les témoins de la journaliste Marie
Maurisse, elle-même Française installée sur les bords du Léman depuis
7 ans, dans son livre: Bienvenue au paradis, enquête sur la vie des Français en Suisse (Stock).
«Dans
le milieu industriel Français, on ne se concentre pas sur les bonnes
choses», torpille l’un. «Le système Français court à sa perte, mené par
des incompétents en costume cravate», vilipende un autre. Sans parler de
«ces millions de chômeurs qui errent toute la journée» et ces «salles
décrépites des vieilles universités parisiennes […] des universités
vieillissantes et sclérosées.» L’ouvrage a non seulement réussi
l’exploit de crisper certains Suisses en affirmant que cette immigration
d’outre-Léman, façon Les Raisins de la colère de John Steinbeck, y
subit un «french bashing» quotidien, mais il ne mégote pas sur les
clichés dépréciatifs concernant le pays voisin «où plus rien n’est
possible» – toujours selon Marie Meurisse. Lire notre critique (sévère) du livre:L’enfer des expatriés français en Suisse: une «enquête»
Attirance économique…
Pourtant, 198 647 Suisses
résident actuellement en France. C’est même la plus vaste communauté
installée à l’étranger; devant l’Allemagne, les Etats-Unis et l’Italie.
Mais que diable sont-ils allés faire dans cette galère, s’exclamerait
Molière? La «cinquième Suisse» méritait bien une contre-enquête. Alors,
bienvenue en enfer? «Un jour, les Helvètes ont décidé que la Suisse
était trop petite et une centaine de milliers de personnes sont arrivées
dans la plaine du Rhône, au premier siècle avant J.-C. César a dû
intervenir. C’est l’origine de la guerre des Gaules, raconte Anne
Rothenbühler, historienne spécialisée en histoire de l’immigration, des
femmes et des genres, et auteur de «Le baluchon et le jupon, les
Suissesses à Paris, itinéraires migratoires et professionnels» (Alphil).
L’émigration
Suisse en France est une vieille histoire. Elle a été militaire, avec
les mercenaires que les familles Françaises cherchaient à marier à leurs
filles, car ils bénéficiaient d’avantages fiscaux. Elle fut aussi
artisanale et agricole avec, par exemple, des colonies spécialisées dans
le négoce en vin ou la pâtisserie tessinoise dans le Sud-Ouest, ou ces
Fribourgeois installés en Franche-Comté, au XVIe siècle, qui ont appris
aux franc-comtois à faire des fromages à pâte dure. Il existe aussi une
émigration financière, depuis le suisse Jacques Necker, ministre des
finances de Louis XVI, qui continue aujourd’hui.»
Il existe
d’ailleurs une chambre du commerce Suisse en France, et en 2015, 37
entreprises se sont installées en France, 49 l’année précédente. «La
France attire de plus en plus les entreprises suisses» titrait récemment
le journal Les Echos, recensant 500 grosses entreprises helvètes
«attirées par le coût du foncier, des loyers divisés par quatre, un
personnel qualifié, le report des déficits sans limite dans le temps
contre 7 ans en Suisse, des aides attractives, et l’ouverture au marché
Européen.» Et malgré un «pays qui abhorre la réussite, condamne les
courageux» (le livre, encore), certains Suisses partent même y tenter
leur chance.
… mais salaire cacahuète
C’est le cas du
comédien Nicolas Beaucaire – vu dans «Ainsi soient-ils», une série
d’Arte – passé de la Chaux-de-Fonds à Paris: «Je me suis exilé car dans
ma profession, les opportunités sont plus grandes en France, simplement
parce que le marché est plus vaste. J’y ai trouvé de l’audace, de
l’effervescence, de la créativité. Rien d’un enfer», s’amuse ce
binational – comme 83% des suisses de France – qui tourne désormais dans
des productions Anglaises et jusqu’à Hollywood.
En juillet 2015,
Monica Corrado, italo-suisse ayant grandi à Berne, a pris la direction
de la Fondation Suisse à la Cité Universitaire de Paris, un campus
regroupant 130 nationalités: «Le but de la fondation: accueillir des
étudiants suisses, ouvrir la Suisse au monde, mais aussi promouvoir sa
culture. Paris est une belle ville accueillante. J’espère que cela ne
changera pas après les présidentielles de 2017», s’inquiète t-elle. Anne
Rothenbühler, Jurassienne d’origine Bernoise, enseigne aussi en France.
«Quand je donne mon salaire de prof française, ma famille me jette des
cacahuètes», plaisante t-elle. Mais elle reste. Elle est même
binationale depuis son mariage.
La France, bonne pour la retraite
D’autres
n’hésitent pas à choisir de finir leurs jours en France à la retraite,
«pour le climat, un meilleur pouvoir d’achat», constate Françoise Millet
Leroux, présidente de l’Union des Associations Suisses de France, qui
représente les intérêts des expatriés suisses, et dont le 58è Congrès
s’est tenu le 30 avril. Dans son discours, Bernadino Regazzoni,
ambassadeur de Suisses en France et à Monaco, a rappelé les accords de
paix perpétuelle conclue entre voisins, en 1516.
«Les Français et
les Suisses étaient cousins» admet Marie Maurisse dans ses pages, sauf
que «cette ère est désormais révolue.» Pour elle, le french bashing et
les clichés circulant sur «les frouzes» serait le nouveau sport
national. «Paix éternelle ne veut pas dire concorde éternelle, s’amuse
Anne Rothenbühler. C’est une question de temporalité. Dans les périodes
de croissance, n’importe quel pays accueille à bras ouverts. Mais en
temps de crise, même la maternité devient une panacée: certains se
mettent à dire que les femmes devraient rester à la maison et faire des
enfants, pour soulager le marché de l’emploi…»
Un Suisse au Panthéon
Et
puis les clichés touchent chaque colonie qui s’installe quelque part.
«En tant que Suisse, on me dit, parfois, que mon grand-père doit être
soit chocolatier, ou banquier, ou horloger. La troisième proposition est
vraie… Mais les passeports n’existent que depuis la fin du 19è siècle.
Et la France et la Suisse se sont toujours nourries l’une de l’autre:
l’écrivain Blaise Cendrars, bourlingueur parti faire la 1ère guerre
mondiale sous le drapeau français, était suisse, tout comme Antoine
Rufenacht, ex-maire du Havre et Ministre de l’Industrie Française, sans
oublier Le Corbusier, Michel Simon, ou le Neuchâtelois Jean-Paul Marat…»
Car
si la compagnie des Cent-Suisses de la garde fut la protection
rapprochée des rois de France de Charles VIII jusqu’à Louis XVI, et leur
massacre par les révolutionnaires… d’autres ont pris fait et cause pour
la révolution française: Marat, surnommé «l’ami du peuple», du nom de
son journal, et figure incontournable de cette période de l’histoire
française, a même fini au Panthéon. Anne Rothenbühler a raison, «pour
tous ceux-là, il n’y a jamais eu de frontières.» Lire également cet avis (antérieur) de Max Lobe: Racistes, les Suisses? Arrêtons de crier au loup
Controverse
L’enfer des expatriés français en Suisse: une «enquête»
La vie des expatriés français
en Suisse serait un vrai enfer, selon la journaliste Marie Maurisse. Qui
voit partout à l’œuvre racisme, froideur, jalousie, chasse à l’homme.
Une peinture au noir singulièrement excessive où les clichés ne sont
jamais loin
«Ce qui sépare les Allemands des Autrichiens, c’est
qu’ils parlent la même langue»: on aura reconnu la boutade apocryphe de
l’un des journalistes polémistes les plus féroces du monde germanophone,
Karl Krauss. Elle rappelle cette autre boutade, apocryphe elle aussi,
de George Bernard Shaw, «L’Angleterre et les Etats-Unis sont deux pays
séparés par une langue commune».
C’est sur cette thèse paradoxale
qu’est en somme construit un livre qui paraît ces jours aux éditions
Stock et que notre consœur Marie Maurisse – elle écrit pour Le Temps et L’Hebdo, quand elle n’œuvre pas comme correspondante suisse au Monde – signe sous le titre: Bienvenue au paradis!. Sous-titre de l’ouvrage à la couverture rouge à croix blanche: «Enquête sur la vie des Français en Suisse».
Une enquête à thèse comme chez Zola
Formée
à la dure école de journalistes de Lille, Marie Maurisse sait ce qu’une
enquête veut dire – multiplication des témoins, variétés des points de
vue, étayage statistique, plongée in media res. Elle sait aussi qu’en
matière d’enquête, souvent, on ne trouve que ce que l’on a décidé de
prouver.
Le parcours de l’expatrié français en Suisse? Un purgatoire sur Terre!
Qu’a-t-elle
donc décidé de prouver tant au public cible des aspirants expatriés
français en Suisse, qu’à celui des Suisses eux-mêmes, qui les
accueilleront à bras ouverts – ou pas, c’est selon? Que la Suisse est un
paradis trompeur. Que même si une partie du pays – La Suisse romande –
parle la même langue, le réveil n’en sera que plus dur. Car c’est
réellement un gouffre qui sépare les deux nations, que tout oppose: la
philosophie de vie, l’éthique du travail, le sens des luttes sociales,
les conceptions politiques, le prix des crèches, les cantines scolaires,
le marché locatif, la tarification médicale, le prix d’une grippe, sans
parler de celui de la tranche de jambon cuit sans couenne – bien moins
cher chez Cora à Thonon-les-Bains. Lire aussi:Racistes, les Suisses? Arrêtons de crier au loup!
Un tombereau de poncifs et de lieux communs
Marie
Maurisse embrasse large, jette ses filets dans les hauts-fonds et
ramène une foultitude hybride de détails qui donnent à penser sur le
quotidien des expatriés français en Suisse. Selon elle, un purgatoire
sur terre fait de haine rentrée, de chasse aux «frouzes» et de lourd
racisme ambiant. De cette pêche miraculeuse, trions rapidement et
relançons à l’eau tous les clichés, les poncifs, les lieux communs, les
marronniers qui polluent l’alerte récit: car dès qu’une moquette entre
en scène chez un exilé fiscal, elle est évidemment «épaisse, étouffant
les bruits des pas». Dès qu’une douane pointe ses barrières, ce ne sont
que «baraquements de tôle grise». Dès qu’un pont enjambe le vide, ce
sera celui des suicidés. Dès qu’une expatriée fait dans la décomplexion,
c’est «perchée sur des bottes à talon, les cuisses joliment moulées
dans un jean rouge». Et si l’interlocuteur est un jeune homme, il sourit
et boit son spleen devant un grand verre de bière, dans un bar anonyme
au sous-sol de la Hauptbahnhof, avec «ses cheveux blonds parfaitement
taillés, ses yeux bleu lagune et ses fins poignets». Glissons également
sur le tombereau des synonymes convenus – pays de Guillaume Tell,
Helvètes, Gaulois: qu’aurions-nous fait à la place de l’auteur pour
pourchasser les répétitions…
Des thèses convenues peintes très en noir
Marie
Maurisse cite Jacques Chessex en exergue de son essai. L’écrivain
aimait aller, à travers les graisses adipeuses du quotidien, à l’os de
l’essentiel. L’essentiel du livre de Marie Maurisse tient à ceci: ce
n’est pas parce qu’on partage la même langue que les ressortissants de
deux pays différents partagent les mêmes valeurs. Ce n’est pas parce que
les salaires d’un pays sont élevés que cela suffira à faire le bonheur
des expatriés qui y vivent. Ce n’est pas parce que l’on est étranger,
qui plus est intelligent, cultivé, efficace, chaleureux, compétent, que
les autochtones ouvriront leurs bras… Ce n’est pas parce qu’on est
Français que les Suisses vont vous adorer.
Une charge excessive
Son
livre dessillera les paupières des candidats français à l’immigration
en Suisse: non ils ne feront pas forcément fortune au «pays de Guillaume
Tell». Il paraîtra aux Suisses quelques fois unilatéralement excessif,
naviguant dans ces moments d’intenses pathos entre Émile Zola et Yann
Moix. Enfin, il confirmera aux chercheurs que la théorie du bouc
émissaire a encore de longs jours devant elle. Bref, comme le dit la
quatrième de couverture, «L’Eldorado suisse a fait long feu et les
Français en paient les frais». Cela s’appelle prendre un dernier petit
cliché, pour la route.
Le nombre d'immigrés arrivant
en France a augmenté entre 2006 et 2013, mais il y a aussi eu plus de
départs d'immigrés comme de Français, si bien que le solde migratoire a
baissé de près de 80.000 personnes, selon des statistiques officielles
publiées mardi
Quelque
235 000 immigrés sont arrivés en France en 2013 et 95 000 en sont
repartis, contre 193 000 arrivées et 29 000 départs en 2006, selon une
note de l’Institut national de la statistique et des études économiques
(Insee). De plus, les Français ont été plus nombreux à quitter la France
(197 000 en 2013, 138 000 en 2006), tandis que les retours variaient
peu (autour de 77 000), souligne l’Insee.
En
incluant les mouvements des personnes nées françaises à l’étranger, le
solde migratoire s’est établi à 33 000 personnes en 2013, contre 112 000
en 2006.
"L'accroissement de la
mobilité professionnelle de courte durée, notamment intra-européenne,
explique ce résultat", avance l’Insee, en précisant que les départs
d’immigrés concernent essentiellement des étudiants à la fin de leur
cursus, ou des retraités rentrant au pays.
Les jeunes tentent l’aventure à l’étranger
Quant
aux départs de Français, 80% d’entre eux «surviennent entre l’âge de 18
et 29 ans «et 10% concernent un jeune de moins de 18 ans, ce qui
correspond à l’âge des études et de l’insertion professionnelle. De plus
en plus de jeunes Français tentent donc l’aventure étrangère et
certains s’y établissent définitivement.
Par
ailleurs, l’Insee indique que la France comptait 4,2 millions
d’étrangers au 1er janvier 2014, soit 6,4% de la population. C’est une
hausse de 500 000 personnes environ par rapport à 2006, alors que
l’ensemble de la population a progressé dans le même temps de 2,6
millions, à 65,8 millions d’habitants.
Les
immigrés (tous ceux nés étrangers à l’étranger, ce qui inclut les
personnes naturalisées françaises) représentaient pour leur part 8,9% de
la population, en hausse de 0,8 point sur la période.
Faire une meilleure distinction entre demandeurs d’asile et
migrants économiques, renforcer les frontières de l’espace Schengen,
punir les passeurs libyens… Marie-Hélènne Miauton esquisse des pistes
pour résoudre l’un des défis les plus gigantesques de notre temps
Que de courriels après ma chronique de la semaine
dernière concernant l’immigration! Passons sur les réactions de ceux, il
y en aura toujours, qui jugent xénophobe un texte qui ne l’était pas.
«Vous manquez d’ouverture, Madame, vous n’aimez pas les gens!» Au
contraire, c’est les aimer que chercher à traiter mieux les migrants et à
prendre en compte les inquiétudes des Suisses. D’autres étaient
d’accord avec mon propos, merci à eux d’avoir pris la peine de me le
dire. Restent ceux qui me mettent au défi d’énoncer des solutions.
Comment le pourrais-je alors que tant d’autres y travaillent,
apparemment sans succès? Mais ce n’est pas mon genre de me dérober…
Chez
nous, il faut revenir à l’essentiel. Les citoyens tiennent à ce que la
Suisse reste une terre d’asile, ils n’ont jamais souhaité qu’elle soit
une terre d’immigration. Il faut donc freiner les migrants économiques
pour laisser place à ceux qui fuient les guerres et les massacres. Il
faut donc le faire savoir urbi et orbi afin de décourager
les impétrants au lieu de les laisser entrer et de les garder
finalement, même lorsqu’ils sont déboutés. Accessoirement, il faut se
montrer ferme face à des requérants non admis qui, comme à Genève actuellement,
refusent leurs conditions de logement et posent des exigences que leur
statut d’hôtes traités avec humanité ne permet pas. La population en
ressent une irritation majeure qui ne favorise pas sa générosité. Il
faut aussi entendre les doléances du Tessin et, récemment du Valais,
dont les frontières avec l’Italie posent réellement problème.
L’espace
Schengen, dont nous faisons partie, doit aider les pays limitrophes
afin que les frontières de l’espace soient scrupuleusement surveillées.
Venant des frontières avec la Turquie, le Maroc ou la Serbie, nous ne
devrions accepter personne, car ces pays sont susceptibles eux-mêmes
d’accueillir les migrants qu’ils ont laissé entrer chez eux. La Libye
pose un tout autre problème. Là, ce sont les passeurs, véritables
négriers sans foi ni loi, qui doivent être mis hors d’état de nuire. Il
faudrait donc mener des actions déterminées sur les côtes libyennes afin
de détruire les bateaux, les épaves devrait-on dire, qui permettent
l’ignoble trafic. Mais l’ONU refuse cette violation des eaux
territoriales! Quant aux passeurs qui parviendraient quand même jusqu’à
nous, les emprisonner séance tenante et durablement découragerait les
vocations. Mais la CEDH interdit que nous pratiquions une justice
quelque peu expéditive! Nous sommes donc empêtrés dans un système qui
exige de respecter des règles face à des pays ou des gens qui n’en ont
pas… Et cette bonne conscience continue à tuer des milliers de pauvres
gens.
Enfin, il faut arrêter l’expansion de l’Etat
islamique et l’éradiquer. Seuls les spécialistes peuvent parler des
actions militaires menées actuellement mais beaucoup de voix autorisées
laissent entendre que le manque de détermination explique le manque de
résultat. Il est patent que nous n’agissons pas comme il faudrait sur le
terrain, ni auprès des nombreux pays arabes complices de l’EI. En
somme, il nous faudrait de la concertation politique et du courage. Les
deux nous manquent cruellement.
Migration: le spectacle pathétique d'une Europe déchirée
Gilles Toussaint
Publié le
- Mis à jour le
International
A côté du blocage persistant sur la question grecque, on
s'attendait à un débat compliqué et à des résultats peu ambitieux sur le
dossier migratoire. On n'a pas été déçus. Au terme d'une réunion
marathon, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont en effet
péniblement accouché d'un accord, tard dans la nuit de jeudi à vendredi.
Le texte de conclusions, qui n'était pas disponible à la fin du sommet,
risque fort d'avoir les allures d'une usine à gaz.
Inspiré par la structure du projet d'accord envisagé dans le
cadre du sommet climat qui se tiendra à Paris en décembre, celui-ci
devrait se décliner en deux volets. D'une part, un texte principal dans
lequel les Européens confirment leur volonté d'assumer collectivement,
au cours des deux prochaines années, l'accueil de 40 000 demandeurs
d'asile qui se trouvent actuellement en Italie et en Grèce. Un document
qui devrait être complété par une annexe dans le courant du mois de
juillet, dans laquelle les Etats membres indiqueront, sur base
volontaire, la part de l'effort qu'ils sont prêts à assumer... On en
saura davantage ce vendredi, après que ces conclusions aient été
finalisées et avalisées par les délégations nationales.
La réunion entre les dirigeants européens fut, semble-t-il,
particulièrement animée, marquée notamment par un coup de gueule du
Premier ministre italien Matteo Renzi, ainsi qu'un clash entre le
président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et son homologue du
Conseil européen Donald Tusk.
Lors d'une conférence de presse éclair, les deux
protagonistes ont néanmoins tenté de faire bonne figure. Visiblement
(très) fatigué et contrarié, le Luxembourgeois a souligné que seul
comptait le résultat à ses yeux, à savoir offrir des perspectives de vie
meilleure à ces quelques dizaines de milliers de migrants, « qu'importe que cela se fasse de manière volontaire ou contraignante. »
Ce faisant,
« l'Europe ne se montre cependant pas à la hauteur des ambitions qu'elle déclame à l'extérieur », a-t-il reconnu. Et d'ajouter :
« Je suis satisfait que le Conseil européen se soit mis d'accord sur
une décision de bon sens, bien que le bon sens est inégalement réparti
en Europe ».
La bonne santé suisse économique attire toujours les Européens
Yves Petignat
La pénurie de main-d’œuvre dans
certains domaines, comme la santé, explique le maintien d’une
immigration à un haut niveau. (Lukas Lehmann/Keystone)
Avec la crise de l’euro, les travailleurs issus des pays d’Europe
du Sud ont formé en 2014 la majeure partie de l’immigration en Suisse.
Les Allemands, eux, sont en recul. La Suisse romande et le Tessin, gros
recruteurs de frontaliers, sont exposés au dumping salarial
Malgré le vote «contre l’immigration de masse» du 9
février 2014, le marché du travail suisse a continué à attirer la
main-d’œuvre étrangère, en particulier européenne, au même rythme en
moyenne, que ces cinq dernières années, selon le 11e rapport de
Secrétariat à l’économie (SECO) sur les effets de la libre circulation.
Soit un solde migratoire de 73 000 personnes, dont 50 000 en provenance
de l’UE et de l’AELE.
■ Solde migratoire de la population résidente étrangère par nationalité́s, de 1991 à 2014 (SECO)
Pour la secrétaire d’Etat à l’économie,
Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, cette immigration «est le reflet de la
performance réjouissante de notre économie, avec une croissance du PIB
de 1%». En effet 60% des nouveaux arrivants avaient en poche un contrat
de travail. Même si, pour des raisons inexpliquées, l’immigration nette
des Européens a reculé de 25% par rapport à 2013, passant de 68 000 à 50
600 personnes. Mais, selon Boris Zürcher, directeur de la division
Travail du Seco, le solde migratoire des Européens reste au même niveau
élevé que la moyenne de ces dernières années.
La pénurie
de main-d’œuvre dans certains domaines, comme la santé, de l’action
sociale, ainsi que dans les services techniques et scientifiques
explique le maintien d’une immigration à un haut niveau. Une immigration
constituée à plus de 51% par une main-d’œuvre bien formée, possédant un
diplôme de niveau tertiaire. Les profondes divergences entre les
évolutions économiques des pays européens expliquent que la part des
ressortissants allemands a nettement diminué de 29 à 6 800 personnes,
alors que celle des Européens du sud, Portugais, Espagnols ou Italiens,
progressait de 13 000 à 22 000.
Les grandes différences
enregistrées entre Suisse romande et Suisse alémanique plaident pour une
gestion cantonale des futurs quotas et contingents lors de la mise en
œuvre de l’article constitutionnel «contre l’immigration de masse». On
constate en effet que depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur la
libre circulation, en 2002, les cantons romands, en particulier Vaud,
Genève et le Valais, ont bénéficié d’une augmentation plus importante de
l’immigration, liée à la croissance économique, que la moyenne suisse,
soit de 1,1% par an par rapport à la population résidante.
Mais
surtout, les régions frontalières, Tessin, Genève, Bâle et le Jura, ont
vu exploser la part des travailleurs frontaliers sur le marché du
travail local. Soit 25% au Tessin, 20% à Genève et Bâle-Ville, 16% dans
le Jura. Pour le Seco, cela pourrait expliquer que dans certaines
régions et dans certains secteurs la concurrence sur le marché du
travail s’est durcie, avec des pressions sur les salaires. Même si
globalement le niveau des rémunérations et le niveau de chômage n’ont
pas souffert de ce nouvel apport de main-d’œuvre. La croissance réelle
des salaires a ainsi été de 0,7% en moyenne annuelle depuis 2002. Pour
Daniel Lampart, secrétaire dirigeant de l’Union syndicale suisse, dans
plusieurs branches, comme l’horticulture, la santé ou la vente, il y a
encore trop de salaires injustifiés, trop bas par rapport aux conditions
locales, malgré les contrôles. http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7f611282-198a-11e5-9d4e-1dfb5906ea79/La_bonne_sant%C3%A9_suisse_%C3%A9conomique_attire_toujours_les_Europ%C3%A9ens
La Suisse ferme sa porte aux travailleurs croates
AFP
Publié le
- Mis à jour le
International
La Suisse, qui s'est prononcée par référendum il y a une semaine pour
une limitation de l'immigration, ne signera pas sous sa forme actuelle
un accord ouvrant l'accès de son marché du travail aux Croates, a
annoncé samedi le ministère suisse de la Justice.
La ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga, a appelé samedi la
ministre croate des Affaires étrangères, Vesna Pusic, pour lui dire que
Berne ne serait pas en mesure de signer "dans sa forme actuelle" un
accord bilatéral étendant le libre accès au marché du travail suisse,
dont bénéficient les citoyens de l'UE, aux ressortissants du nouveau
pays membre, a déclaré un porte-parole du ministère.
Mme Sommaruga a informé Bruxelles de la nécessité d'une révision de
l'accord, a indiqué à l'AFP le porte-parole, Philippe Schwander,
ajoutant que la ministre avait dit rechercher une "solution" afin de
garantir que les Croates ne soient pas l'objet d'une discrimination.
Cette annonce intervient une semaine après le vote dimanche dernier
par 50,3% des électeurs suisses d'une limitation de l'immigration, qui
remet de facto en cause un accord permettant aux citoyens de l'UE
d'accéder librement au marché du travail suisse.
La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais celle-ci constitue son principal partenaire commercial.
La Croatie, entrée dans l'UE en juillet dernier, était parvenue un
mois plus tard à un accord avec la Suisse pour garantir pendant 10 ans à
ses travailleurs l'accès à l'emploi dans la riche nation alpine.
Mais le référendum du 9 février a créé une "nouvelle disposition
constitutionnelle" et "la Suisse ne peut pas signer l'accord dans sa
forme actuelle", a expliqué M. Schwander.
L'UE s'est indignée du résultat du référendum, arguant que la
Suisse ne pouvait pas choisir quels accords elle souhaitait appliquer,
et promettant de revoir "les relations dans leur globalité".
L'ambassadeur de l'UE en Suisse, Richard Jones, a menacé en début
de semaine de geler des accords sur la formation et la recherche si la
Suisse remettait en cause l'accord avec la Croatie, selon l'agence de
presse ATS.
Le référendum donne trois ans au gouvernement suisse pour renégocier les accords avec l'UE.
Berne a indiqué cette semaine qu'il comptait présenter un plan
d'application de la décision du peuple suisse sur l'immigration avant
juillet, puis présenter une proposition de loi d'ici la fin de l'année. http://www.lalibre.be/actu/international/la-suisse-ferme-sa-porte-aux-travailleurs-croates-5300881a3570516ba0bd3559
Immigration en Suisse: Fillon "propose le même système"
International"L'intégration, l'assimilation, (...) s'est cassée en raison du nombre."
Ce week-end, les citoyens suisses ont été invités à se prononcer sur
la politique migratoire de leur pays. Ces derniers ont ainsi approuvé à
50,3% dimanche lors d'un référendum un texte sur la fin de
l'immigration de masse. Désormais, cette immigration sera donc limitée
"par des plafonds et des contingents annuels."
Interrogé à ce sujet par Jean-Jacques Bourdin ce lundi sur BFM TV, François Fillon (UMP) a affirmé qu'il proposait "depuis des mois et des mois que la France ou l'Europe adoptent le même système".
L'ancien premier ministre français a ainsi évoqué le système canadien qui selon ses mots
"consiste à décider chaque année, en fonction de la capacité
d'intégration du pays, c'est à dire son économie, les
logements disponibles, capacités d'accueil des services publics, de
l'école... Combien de personnes extérieures, d'étrangers on peut
accueillir."
François Fillon prône donc le vote d'une telle loi à l'Assemblée nationale.
"L'intégration, l'assimilation, (...) s'est cassée en raison du nombre.
Il y a un problème de surcapacité, il y a un blocage de l'intégration
lié au nombre d'étrangers qu'on accueille sur notre territoire. Que le
parlement le vote, dans un débat qui public, ouvert, transparent, cela
changerait beaucoup le discours sur l'immigration." http://www.lalibre.be/actu/international/immigration-en-suisse-fillon-propose-le-meme-systeme-52f8ee5f3570516ba0b825e4
Suisse: "On ne se sent plus les bienvenus"
Riegel Carole
Publié le
- Mis à jour le
InternationalL’analyse du vote de dimanche "contre l’immigration de masse"
montre la volonté de préserver un modèle de vie et de valeurs dans un
monde globalisé.
La Suisse vient de faire péter la banque", lance un cadre frontalier, encore sous le choc. Au lendemain de l’approbation de l’initiative "contre l’immigration de masse",
c’est l’inquiétude, l’incompréhension et l’énervement en France
voisine. Les appels téléphoniques pleuvent au bureau du Groupement
transfrontalier européen à Annemasse : "vais-je garder mon emploi ? mon permis de travail ?".
Dans l’immédiat, le statut du travailleur frontalier ne change pas.
Thierry Repentin, ministre français aux Affaires européennes, l’a
confirmé lundi en rassurant les Français travaillant en Suisse.
Décision "souveraine et regrettable"
pour les milieux diplomatiques, le résultat de la votation, aux
contours flous et aux conséquences en chaîne incalculables, alimente
toutes les conversations. Le jour d’après, autour de la machine à café,
les frontaliers sont choqués. "Tout le monde en parle", témoigne Alice, employée d’une entreprise agroalimentaire. "Les
cantons romands n’ont pas voté pour la fin de la politique migratoire
et les Suisses hallucinent. Mais on a le temps de voir avec trois ans
pour renégocier le détail" des accords bilatéraux avec l’Union européenne.
"La fin de l’eldorado suisse"
"Il va être plus compliqué pour les employeurs d’embaucher des frontaliers", pense Estelle, cadre dans la parfumerie. "Est-ce
que l’espace Schengen est aussi remis en cause ? Les Suisses
gardent-ils le droit d’avoir une résidence principale en France ? Ici,
mes collègues suisses sont sidérés par le vote." Nathalie, dans le secteur du luxe, parle de retour en arrière : "On
ne se sent plus les bienvenus en Suisse. Nous n’avons pas le sentiment
de voler leur travail, alors que nous sommes perçus de cette façon." Le devenir des frontaliers l’inquiète, "même
si les permis déjà délivrés ne sont pas en danger. Mais les
renouvellements pourraient être soumis à validation et non plus une
simple formalité. Pour en délivrer de nouveaux, les procédures pour les
employeurs seront considérablement alourdies avec un risque majeur de ne
pas aboutir." Aubin, cadre frontalier dans la haute horlogerie, craint aussi pour le renouvellement des permis. "Le
sentiment qu’il n’est pas bon de venir travailler en Suisse va vite se
renforcer, avec des conséquences sur le marché immobilier. Tout le monde
est en attente, mais pour moi, le résultat de cette votation, c’est la
fin de l’eldorado suisse."
"Ce n’est plus un pays stable"
Pour Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen, c’est l’impression "d’un immense gâchis qui prédomine, dans un pays où tous les indicateurs économiques sont pourtant positifs. C’est aberrant", lâche-t-il. "Avant
les bilatérales, il n’y avait pas de contingents pour les frontaliers.
On parle aujourd’hui d’en faire pour les fonctionnaires internationaux !
Je vois mal le conseiller d’Etat genevois expliquer au secrétaire
général des Nations unies qu’il faut limiter ses effectifs ! Soit les
lois d’application dénaturent l’esprit de la votation, soit l’économie
des entreprises va être réellement mise en péril."
Antoine Vielliard, conseiller général de Saint-Julien-en-Genevois en Haute-Savoie, parle de catastrophe. "On
ne mesure pas toutes les conséquences en cascade de la déflagration.
Avec les contingents, j’imagine mal les entreprises internationales
accepter de voir toute leur politique de ressources humaines mise sous
le contrôle des administrations et rester dans un pays qui ne leur
garantit plus l’accès au marché européen. La Suisse, qui peut revenir
sur des accords approuvés et signés, n’est désormais plus considérée
comme un pays politiquement stable." http://www.lalibre.be/actu/international/suisse-on-ne-se-sent-plus-les-bienvenus-52f9157c3570516ba0b83a7e
Pourquoi les Suisses ont dit "oui"
Lamfalussy Christophe
Publié le
- Mis à jour le
InternationalLes frontaliers s'inquiètent des retombées sur le renouvellement
de leur permis de séjour. Les Européens tiennent quant à eux à la libre
circulation, principe majeur de l'Union.
Ce n’est pas un vote contre l’Europe, mais un
vote identitaire qui a divisé la Suisse dimanche. Sur les 55,8 % de
Suisses qui se sont prononcés sur le projet de l’UDC, la droite
populiste de Christoph Blocher, 50,3 % ont voté pour limiter "l’immigration de masse"
et 49,7 % contre. Une partie de la Suisse s’inscrit ainsi dans le
courant populiste et identitaire qui s’étend en Europe depuis une
décennie, de l’Autriche aux Pays-Bas, de la France à la Belgique, et qui
risque de peser à nouveau sur les élections européennes de mai
prochain.
De quoi est fait le vote des Suisses ?
Paradoxalement,
comme en France, la crainte de l’immigration est plus ancrée dans les
campagnes que dans les villes. Le canton de Schwytz, par exemple, où se
fabriquent (grâce à des travailleurs étrangers) les fameux couteaux
Victorinox, enregistre l’adhésion de 63,1 % des électeurs au
rétablissement des quotas. En revanche, Zürich et sa grande banlieue, où
se concentrent les étrangers, ont rejeté le projet par 52,7 % des voix.
Le
monde rural suisse entend préserver un pays en miniature, homogène,
ordonné, où les gens du terroir ont le dernier mot. C’est
particulièrement le cas en Suisse alémanique.
Selon le politologue suisse Pascal Sciarini, "les Suisses ont montré par ce vote leur volonté de défendre leur modèle", et notamment "contre la globalisation, la mondialisation et les flux migratoires". Sans doute, rétorque un diplomate en poste en Suisse, "dans leur utopie, ils entretiennent l’idée d’un village isolé, mais vouloir vivre à l’écart du monde globalisé est une illusion".
Ne pas sous-estimer la pression
En
signant un accord de libre circulation avec l’UE, la Suisse a connu une
augmentation de 80000 étrangers par an, alors que les autorités
fédérales n’en attendaient que 8000. Le pays abrite désormais 23 %
d’étrangers sur un territoire largement confiné par les massifs
montagneux. La Belgique enregistre bien moins, près de 11 %. Mais,
contrairement à la Suisse, elle a accordé plus souvent la nationalité
aux étrangers.
L’étranger devient ainsi la "tête de Turc" de tout
ce qui ne va pas bien dans le pays. Les Suisses se plaignent d’un
logement de plus en plus rare et cher au point que, dans le canton de
Genève (qui comprend 460000 habitants), mille familles suisses par an
vont s’établir dans la France voisine. Mais la raréfaction des biens
immobiliers s’explique aussi par le blocage au niveau cantonal des
terrains à bâtir.
Un "signal de la Suisse" à l’UE
Les
questions de densité de population (embouteillages, logement,
pollution, trains bondés) sont au cœur des préoccupations des pays
riches, comme la Suisse et la Belgique.
Pour Marie-Hélène
Miauton, chroniqueuse au journal "Le Temps" et fondatrice d’un institut
de sondage, il y a aussi une dimension "écologique" dans le vote des Suisses. "Le Suisse n’est pas xénophobe", dit-elle. "C’est
un pigeon voyageur. Mais il se sent débordé par l’ampleur de
l’immigration. Il refuse la croissance à tout prix et veut préserver la
nature et les valeurs qui fondent sa société", notamment les règles
qui régissent le monde du travail et de l’entreprise. Cette sociologue
pense que si les pays européens faisaient voter leur population, ils
auraient sans doute beaucoup plus que 50 %. En ce sens, dit-elle, "la Suisse a lancé un signal". http://www.lalibre.be/actu/international/pourquoi-les-suisses-ont-dit-oui-52f919233570c16bb1ca3122
L'Islande s'éloigne de l'Union européenne, sans référendum
LE MONDE |
• Mis à jour le
|
Par Marie Charrel
Hördur ne pensait pas redescendre un jour dans la rue. « La dernière fois, c'était en 2009, pour réclamer la démission du premier ministre », raconte cet étudiant de 26 ans. Lundi 24 janvier, comme 3 500 Islandais, il est allé protester devant le Parlement à Reykjavik, la capitale. Un événement dans ce petit pays de 320 000 habitants, peu enclin à battre le pavé. « Le gouvernement a trahi sa promesse », explique Hördur, furieux.
Lui et les autres manifestants réclamaient la tenue d'un référendum sur l'adhésion de leur pays à l'Union européenne (UE), comme l'avait promis le gouvernement de centre droit lors de son élection en avril 2013. Vendredi 21 février, pourtant, les deux partis eurosceptiques au pouvoir, celui du Progrès et celui de l'Indépendance, se sont entendus sur une proposition de loi prévoyant de retirer la candidature du pays à l'Union européenne. Et ce, sans passer par la voie référendaire. « Je suis contre l'adhésion, mais il est scandaleux qu'on nous interdise si brutalement de nous exprimer », ajoute Aslaug, une autre manifestante.
Voilà qui illustre bien les sentiments ambivalents des
Islandais à propos de l'UE. Selon les derniers sondages, ils sont 25 %
seulement à souhaiter voir leur pays rejoindre l'Union. Mais 70 % d'entre eux tiennent malgré tout à l'organisation d'un référendum sur le sujet. « La question européenne résume le dilemme auquel l'Islande est régulièrement confrontée : s'ouvrir à l'extérieur ou bien jouer la carte du repli », commente Asgeir Jonsson, de la faculté d'économie de Reykjavik. ADOPTER L'EURO, UNE FORMALITÉ, PENSAIT-ON ALORS…
Avant la crise, nombre d'Islandais voyaient le rapprochement
avec le Vieux Continent d'un bon œil. Le gouvernement de centre gauche,
au pouvoir en 2009, lança alors la procédure d'adhésion, espérant adopter l'euro dans la foulée. Une formalité, pensait-il alors…
Las, la façon dont s'est déroulée la crise a fait changer d'avis une partie de l'opinion. «
La valeur de la couronne islandaise a chuté de 50 % en quelques mois,
ce qui a soutenu nos exportations et le tourisme : avec l'euro, nous
n'aurions pas eu cette souplesse », estime Elias Gudmundsson. Le
petit hôtel qu'il tient à Sudureyri, un petit village des fjords de
l'ouest, a ainsi vu, comme beaucoup d'autres, sa fréquentation doubler depuis 2008.
Dans son bureau avec vue sur le fjord enneigé d'Isafjordur, à
quelques kilomètres de là, Kristjan Joakimsson soupire longuement
lorsque l'on évoque l'Europe. « Les entreprises comme la mienne ont mis des années à s'adapter aux quotas établis par le gouvernement pour éviter la surpêche, explique-t-il. Maintenant que le système fonctionne, pourquoi Bruxelles viendrait-elle s'en mêler ? » LA PÊCHE, PRINCIPAL POINT D'ACHOPPEMENT
La question de la pêche est, de fait, le principal point
d'achoppement des négociations avec l'UE. Le secteur, qui représente 43 %
des exportations islandaises, est en effet redevenu l'un des piliers de
l'économie depuis l'effondrement du système bancaire. Il repose sur un
système de quotas par espèces finement élaboré chaque année par les
autorités, sur lequel les Islandais n'ont aucune envie de perdre la main. « Plus je réfléchis, moins je vois ce qu'on gagnerait à rejoindre l'Europe », ajoute M. Joakimsson.
Le son de cloche est différent du côté des entreprises de services, plutôt favorables à l'adhésion. Elles se plaignent en effet du strict contrôle des changes instauré en 2008 pour freiner les sorties de capitaux. Mais qui représente aujourd'hui un sérieux frein au développement des sociétés islandaises à l'international. « Certains patrons redoutent qu'en rejetant l'Europe le premier ministre renonce aussi à mettre fin au contrôle des changes », résume Thorolfur Matthiasson, professeur d'économie à l'université d'Islande, à Reykjavik.
Malgré les manifestations, le texte contesté du gouvernement doit encore être discuté ces prochains jours, pour une adoption probable par le Parlement d'ici à quelques semaines. « Cela laissera des traces dans la relation des Islandais avec leurs dirigeants, qui s'est dégradée depuis la crise », estime Michel Sallé, spécialiste de l'Islande contemporaine.
Après le 9 février: les lecteurs du «Temps» s’expriment
Les lecteurs du Temps
Dessin de Chappatte
Le oui serré à l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de
masse», avec pour conséquence l’incertitude sur l’avenir des relations
entre la Suisse et l’Europe, a suscité un abondant courrier, de même que
la pique de Christoph Blocher contre les Suisses romands. Voici une
sélection
Blocher est mal intégré
Je me nomme Jean-Jacques Beljean. Avec les miens, je suis
originaire de La Neuveville. Mes ancêtres, avant le XVe siècle,
habitaient Gléresse (Ligerz), sur la rive nord du lac de Bienne. Comme
Suisse de souche et patriote, j’estime que M. Blocher, dont les ancêtres
étaient Allemands, peut retourner au Wurtemberg. Au fond […] il est un
descendant d’immigrés et devrait être reconnaissant au pays qui a
accueilli ses ascendants et ne pas souhaiter aux autres ce que les
Suisses de l’époque n’ont pas fait à ses ancêtres. Je précise que je
n’ai rien contre les Wurtembergeois, mon grand-père maternel venait de
ce Land. A mon avis, M. Blocher ne s’est pas encore adapté à la Suisse,
pays multiculturel, plurilingue, aux mentalités diverses, ce qui est une
richesse reconnue des vrais patriotes. L’UDC devrait rapidement
l’exclure de ses rangs, comme d’autres d’ailleurs, pour manquement au
patriotisme. Par Jean-Jacques Beljean. Colombier (NE) Trop attractifs? Adhérons!
Admettons avec la majorité du peuple que l’immigration sous ses
différentes formes est un problème. Et la cause de cette immigration
massive est l’attractivité phénoménale de la Suisse […]. Comment réduire
cette attractivité avec le minimum de dommages et le maximum
d’avantages? Tant que, vis-à-vis des pays européens et du monde, nous
offrirons la confiture la plus sucrée, les abeilles des alentours et
d’ailleurs choisiront prioritairement notre bocal. […]
Si la
Suisse adhérait à l’UE, elle n’accomplirait que ce que la géographie,
les parentés culturelles et l’identité des valeurs politiques
fondamentales lui commandent de faire, tout naturellement. […]
L’adhésion aurait un effet d’arasement qui nous mettrait à niveau avec
les conditions des pays qui nous entourent. En partageant leurs règles,
leurs conditions socio-économiques, leur monnaie, nous rentrerions dans
le rang et ferions donc moins envie tout en gagnant en estime.
Cette
mise à niveau entraînerait-elle un appauvrissement? Nous ne le croyons
pas, en tout cas si nous raisonnons en termes de pouvoir d’achat et de
qualité de vie. […] En quoi la qualité de vie de l’Autriche ou du
Danemark, par exemple, est-elle inférieure à la nôtre? […] Par Jacques Janin, ancien directeur de la Chambre vaudoise d’agriculture. Cugy (VD)
Nicolas Bideau en juillet 2012 au
Club de la presse. Il s’exprimait alors sur le thème: «Pourquoi l’image
de la Suisse à l’étranger est bonne». (Martial Trezzini/Keystone)
Directeur de Présence Suisse, Nicolas Bideau tente de nuancer les
effets négatifs, en termes d’image internationale du pays, du vote de
dimanche
Pour promouvoir l’image de la Suisse à l’étranger, il y a de
meilleurs arguments que les résultats de certains votes populaires.
Actuellement à Sotchi, Nicolas Bideau, qui dirige Présence Suisse,
s’efforce pourtant de nuancer les conséquences du scrutin de dimanche.
L’analyse du premier vendeur du prestige national.
– Vous avez pour mission de polir la réputation de la Suisse. Depuis dimanche, on vous imagine effondré…
– Mon job est de connaitre objectivement ce que les publics
étrangers pensent de la Suisse, en particulier dans les moments
médiatiques sensibles pour le pays. Nous avons suivi la votation de
dimanche de très près, car nous savions qu’un oui aurait des effets en
termes d’images à l’étranger. En général, les médias reconnaissent que
les enjeux de la votation sont d’actualités dans la majorité des pays
européens et traduisent une insécurité face à ces questions.
Globalement, oui, on note une tonalité plutôt négative dans la
couverture du vote par la presse étrangère. Disons qu’un nouveau défi de
communication à l’international s’offre à nous.
– Le pays ne passe-t-il néanmoins pas, à tort ou à raison, pour une nation de profiteurs égoïstes?
– Comme je l’ai dit, les médias étrangers reconnaissent que les
enjeux de la votation sont d’actualité dans la majorité des pays
européens. La démocratie directe donne souvent un éclairage fort sur la
Suisse, car nous sommes l’un seuls pays à s’exprimer ainsi sur des
sujets aussi divers que le salaire de ses dirigeants, ses avions de
combat ou son immigration. Le résultat de la votation de dimanche va
certainement nous amener à renforcer notre communication sur les
mécanismes de la démocratie directe, mais aussi sur la nature de nos
relations avec l’Union européenne. Mais il faut être conscient que la
plupart du temps, les sujets sur lesquels le peuple suisse s’exprime
sont d’actualité en dehors de nos frontières. En fait, aux yeux de la
presse étrangère, la Suisse ne se distingue pas spécialement de
l’Europe.
– L’image de la Suisse en Europe, une zone importante
pour Présence Suisse, était déjà singulière. Ne devient-elle pas
illisible?
Une expérience sur un cerveau de
rat, dans le cadre du programme Blue Brain de l’EPFL, désormais menacé.
(Denis Balibouse/Reuters)
L’heure de vérité est arrivée. Bruxelles a suspendu les
négociations sur la participation suisse aux programmes académiques
Horizon 2020 et Erasmus +, après la décision de Berne de ne pas ouvrir
son marché du travail aux Croates. La contre-attaque à la votation du
9 février n’a pas tardé
La menace était dans l’air. Elle n’a pas tardé à se concrétiser
après que la Suisse eut annoncé samedi à la diplomatie croate qu’elle ne
pouvait signer, en l’état, l’extension de l’accord de libre circulation
à Zagreb au lendemain de la votation «Contre l’immigration de masse».
«L’Europe mini-guillotine la Suisse», titre L’Echo belge.
Par mesure de rétorsion, Bruxelles gèle donc les négociations sur la participation suisse aux programmes Horizon 2020 et Erasmus +, confirmant une information de la RTS:
cette non-signature «est considérée par Bruxelles comme un déclencheur
qui empêche le renouvellement d’accords avec la Suisse». Ceux qui
prolongeaient les programmes au-delà du 31 décembre 2013, jusqu’en 2020:
l’équivalent de 95 milliards d’euros, précise la Handelszeitung.
«Pour la Croatie, il est inacceptable d’être considéré durant les
trois prochaines années comme un Etat tiers et pas comme un Etat de
l’UE», a dit son ambassadeur à Berne, Aleksandar Heina, dans la NZZ am Sonntag, pour laquelle «l’heure de vérité arrive plus tôt que prévu». Et Le Figaro
interprète effectivement la contre-attaque de Bruxelles comme une
«première mesure de l’UE contre la Suisse», puisque Berne devait signer
un accord bilatéral avec Zagreb, la Croatie étant devenue le
vingt-huitième Etat européen. «L’agenda européen démarre»
«Sans libre circulation, pas d’Erasmus», en concluait donc logiquement Le Matin
le 10 février déjà. «Un diplomate européen estime que renégocier les
accords de libre circulation est exclu. Et que leur suspension inclut
que l’UE coupe à son tour la route des étudiants suisses. L’agenda
européen démarre.» Ce n’est plus du gel, c’est de la «congélation»,
selon le Corriere del Ticino. «Horizon 2020 auf Eis gelegt», renchérit la Neue Zürcher Zeitung.
Du coup, la journaliste Sylvia Freda (@SylviaFreda) écrit sur Twitter:
«C’est une catastrophe pour la Suisse. Nous allons tous en payer le
prix.» Mais «on voit ceux qui ont besoin de jouer au «mâle»…» rétorque Politi Blog (@politi_blog)
sur le site de microblogging, où la sphère estudiantine et les
comptes en langue croate s’agitent énormément. «Les chercheurs et les
étudiants suisses premières victimes du dimanche noir», ajoute jph schaller (@JphSchaller)
de la RTS.
Après le 9 février: les lecteurs du «Temps» s’expriment
La réponse de Tell à Gessler
Posons-nous la question des raisons qui poussent plus de la
moitié de la population à suivre les idées du tribun zurichois, même
s’il y a gros à parier que la plus grande partie des 50,3% de votants
est aussi outrée par le discours anti-romand. Plus que jamais,
M. Blocher est seul face à une classe politique qui manque de visions,
d’idées et de détermination politique… Et c’est cela, au fond, que le
vote de dimanche a sanctionné. Nos élites de droite, du centre et de
gauche doivent avoir le courage politique de développer et de défendre
une véritable pensée politique suisse, sans donner l’impression que leur
seul motif est de se plier aux diktats européens. Quand le Conseil
fédéral négocie un accord sur les héritages avec la France, qui
défavorise nos citoyens, quand il omet de fermement défendre la place
financière suisse et accepte de jeter des cadres en pâture aux autorités
étrangères, quand la classe politique accepte de remettre en cause de
nombreux fondements de notre pays sans véritablement défendre la
spécificité helvétique ainsi que notre souveraineté nationale, les
partis politiques suisses ouvrent une voie royale à M. Blocher. […] Le
vote de dimanche doit être compris en quelque sorte comme le vote de M.
Tell face à M. Gessler (le bailli des Habsbourg)… Et c’est sur cette
corde que le tribun joue. Par Etienne Rouge. Stellenbosch (Afrique du Sud) L’étranger du village voisin
[…] Mon père, originaire d’Ettingen (BL), est venu s’installer et
fonder sa famille en Suisse romande dans les années 60. Si on avait
commencé alors avec la logique de division actuelle, j’aurais été assez
vite considéré comme un secundo suisse allemand en terre vaudoise. Mon
adaptation aurait pu devenir un thème politique avec, à la clef, la
stigmatisation des Suisses allemands en Romandie et vice versa. Si je
suis aujourd’hui professeur de sociologie en Suisse romande, et
défenseur des droits de l’enfant jusqu’en Chine, c’est aussi grâce à la
Suisse ouverte sur le monde que je le dois.
L’écrivain Max Lobe trouve
exagérées les récentes diatribes d’intellectuels helvétiques suite au
succès de la droite aux élections fédérales. La Suisse reste, dit-il, un
fantastique exemple de vivre ensemble dont les Suisses eux-mêmes ne se
rendent pas toujours compte
Depuis les élections fédérales du week-end dernier,
de nombreuses voix on ne peut plus critiques se sont levées pour
déplorer l’issue des résultats. Ces voix, du très estimable Lukas
Bärfuss à la brillante Caroline Iberg, pour ne citer que ceux-là, par
leur tribune, n’ont fait que blâmer la Suisse en tant que pays et taper
sur les doigts des électeurs en les traitant de tous les noms d’oiseaux.
Une de ces critiques les plus acerbes est peut-être celle de Lukas
Bärfuss qui traite la Suisse de pays de nains catatoniques!
Mais
la tribune de Caroline Iberg, secrétaire générale adjointe du Nouveau
mouvement européen Suisse (Nomes), dans «L’Hebdo", monte d’un cran dans
la virulence de l’attaque contre la Suisse et les Suisses. «La Suisse
est xénophobe, europhobe et raciste et cela ne choque personne», martèle
la brave pro-européenne en guise de titre. Quelle violence! Lire sur l'Hebdo:La Suisse est xénophobe, europhobe et raciste et cela ne choque personne
Pourquoi user d’un vocabulaire si dur et injurieux envers le bulletin de vote des citoyens?
Certes,
on peut, et à bien d’égard, porter un regard critique sur certaines
politiques publiques de la Suisse. Je l’ai moi-même souvent fait à
propos des politiques migratoires aussi bien dans mes romans que dans
mes chroniques. Mais verser gratuitement dans une telle envolée
d’insultes me consterne. De plus, cela ne sert absolument pas à élever
le débat. Je crois même que cela ne sert qu’à jouer le jeu des partis
dont on veut critiquer la politique.
La Suisse est-elle un pays
raciste? Je ne peux que consentir à l’idée selon laquelle des efforts
restent à réaliser pour lutter contre cette tare qui, faut-il bien
souligner en passant, est universelle. A ceux qui ne voient le verre
qu’à moitié vide, je voudrais leur rappeler qu’une des plus grandes
banques du pays a à sa tête un Noir. Quoi de plus exotique?
Ces étrangers sont pour l’immense majorité bien intégrés, n’en déplaisent à ceux qui crient au loup.
La Suisse est-elle donc un pays europhobe?
Serait-elle xénophobe? On peut le penser au regard des résultats des
votations du 9 février 2014 dont on verra prochainement la mise en
œuvre. Mais se limiter à ce vote pour affubler la Suisse et les Suisses
des étiquettes de xénophobes et d'europhobes, est certainement vite
aller en besogne. Sur un peu plus de huit millions d’habitants, la
Suisse compte bien près de deux millions d’étrangers dont plus d’un
million d’Européens. Et ces étrangers sont pour l’immense majorité bien
intégrés, n’en déplaisent à ceux qui crient au loup.
La Suisse? Un fantastique exemple de vivre-ensemble
Dire
que la Suisse ne participe pas à l’effort d’accueil des demandeurs
d’asile dans la présente crise migratoire que traverse l’Europe relève
de la tromperie ou du moins de la mauvaise foi. Près de 60 000 demandes
d’asile ont été enregistrées en Suisse au 30 septembre 2015, dont 8000
Syriens. Bien sûr, la Suisse pourrait en faire plus. Beaucoup plus. Dans
une récente tribune,
j’avançais même que la Suisse devrait accorder le statut de réfugiés
aux demandeurs d’asiles syriens (notamment) et donc leur délivrer un
permis B au lieu de les condamner à une existence nébuleuse en ne leur
accordant qu’un permis F d’admission provisoire. Lire aussi: Offrons-leur un vrai statut de réfugiés!
Mon objectif n’est certainement pas celui de faire un
nivellement par le bas ou d’applaudir ce que l’on n’a cessé de qualifier
depuis les dernières élections fédérales de basculement à droite du
Parlement, comme si celui-ci avait été à gauche ces 20 dernières années.
La
meilleure façon de porter le débat à un niveau un tant soit peu
supérieur reste, à mon sens, de faire un succinct bilan de ce qui ne va
pas si mal, de surligner les problèmes et de chercher à les gommer par
le biais de propositions concrètes, rassurantes, compréhensibles par
tous et non en envoyant à tout va des insultes à l’endroit des
électeurs. Car la Suisse, pour moi, reste un fantastique exemple de
vivre-ensemble dont les Suisses eux-mêmes ne se rendent malheureusement
pas souvent compte. Max Lobe est écrivain. Il est l’auteur de «39, Rue de Berne «et de «La Trinité bantoue «parus aux éditions Zoé.
Le Berlaymont, siège de la Commmision européenne à Bruxelles. (AFP)
L’UE retire de son ordre du jour la discussion sur le mandat en vue de
négociations sur les questions institutionnelles avec la Suisse. Et le
président de la Commission José Manuel Barroso laisse entendre que les
Suisses pourraient perdre la possibilité de travailler et s’établir au
sein de l’UE
Après le vote du 9 février, l’Helvétie paraît plus divisée que jamais,
mais l’explication du séisme se trouve outre-Sarine. En attendant, le
«oui» à l’initiative de l’UDC met Bruxelles sur ses pattes de derrière,
en même temps que le culot démocratique du pays non membre de l’UE est
largement salué
Philipp Hildebrand, ici au forum économique de Davos en janvier (Keystone)
Dans une tribune publiée mercredi matin dans la presse anglaise,
l’ex-président de la Banque nationale suisse revient sur «ce coup dur»
pour Berne. Une analyse truffée de métaphores
«Comme de la neige de fin de printemps.» Les espoirs suisses de
concessions de la part de Bruxelles après le vote de dimanche peuvent
fondre comme de la neige au mois de mai, image l’ex-président de la
Banque Nationale Suisse (BNS) Philipp Hildebrand. Dans une tribune publiée mercredi par le Financial Times
, l’actuel vice-président de BlackRock estime que le vote de
dimanche est un «coup dur» pour le gouvernement suisse: «Le pays situé
au cœur de l’Europe doit désormais faire face à un choix difficile.»
En
substance, Philipp Hildebrand se demande si la Suisse va continuer à
profiter de la prospérité que lui amènent ses voisins en acceptant de
réduire un brin sa souveraineté politique, ou si elle préférera
redevenir «le maître en son domaine» en s’éloignant du marché européen,
amoindrissant ainsi son niveau de vie. Le gouvernement a trois ans pour
prendre sa décision. «Le temps file», redoute Philipp Hildebrand.
«Difficile
de vaincre sur le ring quand on refuse d’utiliser ses deux poings»,
déclare le financier aujourd’hui établi à Londres. «L’extrême-droite a
gagné la votation parce qu’elle savait ce qu’elle voulait. Le centre et
le centre-gauche ont perdu parce qu’ils n’ont pas réussi à proposer une
alternative et ont eu peur d’entrer dans le combat.»
Aujourd’hui,
une possibilité pour avancer pourrait être de «secouer le statu quo
politique», estime Philipp Hildebrand. Concrètement, «le gouvernement
pourrait nommer un second ministre d’extrême-droite […] et leur confier
aux deux des portefeuilles clés, imagine-t-il. De cette manière,
l’extrême-droite serait tenue responsables des négociations à venir avec
l’UE.» Quelles leçons pour l’Europe?
Sortant des frontières helvétiques, l’ancien champion de natation
se demande quelles leçons la Grande-Bretagne et l’Europe peuvent tirer
de ce vote.
Une réforme est nécessaire, affirme-t-il. «D’ailleurs,
pour Angela Merkel et François Hollande, le vote suisse pourrait servir
de rappel», espère Philipp Hildebrand. Les 18 Etats membres de la zone
euro doivent entreprendre «une intégration plus profonde», passant
notamment par la mise en place d’une autorité budgétaire commune. Pour
d’autres, réformer veut probablement dire se recentrer sur les
attributions initiales de l’union commerciale et douanière.
Adèle Thorens Goumaz, coprésidente des Verts suisses, en avril 2012 à Berne. (Peter Klaunzer)
La coprésidente des Verts suisses, Adèle Thorens Goumaz, réagit à
l’idée que l’approbation de l’initiative sur l’immigration aurait été
motivée par une sensibilité écologiste, et l’attachement à une Suisse
préservée
Un vote «écologiste», reflétant l’attachement à une Suisse à
préserver: c’est ainsi que notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton
analysait lundi le scrutin sur l’immigration – sur fond de prochaine
votation consacrée à Ecopop, l’initiative dédiée à la limitation de la
croissance de la population. La réaction d’Adèle Thorens Goumaz,
coprésidente des Verts suisses et conseillère nationale vaudoise. Le Temps: Marie-Hélène Miauton parle d’un vote motivé par la défense d’une «Suisse paysagère»: que répondez-vous?
Adèle Thorens Goumaz: Avec ce vote de fermeture, la
majorité du peuple a certainement dit sa méfiance face à une Europe en
crise. Mais il y a probablement aussi eu, effectivement, l’expression du
refus d’une Suisse plus urbaine et plus cosmopolite, au profit d’une
Suisse paisible, idéalisée et nostalgique, faite, comme le dit
Mme Miauton, de paysages idylliques, mais aussi culturellement plus
homogène et figurant un mode de vie plus traditionnel. Il est possible
que les problèmes de pression sur les salaires, de crise du logement et
de saturation des axes de transport touchant les régions suisses à forte
croissance aient contribué à cette image négative de la Suisse urbaine,
qui concerne paradoxalement plutôt les personnes vivant dans des lieux
moins touchés par ces difficultés, si ce n’est peut-être par le mitage
du territoire… Des personnes qui craignent de perdre leur qualité de
vie. Une majorité de citoyens vivant dans des lieux affectés par les
effets pervers de la «surchauffe» de la croissance, comme l’Arc
lémanique, ont par contre perçu le fait que l’initiative de l’UDC
n’apportait pas de solution à leurs problèmes de mobilité ou de logement
et s’y est opposée. Ces citoyens considèrent à juste titre que ces
problèmes pouvaient être résolus autrement. – Certains
considèrent que le vote a été «écologiste», au sens de la méfiance d’une
expansion sans limites, est-ce aussi votre sentiment?
– Non, en tous les cas pas au sens d’un vote lié à l’électorat
des Verts. Nos sympathisants sont critiques face aux effets négatifs
d’une croissance mal gérée; mais ils ne sont pas défavorables à une
Suisse ouverte sur le monde et plus urbaine, pour autant que cette
urbanisation ne se fasse pas au détriment de la nature et du paysage.
Les Verts considèrent surtout que ce n’est pas en fermant nos frontières
et en péjorant nos relations avec l’Europe que nous réglerons nos
problèmes de mitage du territoire, de logement, de mobilité ou de
salaires. Des solutions ciblées existent, le problème est qu’elles ne
sont pas appliquées.
Frontaliers arrivant à Lausanne, en mai 2013. (Jean-Christophe Bott/Keystone)
Les réactions continuent d’affluer ce lundi après l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Suivez ici les derniers développements politiques en continu (Dernière mise à jour, à 13h53)
Pour la chroniqueuse Marie-Hélène Miauton, le vote de dimanche n’exprime ni une crainte du dumping salarial, ni une inquiétude liée aux infrastructures, mais une tension culturelle et le goût d’une vie hors
des villes
L’UDC remporte seule contre tous une victoire énorme. Une période de grande incertitude s’ouvre avec l’Union européenne. Une partie des élites du pays est coupéede la Suisse des campagnes
Les représentants de l’industrie plaident en faveur d’une application souple des contingents pour les entreprises. Leurs plus grandes craintes se rapportent toutefois au risque de rupture des accords bilatéraux avec l’Union européenne
Les quotas d’étrangers vont s’imposer à nouveau, selon des modalités encore floues. Le processus de fixation des contingents risque d’être très politisé
Le PLR exige que Christoph Blocher soit nommé secrétaire d’Etat spécial pour négocier lui-même notre futur avec l’Union européenne. Ailleurs, les critiques sont vives contre le Conseil fédéral, mais
personne ne veut prendre le risque d’une crise institutionnelle
L’initiative de l’UDC qui remet en cause la libre circulation des personnes a été approuvée ce dimanche par une majorité des cantons et 50,3% des suffrages populaires. La Commission européenne «regrette» un vote qui «va à l’encontre» de la libre circulation. Le texte sur l’avortement a été refusé sèchement, et le fonds d’infrastructure ferroviaire plébiscité. Notre suivi de la journée
Chef du Service cantonal vaudois de l’emploi, Roger Piccand commente le vote qui devrait rétablir les contingents d’étrangers, un système qu’il avait critiqué
Déplorant le résultat de «trois ans d’hystérie populiste», le conseiller national PLR Fathi Derder appelle les vainqueurs du jour à prendre leurs responsabilités
Le vote de ce 9 février sur la libre circulation constitue une lourde défaite du gouvernement, de la majorité du Parlement et de tous les milieux économiques. Et pose de graves questions institutionnelles
D’origine tessinoise et députée européenne, Anna Maria Corazza-Bildt déplore l’initiative de l’UDC. Selon elle, un oui serait un coup dur pour les relations Suisse-UE
Pour Christoph Blocher, qui s’est beaucoup investi dans la campagne «Contre l’immigration de masse», le succès espéré ce dimanche compte moins que l’objectif de scier la planche des relations bilatérales avec l’UE. Il y a la mission, il y a aussi l’occasion d’une revanche. Quitte pour cela à s’allier avec son opposé, Thomas Minder, un adepte du mouvement malthusien Ecopop
L’importance médiatique et politique accordée au phénomène des cambriolages par bandes arrivant d’Italie pourrait renforcer le soutien à l’initiative de l’UDC dans un canton où la frontière est au centre de l’agenda politique
Avant la votation du 9 février sur l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», plongée dans quelques articles dénichés sur la Toile francophone
Pas question pour l’UDC de préciser avant le vote les contours de la politique des contingents. Mais regroupement familial et accès aux prestations familiales seraient limités. Par contre, le parti
national-conservateur annonce déjà une nouvelle initiative
En matière d’immigration qualifiée, le manque d’informaticiens et d’ingénieurs agite les milieux concernés. Des chiffres parfois astronomiques sont évoqués. Mais qu’en est-il vraiment? Des patrons
racontent la diversité des situations
Le président du Conseil central islamique suisse donnera une conférence samedi dans une mosquée sédunoise. A la veille de la votation sur l’immigration de masse, l’UDC conteste sa venue. Les organisateurs entendent porter plainte pour incitation à la haine
L’UDC, en campagne «Contre l’immigration de masse», dénonce le tourisme social des citoyens de l’Union européenne. Les autorités relativisent mais durcissent les règles et les contrôles
Le Human Brain Project fait partie des projets bénéficiant de copieux crédits européens. (Laurent Gilliéron/Keystone)
Les conséquences du vote sur la libre circulation plongent les
universités dans l’inquiétude. La suite de la participation suisse aux
programmes de recherche et à Erasmus est remise en cause. Pour le
secrétaire d’Etat Mauro Dell’Ambrogio, «ce sera très difficile»
Ces jours, les campus et bâtiment des hautes écoles suisses sont
presque vides. Pour bon nombre d’étudiants, après les examens, c’est le
temps des vacances de milieu d’année. Dans les bureaux et les
laboratoires, en revanche, règnent au mieux une légère inquiétude, au
pire l’affolement général. Le vote de dimanche, qui balaie la libre
circulation des personnes, pourrait remettre en cause la participation
suisse aux programmes européens en matière de mobilité des étudiants et
de recherche. Pour l’heure, les milieux scientifiques, comme d’autres,
sont surtout plongés dans le brouillard: «Le pire, pour nous, est
l’incertitude», relève le président de l’EPFL, Patrick Aebischer.
Incertitude qui pourrait durer. Interrogé mardi matin, le secrétaire
d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation Mauro Dell’Ambrogio a
déclaré que «nous faisons tout notre possible, voire l’impossible pour
sauver la place de la Suisse. Mais ce sera très difficile.»
La
science fait partie du premier paquet d’accord bilatéraux. Il s’y ajoute
Erasmus, pour les étudiants en mobilité. En renégociation ces temps, ce
dernier pourrait être repoussé, laissait-on entendre avant le vote (LT du 24.01.2014).
Mais le souci primordial des chercheurs porte sur l’accord concernant
la recherche. Après sept programmes-cadres, le dernier en date clos en
2013, l’UE a voulu voir plus grand en mettant sur pied son plan dit
Horizon 2020. Jusqu’à 2020, elle prévoit un colossal budget de
80 milliards d’euros autour de la recherche fondamentale, les
déclinaisons industrielles et les enjeux sociaux. Les appels à projets
ont déjà été lancés, pour un premier délai au 25 mars.
La
renégociation de l’accord était achevée. Les Chambres ont voté à
l’automne passé une enveloppe de 4,3 milliards de francs. Mais le texte
n’a pas été signé entre la Suisse et l’UE. La commission, laissent
entendre certains connaisseurs, a sciemment fait traîner l’apposition de
son paraphe en vue du vote du 9 février. Au reste, le texte doit être
approuvé par les 28 Etats membres.
Viviane Reding, vice-présidente de
la Commission européenne: «A la différence du fromage suisse, le grand
marché européen ne peut pas avoir de trous.» (Reuters)
Partout, les antieuropéens applaudissent le vote des Suisses. En
Angleterre ou en France, des voix plus modérées y voient un enseignement
à prendre au sérieux
Rarement, ou peut-être jamais, l’issue d’une initiative populaire
suisse n’aura été aussi commentée, disséquée, analysée par l’ensemble
des acteurs politiques européens. Les Suisses ont dit stop à la libre
circulation, et le tremblement de terre est continental.
Confortés
par le coup de gueule des Helvètes, il y a bien sûr tous ceux qui
jubilent: les anti-européens canal historique. Présidente du Front
national (FN), Marine Le Pen a, par exemple, dégainé la première, en
saluant le «bon sens des Suisses» et en appelant les Français «à suivre
ce chemin». En tête des sondages pour les élections européennes de mai –
avec 23% d’intentions de vote en France, le FN arriverait devant l’UMP
(21%) et les listes du Parti socialiste et du Parti radical de gauche
(18%) – la fille de Jean-Marie Le Pen n’osait même pas espérer pareille
aubaine.
Chef de file du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni,
Nigel Farage lui a emboîté le pas, applaudissant «une merveilleuse
nouvelle pour les amoureux de la liberté et de la souveraineté nationale
en Europe». Pour lui, «une Suisse sage et forte s’est dressée contre le
harcèlement et les menaces émanant des bureaucrates non élus de
Bruxelles». Lui aussi espère devancer les conservateurs aux prochaines
élections européennes.
Entre ces cris de joie et l’inquiétude
exprimée par la vaste majorité de la classe politique européenne,
d’autres voix laissent entendre que le signal envoyé par la Suisse
gagnerait peut-être à être entendu. Invité, lundi matin, de Jean-Jacques
Bourdin sur RMC, l’ancien premier ministre français
François Fillon a ainsi jugé «parfaitement naturel» que la Suisse
veuille contrôler son immigration en instaurant des quotas. Selon lui,
la France ou l’Europe peuvent adopter le même système: «Décider chaque
année, en fonction de la capacité d’intégration du pays, combien de
personnes extérieures on peut accueillir.»
Sans aller jusque-là,
le premier ministre britannique, David Cameron, estime que le vote
Suisse traduit «l’inquiétude grandissante» concernant la libre
circulation en Europe. Celui qui a d’ores et déjà promis, pour 2017, un
référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’UE, entend bien couper
l’herbe sous le pied des anti-européens, en faisant rappeler par son
porte-parole que son gouvernement a déjà soulevé la question de la libre
circulation au sein de l’UE, et continuera à le faire. David Cameron
avait, d’ailleurs, déjà brisé le tabou en novembre dernier, plaidant
pour la limitation du nombre de migrants en provenance de l’Union
européenne, écornant par là les principes de la libre circulation.
InternationalLes frontaliers s'inquiètent des retombées sur le renouvellement
de leur permis de séjour. Les Européens tiennent quant à eux à la libre
circulation, principe majeur de l'Union.
Ce n’est pas un vote contre l’Europe, mais un
vote identitaire qui a divisé la Suisse dimanche. Sur les 55,8 % de
Suisses qui se sont prononcés sur le projet de l’UDC, la droite
populiste de Christoph Blocher, 50,3 % ont voté pour limiter "l’immigration de masse"
et 49,7 % contre. Une partie de la Suisse s’inscrit ainsi dans le
courant populiste et identitaire qui s’étend en Europe depuis une
décennie, de l’Autriche aux Pays-Bas, de la France à la Belgique, et qui
risque de peser à nouveau sur les élections européennes de mai
prochain.
De quoi est fait le vote des Suisses ?
Paradoxalement,
comme en France, la crainte de l’immigration est plus ancrée dans les
campagnes que dans les villes. Le canton de Schwytz, par exemple, où se
fabriquent (grâce à des travailleurs étrangers) les fameux couteaux
Victorinox, enregistre l’adhésion de 63,1 % des électeurs au
rétablissement des quotas. En revanche, Zürich et sa grande banlieue, où
se concentrent les étrangers, ont rejeté le projet par 52,7 % des voix.
Le
monde rural suisse entend préserver un pays en miniature, homogène,
ordonné, où les gens du terroir ont le dernier mot. C’est
particulièrement le cas en Suisse alémanique.
Selon le politologue suisse Pascal Sciarini, "les Suisses ont montré par ce vote leur volonté de défendre leur modèle", et notamment "contre la globalisation, la mondialisation et les flux migratoires". Sans doute, rétorque un diplomate en poste en Suisse, "dans leur utopie, ils entretiennent l’idée d’un village isolé, mais vouloir vivre à l’écart du monde globalisé est une illusion".
Ne pas sous-estimer la pression
En
signant un accord de libre circulation avec l’UE, la Suisse a connu une
augmentation de 80000 étrangers par an, alors que les autorités
fédérales n’en attendaient que 8000. Le pays abrite désormais 23 %
d’étrangers sur un territoire largement confiné par les massifs
montagneux. La Belgique enregistre bien moins, près de 11 %. Mais,
contrairement à la Suisse, elle a accordé plus souvent la nationalité
aux étrangers.
L’étranger devient ainsi la "tête de Turc" de tout
ce qui ne va pas bien dans le pays. Les Suisses se plaignent d’un
logement de plus en plus rare et cher au point que, dans le canton de
Genève (qui comprend 460000 habitants), mille familles suisses par an
vont s’établir dans la France voisine. Mais la raréfaction des biens
immobiliers s’explique aussi par le blocage au niveau cantonal des
terrains à bâtir.
Un "signal de la Suisse" à l’UE
Les
questions de densité de population (embouteillages, logement,
pollution, trains bondés) sont au cœur des préoccupations des pays
riches, comme la Suisse et la Belgique.
Pour Marie-Hélène
Miauton, chroniqueuse au journal "Le Temps" et fondatrice d’un institut
de sondage, il y a aussi une dimension "écologique" dans le vote des Suisses. "Le Suisse n’est pas xénophobe", dit-elle. "C’est
un pigeon voyageur. Mais il se sent débordé par l’ampleur de
l’immigration. Il refuse la croissance à tout prix et veut préserver la
nature et les valeurs qui fondent sa société", notamment les règles
qui régissent le monde du travail et de l’entreprise. Cette sociologue
pense que si les pays européens faisaient voter leur population, ils
auraient sans doute beaucoup plus que 50 %. En ce sens, dit-elle, "la Suisse a lancé un signal".
Les étudiants et chercheurs suisses, privés de bourse par l’Union Européenne
C’est officiel, la Commission européenne met à exécution sa
menace de suspendre ses accords avec la Suisse, notamment dans le
domaine de l’éducation et la recherche.
Après la votation du 9 février
visant à limiter l'immigration dans la Confédération, mercredi 26
février, le commissaire européen en charge de l’emploi, Làszlo Andor, a,
lors d’une session plénière du parlement, à Strasbourg, déclaré que « la participation de la Suisse aux programmes Horizon 2020 et Erasmus plus est suspendue pour la rentrée 2014 ».
Concrètement, cela signifie que les échanges d’étudiants et de
chercheurs seront plus difficiles. Ils devront désormais être négociés
école par école, université par université. Les étudiants suisses qui
souhaitent étudier en Europe ne bénéficieront plus de bourses, alors que
2 400 d’entre eux en ont profité en 2012. De même, l’accueil, en
Suisse, des étudiants étrangers sera plus compliqué. DES PROJETS COMMUNS FREINÉS
Mais, surtout, des projets communs seront freinés, car, depuis 2011,
la Suisse a adhéré comme partenaire aux programmes de recherche
européens comme l’énorme « human brain project », piloté par l’Ecole
polytechnique fédérale de Lausanne et doté d’un milliard d’euros. Il
n’est, pour le moment, pas encore question de le suspendre, mais les
chercheurs ne pourront plus, à titre individuel, concourir pour
décrocher une bourse Marie Curie ou du Conseil européen de recherche
(ERC).
L’Union européenne réagit ainsi au résultat du référendum d’initiative populaire du 9 février ouvrant la voie à l’instauration, en Suisse, de quotas d’étrangers, et au refus du Conseil fédéral suisse de ratifier l’accord d’extension de la libre circulation à la Croatie. Mr
Andor n’a donc fait que reprendre les précédents propos de José Manuel
Barroso, président de la Commission européenne, tenus notamment le 17
février sur la Radio suisse romande : « La libre circulation des
personnes n’est pas négociable, c’est un droit fondamental et on ne peut
accepter des traitements différenciés entre les états membres. » CRÉATION D'UN FRONT ACADÉMIQUE EN SUISSE « A entendre les responsables européens, on a l’impression qu’il
cherchent à sanctionner le peuple suisse, plutôt que de se mettre autour
d’une table et de chercher des solutions », s’indigne Mélanie Glayre, membre de la direction de l’Union des étudiants suisses (Unes), et
ce n’est pas une question d’argent car les transferts entre l’Union
européenne et la Suisse sont quasiment équilibrés. Il ne faudrait pas
pénaliser la formation et la recherche », plaide-t-elle. L’Unes appelle d’ailleurs à manifester, le 1er mars, à Berne, et à créer « un front académique » avec tous les acteurs et responsables de l'enseignement supérieur.
Isabelle Rey-Lefebvre
Vos commentaires