Il a toujours dit qu’il gagnerait et
personne ne le prenait vraiment au sérieux - même pas lui probablement -
tellement il semblait que "Président Donald Trump" était une
contradiction dans les termes.
Pour toute personne raisonnablement
confiante dans le bon sens de ses semblables, il paraissait impensable,
en effet, qu’un homme puisse s’élever jusqu’à la fonction politique la
plus prestigieuse et la plus exigeante du monde par la seule force de
l’ignorance et de la vulgarité. C’est pourtant le choix stupéfiant qu’a
fait une majorité d’Américains.
Hillary Clinton, qui avait gagné haut la main les trois
débats télévisés de la campagne présidentielle, a perdu le combat qui
aurait fait d’elle la première femme à entrer à la Maison-Blanche. Cette
nouvelle page d’Histoire, après l’élection, huit ans plus tôt, d’un
président noir, l’Amérique n’est donc toujours pas prête à l’écrire,
préférant plutôt couronner un candidat raciste et sexiste, qui ne prit
jamais la peine d’exposer en détail les politiques qu’il comptait mener,
qui ne fit campagne qu’à coups de slogans simplistes et de promesses
énormes, qui s’exprima avec un vocabulaire riche seulement en gros mots.
Si Donald Trump succède à Barack Obama, il le doit à des
femmes qui ont voté pour lui en dépit du traitement dégradant qu’il
s’est flatté de leur réserver. A des chrétiens qui ont voté pour lui en
dépit de son plaisir à fouler au pied leurs valeurs les plus chères. A
des Républicains qui ont voté pour lui en dépit du fait qu’ils avaient
le plus grand mal à le tenir pour un des leurs (les ténors du parti
avaient déserté la Convention nationale, publiquement désavoué le
candidat, et refusé de faire campagne pour lui…).
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche plonge le
monde dans l’incertitude et l’inquiétude. Le candidat s’est juré de
remettre en cause aussi bien les traités commerciaux qui lient les
Etats-Unis que les alliances politiques et militaires dont ils sont le
pilier. Il s’est flatté d’avoir des solutions simples à des problèmes
extraordinairement complexes, qu’il s’agisse de combattre le terrorisme
ou de résoudre les contentieux nucléaires avec l’Iran ou la Corée du
Nord. Quand on se rappelle ce que’un George W. Bush, autrement plus
qualifié, fit au Moyen-Orient, on tremble.
L’élection de Donald Trump confrontera aussi l’Amérique à
d’incroyables difficultés. Seul candidat républicain à n’avoir pas joui
du soutien du monde des affaires, le milliardaire au parcours douteux
s’est proposé d’introduire des réformes dont les experts craignent
qu’elles produisent une nouvelle récession.
Le déroulement de cette élection présidentielle et son
invraisemblable dénouement portent enfin un coup très dur à la
démocratie, aux Etats-Unis bien sûr, mais aussi en général. S’ajoutant
aux succès du populisme enregistrés ces dernières années en Europe, le
triomphe d’un homme comme Donald Trump est malheureusement susceptible
de convaincre des segments de plus en plus larges de la population,
parmi les jeunes en particulier, que, si le mensonge et le culot
suffisent pour élire un président des Etats-Unis, ils peuvent tout aussi
bien être la clé de leur propre réussite. http://www.lalibre.be/debats/edito/edito-une-victoire-du-populisme-inimaginable-et-honteuse-5822d407cd70958a9d5eecd6
"Trump va inspirer les populismes en Europe"
Denis Vanderbrugge
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USA 2016 Pour le professeur Sebastian Santander de l'Ulg, cette victoire du
Républicain pourrait donner des ailes aux populismes en Europe.
La victoire de Donald Trump aura inévitablement des
conséquences sur le politique internationale des USA. Mais pas
seulement. De notre côté de l'Atlantique aussi, ce succès électoral
pourrait donner des ailes à un populisme qui a le vent en poupe depuis
plusieurs années.
"Donald Trump a fait sauter toute une série de verrous. Il a
tenu des propos homophobes, il a eu un discours contre les migrants, il
a insulté les handicapés...", énumère Sebastian Santander, professeur
en sciences politiques à l'université de Liège. "Sur les réseaux
sociaux, cela a une conséquence directe : les gens se lâchent de plus en
plus aux Etats-Unis. Je pense que certains partis européens d'extrême
droite pourraient surfer sur la vague. Ils vont se dire : si ça a marché
pour lui, pourquoi ça ne marcherait pas pour nous ?"
En France, Marine Le Pen a déjà salué la victoire du
Républicain. "Quelqu'un comme Viktor Orban, le Premier ministre
hongrois, s'est aussi prononcé ouvertement en faveur de Donald Trump",
ajoute le professeur de l'Ulg.
La Belgique va-t-elle devoir revoir sa politique de défense ?
En Belgique aussi, une victoire de Donald Trump risque
d'avoir des conséquences. En premier lieu sur notre politique en matière
de défense. "Trump a déjà menacé de se retirer de l'OTAN, reprend M.
Santander. Il reproche aux états européens de ne pas consacrer 2% de
leur PIB à la politique de défense. En clair : si à la première réunion
de l'OTAN Trump tape du poing sur la table, il faudra peut-être revoir
notre position en matière de défense."
Car si Trump venait à mettre ses menaces à exécution,
l'Europe se retrouverait à découvert par rapport à la Russie. "Trump est
d'ailleurs pour une alliance plus étroite avec les Russes. Il ne veut
pas la confrontation. Cela pourrait constituer une menace pour les pays
baltes, à la frontière desquels la Russie multiplie les manoeuvres
militaires."
Sur le plan économique, il faut aussi s'attendre à du
changement. Le Républicain est d'abord contre le TTIP. "Donald Trump
tient un discours anti-mondialisation. Quand on sait que les échanges
entre l'Europe et les Etats-Unis représentent 2 milliards de dollars
chaque jour, cette vision risque d'avoir des répercussions Mais ce sera
aussi le cas pour les Etats-Unis, si Trump vient à sanctionner ses
principaux partenaires économiques que sont le Mexique, la Chine, le
Canada et l'Europe... Car 30% du PIB américain dépend du commerce
international."
Trump n'aura pas tous les pouvoirs
Pour le professeur Santander, il faut cependant rester
prudent. Premièrement parce qu'il y souvent une différence entre les
arguments de campagne et les actes. Deuxièmement parce que, même s'il
est présenté comme l'homme le plus puissant du monde, le président
américain n'a pas tous les pouvoirs.
"Tous les Républicains ne suivent pas Donald Trump. Et le
président doit tenir compte du Congrès. Or, les Etats-Unis ne
fonctionnent pas comme la Belgique où il existe des logiques de partis.
Là-bas, chacun vote selon ses sensibilités. Il y aura donc des
garde-fous. Trump ne fera pas ce qu'il veut"
Et quand on sait que le programme économique de Trump va à
l'encontre du libéralisme prôné par le parti républicain, toutes les
propositions du président ne passeront pas comme une lettre à la poste. http://www.lalibre.be/actu/usa-2016/trump-va-inspirer-les-populismes-en-europe-
5822ca78cd70fb896a6724c0
Le populisme guidant le peuple ?
Xavier Zeegers
Publié le
- Mis à jour le
Opinions
Pour comprendre l’ascension de Donald Trump, on se focalise sur le
populisme. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce l’incarnation de
la démocratie ? Ou une colère aveugle ?
Chemins de traverse.
Faut-il pardonner à la catastrophe qui
brûle une forêt ou inonde nos récoltes ? En posant la question, Boris
Cyrulnik précise d’emblée que la haine est fatalement inappropriée
envers un phénomène de la nature, qu’il faut juste s’en méfier, s’en
préserver, mais d’abord le comprendre. Donald Trump est un accident
politique qui deviendra une catastrophe s’il est élu Président. Pour
comprendre son ascension, on se focalise beaucoup sur le populisme.
Attardons-nous sur ce mot.
S’il recouvre l’expression la plus large du peuple, il est
alors - hélas diront certains - l’incarnation de la démocratie.
Laquelle, garante des libertés et de l’Etat de droit, autorise aussi
l’expression de son contraire, pour autant qu’il y ait le contrepoids
d’une Constitution protectrice. Reste que c’est une trop bonne fille qui
ne rejette personne et laisse ses prédateurs abuser d’elle, voire la
violer, ou pire encore tenter de la tuer. Peut-on alors asséner qu’une
majorité des gens se trompent gravement ? C’est tentant, mais au nom de
quelle supériorité morale ou intellectuelle ? Faut-il mépriser les peu
instruits, les non-diplômés qui votent Trump, donc "mal" ? Dans un
entretien avec Pierre Nora, et reparu en livret après son récent décès,
Alain Decaux refuse cette ségrégation sociale : " J’ai toujours été
frappé, lorsque j’étais invité à des débats dans des usines par exemple,
par la qualité du public et l’intérêt des questions posées. Cela ne
vole pas bas du tout, et ceci chez les gens les plus simples. "
Alors pourquoi cette sorte de crispation collective alors que les
problèmes à régler n’ont jamais été si vastes, complexes et cruciaux ?
Peut-être parce qu’ils le sont, justement ! Et que nous
surestimons la capacité du pouvoir à exercer le… pouvoir, à peser sur
les événements et les structures économiques. Les ouvriers du Hainaut en
font l’amère expérience : le pouvoir économique et son arrogance
triomphante, quoique souvent aveugle, pèse davantage que les
gouvernements. Tout comme le poids de l’Histoire des pays de l’Union
européenne qui entrave à présent sa crédibilité dans le désenchantement.
Régis Debray parle du " dernier mythe idéaliste des survivants de la guerre de 1939-1945 " .
Le populisme, on le retrouve dans le film de Claude Berri
tiré du diptyque de Pagnol : "L’eau des collines". Un village meurt de
sécheresse. Le Conseil municipal invite un géologue de la ville à donner
son avis. Il s’enfonce alors dans des méandres hydrauliques que nul ne
saisit et rapidement tous ont les nerfs à vif. Ils veulent que le
technicien soit un sorcier faisant rejaillir l’eau, et basta !
Quand il conclut qu’il faut être raisonnable et se contenter d’un
rationnement par camion-citerne, voire carrément - sacrilège ! - quitter
le village, c’est l’émeute : il doit fuir. Déboule alors un berger
vociférant : " Mon eau, mon eau ! " Le maire lui dit que venu à
temps, il aurait pu entendre les explications… dont il n’a cure. En
panique, brandissant son bordereau, il hurle : " J’ai payé pour mon eau, je veux mon eau !
" Il lève son bâton, tente de frapper le maire qui veut le calmer, mais
le coup pulvérise le buste de Marianne. Symboliquement, c’est la
République qu’il assassine. C’est peut-être cela le populisme : une
colère aveugle face à des frustrations aggravées par un déficit
démocratique.
Axel Kahn, généticien, médecin, et randonneur a visité la
France "réelle" lors de rudes traversées, et écouté des milliers de gens
afin d’identifier les racines d’un malaise qu’il perçoit dans " le
sentiment de dépossession ressenti par des gens qui pensent avoir perdu
la maîtrise de leur avenir, en assimilant les incessants changements à
la manifestation d’une insupportable dégradation d’un passé certes
phantasmé mais qui les bloque et rend amers. Il faut pouvoir comprendre
les ressorts de ce mal-être, et proposer avec talent un avenir
désirable, accueillant pour leurs enfants, dans la construction duquel
ils auraient envie de s’engager" (2).
Croire encore en l’avenir ? Le rendez-vous français est pour
2017. L’échéance U.S. est proche. Puissent les Américains rejeter le
choix qui aggraverait tout !
OpinionsUne opinion d'un collectif de citoyennes musulmanes(1).
En Belgique, les mesures en vue de refouler hors de
la vie sociale les musulmanes portant le foulard se multiplient. Ne
nous contraignez pas au repli communautaire, devenons des alliés.
Nous sommes des femmes qui vivons et agissons en Belgique.
Nos pays d’origine, nos profils, engagements et centres d’intérêt sont
très divers, mais les images que l’on produit de nous nous réduisent à
une seule facette de notre identité dans laquelle on nous enferme : nous
sommes musulmanes. Certaines d’entre nous se couvrent la tête d’un
foulard que vous appelez "islamique". Pour la plupart, nous sommes
croyantes. Mais, toutes, nous nous sentons assignées à une identité
fantasmée qui nous met systématiquement dans le même sac que des
assassins. De là vient la solidarité qui nous soude aujourd’hui,
notamment entre "voilées" et "non voilées". C’est à partir de cette
solidarité que nous nous adressons à vous. Et, aussi, à partir de toutes
nos identités choisies, trop ignorées. Dont celle-ci : nous sommes
féministes.
Nous vivons des temps difficiles. L’irruption sur le sol
européen d’un terrorisme qui tue aveuglément au nom de l’islam a mis fin
à l’illusion que nous pouvions nous tenir à l’écart des violences du
monde. Que notre société cherche à se protéger, quoi de plus naturel ?
Nos responsables répètent à l’envi qu’il faut éviter les amalgames et ne
pas confondre une poignée de criminels avec la grande masse des
musulman(e)s. Alors pourquoi a-t-on l’impression que c’est cette grande
masse qui est systématiquement ciblée dans les discours et les pratiques
? La lamentable saga du "burkini" vient encore de l’illustrer. Tout ce
vacarme pour quelques femmes qui ne se déshabillent pas comme il
faudrait ! La pente naturelle de cette nouvelle hystérie française qui
s’exporte déjà en Belgique, c’est l’interdiction des "signes religieux
ostentatoires" dans tout l’espace public. Ça ne viserait une fois de
plus que des femmes, pour l’immense majorité d’entre elles parfaitement
inoffensives, et ça ne gênerait aucun terroriste en puissance. Est-ce
ainsi qu’on pense éviter l’amalgame entre une toute petite minorité
criminelle et l’ensemble de la population musulmane ? Les interdits se multiplient
En Belgique, on n’a pas attendu le "burkini" pour prendre de
multiples mesures en vue de refouler hors de la vie sociale les
musulmanes portant le foulard. Les interdits se multiplient dans
l’emploi comme dans l’enseignement. Dernières péripéties en date : à
partir de la rentrée de septembre, deux écoles fréquentées par des
adultes, à Bruxelles et à Liège(2), ont changé leur règlement d’ordre
intérieur pour y interdire le foulard. Cela concernera plus d’une
cinquantaine d’étudiantes en cours de scolarité. La Belgique va ici plus
loin que la France qui limite l’interdiction du foulard à
l’enseignement secondaire. Le candidat Sarkozy, qui court derrière le
Front national, a déclaré vouloir étendre cette interdiction à
l’enseignement supérieur. En Belgique, c’est déjà chose faite, sans
aucun débat…
Seules des femmes sont concernées par toutes ces mesures. Ça
ne vous choque pas ? Pourquoi aucun des interdits ne vise les "barbus" ?
Ne serait-ce pas parce qu’il y a autant de barbes musulmanes que de
barbes profanes et qu’il n’existe aucun moyen infaillible pour les
distinguer ? N’est-ce pas là la preuve que la neutralité d’une
apparence, cela ne veut rien dire et que la neutralité ou l’impartialité
résident seulement dans les actes posés ?
Nous le voyons bien : ce foulard, celui de nos mères, de nos
sœurs, de nos amies vous trouble. A la lumière du long combat des
féministes d’Occident, mené notamment contre l’emprise d’une Eglise
dominante, vous ne pouvez y voir qu’une régression. Nous devons à ce
combat des libertés que nos mères et nos grands-mères n’auront souvent
jamais connues. Nous pouvons désormais échapper à la tutelle masculine
et nous ne nous en privons pas. En particulier, aucun homme, père, frère
ou mari ne pourrait se permettre de nous imposer une tenue
vestimentaire contre notre volonté - même si nous savons bien que ce
n’est pas une règle générale. Toutes, nous sommes pleinement le produit
de notre culture européenne, même si, pour beaucoup parmi nous, celle-ci
est métissée d’un ailleurs. Pour celles d’entre nous qui le portent, le
foulard ne saurait être un affront aux valeurs démocratiques puisque
celles-ci sont aussi les nôtres. Il ne signifie absolument pas que nous
jugerions "impudiques" les femmes qui s’habillent autrement. Comme
féministes, nous défendrons toujours le droit des femmes d’ici et
d’ailleurs à se construire leur propre chemin de vie, contre toutes les
injonctions visant à les conformer de manière autoritaire à des
prescriptions normatives. Devenir des allié(e)s
Vous affirmez souvent que nos foulards sont des signes
religieux. Mais qu’en savez-vous ? Certaines d’entre nous sont croyantes
et pourtant ne le portent pas, ou plus. D’autres le portent dans la
continuité d’un travail spirituel, ou par affirmation identitaire.
D’autres encore par fidélité aux femmes de leur famille auxquelles ce
foulard les relie. Souvent, toutes ces motivations s’imbriquent,
s’enchaînent, évoluent dans le temps. Cette pluralité se traduit
également dans les multiples manières de le porter. Pourquoi les femmes
musulmanes échapperaient-elles à la diversité qui peut s’observer dans
tous les groupes humains ?
Pourquoi vous raconter tout cela ? Pour que, à partir d’une
meilleure compréhension mutuelle, nous puissions devenir vraiment des
allié(e)s. Car nous ne serons jamais trop nombreuses pour combattre les
injustices et les inégalités en tout genre, à commencer par celles qui
frappent les femmes. Pour que vous cessiez de considérer celles d’entre
nous qui portent le foulard comme, au choix, des mineures sous
influence, des idiotes utiles ou des militantes perfides d’un dogme
archaïque. Pour vous donner envie de nous rencontrer - toutes, et pas
seulement celles qui ont les cheveux à l’air -, au lieu de nous tenir à
l’écart et de nous contraindre ainsi au repli communautaire. Nous
voulons vraiment faire société ensemble, avec nos ressemblances et nos
différences. Chiche ?
---> (1) Sema Aydogan, Serpil Aygun, Layla Azzouzi,
Malaa Ben Azzuz, Ouardia Derriche, Farah El Heilani, Khalissa El Abbadi,
Tamimount Essaidi, Maria Florez Lopez, Marie Fontaine, Seyma Gelen,
Malika Hamidi, Ihsane Haouach, Khaddija Haourigui, Eva Maria Jimenez
Lamas, Julie Pascoët, Farida Tahar. Contact :
citoyennesmusulmanes@gmail.com
---> (2) L’Institut d’enseignement de promotion
sociale d’Uccle (Bruxelles), qui dépend de la Fédération
Wallonie-Bruxelles, et la Haute école de la province de Liège, qui
dépend du pouvoir provincial. La plupart des Hautes écoles de
l’enseignement officiel disposent déjà de tels règlements, ainsi – et
c’est peut-être encore plus grave – que de très nombreux établissements
de promotion sociale. http://www.lalibre.be/debats/opinions/citoyennes-feministes-et-musulmanes-57dabba635704b54e6c338cc
Une opinion de Laurent Hublet, conseiller "Agenda numérique" du ministre Alexander de Croo (Open VLD).
En clamant sa haine de la mondialisation, il s’aligne sur la
stratégie du repli sur soi chère au parti conservateur anglais et à
l’UKIP. Il faut oser préférer la raison à la haine et à la peur.
En l’espace d’une semaine, le gouvernement wallon a pris des
positions très fortes sur le libre-échange et sur l’évolution
technologique. Ces deux sujets sont liés à des émotions qui imprègnent
fortement le débat public occidental. S’il est bon que la classe
politique s’empare de ces sujets, il est primordial que les réponses
soient à la hauteur des enjeux. Il faut que la raison l’emporte sur la
manipulation des émotions.
1.La colère face à la mondialisation (et le refus du CETA)
Essayons de partir de faits. D’après la Banque
mondiale, le nombre de citoyens du monde vivant dans l’extrême pauvreté a
été divisé par deux entre 2005 et 2015. 700 millions d’individus sont
sortis de l’extrême pauvreté en l’espace d’une décennie. C’est du jamais
vu dans l’histoire de l’humanité. L’un des facteurs expliquant cette
évolution est la levée de barrières au libre-échange, en particulier
avec l’Asie et l’Afrique. Autre fait : les classes populaires
occidentales sont celles qui ont le moins bénéficié du libre-échange.
Leurs revenus au cours des deux dernières décennies ont grosso modo
stagné (bien que la situation diffère entre les pays occidentaux). En
résumé, si les inégalités mondiales ont fortement décru, les inégalités à
l’intérieur de la société occidentale ont connu le trajet inverse. Les
classes populaires américaines et européennes se sentent flouées.
Faut-il dès lors revenir en arrière et fermer nos marchés ? Certainement
pas !
La crise de 1929 en est la preuve tragique : le retour au
protectionnisme économique ne résout pas la problématique des
inégalités. Bien au contraire, le protectionnisme engendre des périls
politiques bien plus grands. Fermer nos marchés, c’est mettre en danger
l’émergence d’une classe moyenne dans les pays du sud sans résoudre pour
autant la colère des classes populaires occidentales envers leurs
élites. En refusant le traité de libre-échange avec le Canada, le
gouvernement wallon pense donner des gages à un électorat populaire
sensible aux thèses du PTB. Il a raison de réagir, mais il se trompe de
réponse. Tout comme le parti conservateur anglais s’est trompé en se
rangeant aux thèses de UKIP lors de la campagne pour le Brexit. Une
stratégie de repli sur soi n’est pas la bonne stratégie face à la
colère. 2.La peur que les travailleurs soient remplacés par des robots
Christophe Lacroix, ministre wallon des Finances a proposé
cette semaine de taxer les machines qui remplacent le personnel peu
qualifié. Ce faisant, il fait écho à une autre émotion qui imprègne nos
sociétés occidentales : la peur du remplacement de l’homme par la
machine. Cette peur est parfaitement compréhensible : selon un rapport
du Conseil supérieur de l’emploi (CSE) publié en juin 2016, 39 % de
l’emploi belge est fortement susceptible d’être numérisé. On parle d’à
peu près 2 millions d’emplois. Cela veut-il dire que ces 2 millions
d’emplois vont disparaître bientôt en Belgique ? Absolument pas ! Le CSE
estime qu’une bonne part des 43 000 emplois nets créés en Belgique en
2016 seront liés à la transformation numérique.
D’ici à 2020, les estimations de création nette d’emplois
grâce au numérique vont de 50 000 à 300 000 en Belgique. Mais les
emplois changent de nature. Ils requièrent de plus en plus de
compétences numériques. Il est donc impératif d’accompagner
pro-activement cette transformation. Comment ? En investissant
massivement dans la formation. En faisant évoluer les mentalités. Nous
devons tous oser nous transformer. Faire croire que l’on pourra ralentir
l’évolution technologique en mettant une taxe sur l’innovation est un
mensonge que paieront cher les travailleurs actuels et futurs. La
Belgique et le Parti Socialiste wallon ont perdu cette semaine l’une de
leurs grandes consciences, Roger Lallemand, père des législations sur
l’avortement et l’euthanasie. Ces législations progressistes sont
l’honneur de la Belgique. Puissent d’autres consciences, aujourd’hui,
faire le pari de la raison et du progrès, face à la tentation du
conservatisme et de la manipulation d’émotions nocives. http://www.lalibre.be/debats/opinions/ceta-le-populisme-du-gouvernement-wallon-5810c4decd70fdfb1a582666
Sciences - Santé
Avamys, Flixonase Aqua, Nasonex, Mometasone EG, Mometasone
Cipla, Mometasone Sandoz et Mometasone Teva sont les sept sprays nasaux
anti-inflammatoires contenant des corticostéroïdes qui ne seront plus
remboursés à partir du 1er janvier 2017 mais qui seront disponibles en
vente libre.
En annonçant, entre autres mesures, l’arrêt du
remboursement, à ladite échéance, de ces sept sprays nasaux, la ministre
des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block n’a pas
fait que des heureux. Pas plus côté patients que côté corps médical,
pneumologues, ORL, allergologues et pharmaciens, notamment. Une économie sur la consultation
Certes, sous l’intitulé à la fois séduisant et rassurant,
“Les sprays nasaux sûrs et efficaces deviennent plus accessibles pour le
patient”, un communiqué informait que ces médicaments seraient dès le
premier jour de l’an prochain disponibles en vente libre et que dès
lors, le patient ne devrait pas se rendre chez le médecin – et donc
payer une consultation – pour obtenir une ordonnance. D’où économie à
court terme pour le patient.
“Il s’agit avant tout d’une mesure de santé publique, a expliqué la ministre de la Santé. Nous
souhaitons que les citoyens utilisent plus souvent ces sprays efficaces
et moins nocifs. C’est pourquoi j’ai pris cette mesure sur base
scientifique.”
En février 2016, la ministre De Block a effectivement
demandé l’avis de la Commission pour les médicaments à usage humain au
sujet des mesures visant à limiter l’usage excessif de ces sprays
nasaux. La Commission s’est prononcée en juin 2016 en faveur d’une mise
en vente libre en pharmacie (comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis, au
Royaume-Uni et dans les pays scandinaves) de certains sprays nasaux à
base de cortisone, notamment ceux avec le moins d’effets secondaires.
“Les personnes au nez bouché optent souvent pour un décongestionnant nasal en vente libre chez le pharmacien, peut-on encore lire dans ce communiqué émanant du ministère de la Santé. Des
études scientifiques ont révélé que ces décongestionnants attaquent les
muqueuses et qu’ils peuvent avoir un effet addictif entraînant un nez
bouché ou une rhinite “chimique”. Il existe toutefois un autre type de
spray nasal, à base de cortisone, à savoir les corticostéroïdes nasaux.
Lesquels sont plus efficaces que les décongestionnants et plus sûrs. Ces
sprays à base de cortisone sont pour l’instant uniquement disponibles
sur prescription médicale”. Des indications différentes
Mais n’y aurait-il pas confusion dans les indications ? “Les
sprays nasaux visés par la mesure sont des médicaments qui agissent sur
le long terme et sont généralement administrés en traitement de fond
chez des patients souffrant d’inflammations chroniques, nous explique une pharmacienne. Pour
un patient qui a le nez bouché suite à un gros rhume, et donc pour un
usage aigu, jamais je ne conseillerais ce type de spray qui traite la
muqueuse mais qui n’a pas d’effet décongestionnant immédiat. Il s’agit
de deux indications différentes. En cas “nez bouché”, je conseille
toujours avant tout de nettoyer correctement le nez avec du sérum
physiologique. Ensuite, je donne un décongestionnant en insistant bien
sur le fait de ne pas l’utiliser plus de cinq jours."
49% des Belges en abusent
D’une étude des universités de Gand et de Liège, menée auprès de 181 pharmacies belges et 2277 patients, il ressort que 49 % des patients qui utilisent des sprays nasaux décongestionnants disponibles en vente libre, le font de manière excessive et risquent donc de nuire à leur santé.
15,3 millions d'euros d'économies
Le fait de ne plus rembourser ces sprays devrait permettre une économie de 15,3 millions d’euros en 2017.
"La sécurité sociale n'y gagnera pas", selon un ORL
Médecin spécialiste nez-gorge-oreilles aux Cliniques de
l’Europe, site Saint Michel à Bruxelles, le Dr Vincent Mustin est
catégorique : “Il s’agit d’une très mauvaise mesure”, pour diverses
raisons. Quelles sont les principales indications de ces sprays nasaux à base de cortisone ?
Il s’agit de médicaments très efficaces, destinés à des
maladies chroniques. Nous ne sommes pas dans des traitements de confort.
On peut distinguer trois principales indications. D’abord, la rhinite
allergique : avant même les antihistaminiques, ces sprays en sont le
traitement de première ligne, dans la mesure où ils sont recommandés par
toutes les instances internationales pour cette indication. En suite,
c’est aussi le traitement de choix pour les sinusites chroniques, et en
particulier celles où des polypes se développent dans les sinus
(polypose naso-sinusienne). Enfin, ces sprays sont indiqués dans
d’autres formes de rhinites, non allergiques celles-là. Cela concerne
donc énormément de gens. Ces sprays nasaux anti-inflammatoires ont-ils un effet décongestionnant immédiat ?
Non, car la cortisone est une molécule qui va entrer dans
la muqueuse et agir au niveau cellulaire pour diminuer toutes les
cellules inflammatoires, ce qui va progressivement donner lieu à une
diminution de l’inflammation. Il s’agit donc toujours de traitements de
fond et non de traitements aigus. Ils sont donnés pour trois mois, six
mois, voire toute une vie. J’ai des patients qui souffrent de sinusite
chronique et qui sont sous corticostéroïdes nasaux depuis vingt ans.
Pour administrer ce médicament, un médecin doit avoir fait par exemple
des tests d’allergie, une endoscopie nasale, un scanner des sinus et
posé un diagnostic de maladie avant d’entreprendre ce type de
traitements qui, répétons-le, a un effet anti-inflammatoire à long terme
mais pas d’effet décongestionnant immédiat. Cela n’a donc aucun sens de
recommander ces sprays pour un nez bouché. Pour cela, il y a toute la
panoplie des vasoconstricteurs locaux à ne pas utiliser plus de sept
jours d’affilée, grand maximum. Il s’agit donc de traitements chroniques que l’on ne prend pas à la légère ?
En effet, il faut vraiment arriver à convaincre les
patients qu’ils vont devoir prendre ces médicaments pendant plusieurs
mois, voire des années, ce qui n’est pas toujours simple. Je crains
qu’en supprimant le remboursement, et en passant d’un traitement
d’environ 2 ou 4 euros par mois à l’heure actuelle à 10 ou 15 euros à
partir du 1er janvier 2017, certains patients abandonnent le traitement,
avec des conséquences très dommageables. Sans compter que, souvent dans
le cas de ses maladies où il y a des prédispositions génétiques,
plusieurs membres d’une même famille peuvent être atteints. Les
répercussions financières en seront d’autant plus importantes. Ce qui vous fait dire que ce n’est pas une bonne mesure ?
Effectivement. Si l’idée est de faire des économies au
niveau des soins de santé, en ne remboursant plus ce type de
médicaments, certains patients risquent de ne plus se soigner et leur
problème de santé va s’aggraver, qu’il s’agisse des allergies ou des
polypes qui vont pousser, avec des interventions chirurgicales à la clé.
La sécurité sociale n’y gagnera pas. On risque aussi, avec cette
mesure, que les personnes qui ont des problèmes chroniques d’allergies
ou de sinusites et qui auraient besoin d’un traitement au long cours
avec des corticoïdes se replient, en raison du prix augmenté de ces
derniers, sur les vasoconstricteurs locaux quand ils ont vraiment le nez
bouché. En faisant cela à répétition, ils risquent d’abîmer leurs
muqueuses et d’avoir une rhinite médicamenteuse. Ceux-là aussi
risqueront de devoir se faire opérer après avoir abusé de ces
médicaments. Y a-t-il d’autres raisons pour lesquelles, cette décision vous paraît inadéquate ?
Oui. La muqueuse respiratoire est un tout : ce sont les
bronches, les poumons, le nez, les sinus… Les maladies sont souvent
liées. Quand on a des polypes dans les sinus, par exemple, on peut être
asthmatique. Il s’agit d’une même maladie inflammatoire de tout l’arbre
respiratoire. Pour avoir un bon contrôle de cette maladie globale, il ne
suffit pas de traiter les bronches, il faut aussi traiter le nez et les
sinus. En soignant le haut, on observe parfois une amélioration de
l’asthme. Au niveau des remboursements, il est donc absurde de séparer
deux mêmes molécules qui ont une action commune, voir en synergie. On ne
peut pas dire : on va s’occuper du bas, mais on ne s’occupe plus du
haut.
A savoir: Le rôle du pharmacien
Pour prendre cette mesure,
“nous nous sommes basés sur des études scientifiques, nous dit Els Cleemput, porte-parole de la ministre Maggie De Block. L’avis
donné par la Commission d’experts souligne notamment le fait que les
pharmaciens doivent bien expliquer le bon usage de ces sprays contenant
de la cortisone et notamment le fait qu’il ne faut pas en attendre un
effet décongestionnant immédiat. […] Nous espérons qu’il y aura un effet
de dynamique des prix. Tous ces produits allant être disponibles en
vente libre, il est fort probable que les firmes alignent leurs prix et
donc que ceux des sprays contenant de la cortisone baissent à terme”. http://www.lalibre.be/actu/sciences-sante/pourquoi-le-deremboursement-des-sprays-nasaux-est-une-tres-mauvaise-nouvelle-infographie-581cdb1dcd70fb896a64eef9 L’Europe bannit 700 médicaments génériques testés en Inde
Belgique: Faux médicaments, vrais risques pour la santé
Rédaction en ligne
Publié le
- Mis à jour le
Sciences - Santé
À l'heure du shopping en ligne, il est tentant de commander directement
ses médicaments sur certains sites internet qui offrent un service de
livraison à domicile. Toutefois, si cette démarche permet d'éviter de
devoir faire un détour par chez le pharmacien, elle n'est pas sans
risque.
On peut en effet tomber sur des sites qui proposent des
médicaments contrefaits. Autrefois cantonné à l’achat de pilules contre
les pannes sexuelles ou d’hormones pour bodybuilders, le phénomène
concerne aujourd’hui une plus large palette de médicaments dont des
antibiotiques et des antidouleurs. À tel point qu'en 2015, l'Agence
fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) a intercepté
60% de colis postaux contenant des médicaments illégaux en plus par
rapport à l’année dernière à la même période.
Or, comme le souligne l’Union Nationale des Mutualités
Libres, ces médicaments peuvent s'avérer inefficaces, nocifs voire
mortels. Soit ils ne contiennent par exemple pas le principe actif qui
garantit une bonne efficacité, soit le dosage n'est pas bon. En outre,
des substances dangereuses peuvent être ajoutées aux médicaments.
Comment dès lors se prémunir de ces risques?
1) Identifier les pharmacies en ligne sûres grâce à un logo européen
Depuis le 1er juillet 2015, chaque pharmacie agréée au sein
de l'UE est obligée de placer le logo composé d'une croix blanche sur un
fond vert sur son site internet (voir l'image ci-dessous). Un clic sur
le logo renvoie vers une liste de pharmacies en ligne sûres qui
proposent des médicaments de manière légitime. En Belgique, c’est
l'AFMPS qui est responsable de cette liste. Si la pharmacie figure bien
sur la liste, vous pouvez poursuivre vos achats l'esprit tranquille.
Dans le cas contraire, il faut éviter toute commande de médicaments et
chercher une pharmacie en ligne qui y figure. 2) Profiter tout de même des conseils du pharmacien
Ce second conseil peut paraître ringard, mais il est
pourtant évident: en cas de doute, rendez-vous chez votre pharmacien
pour acheter des médicaments. De cette façon, vous êtes sûr que le
médicament acheté n’est pas falsifié et le pharmacien peut jouer
pleinement son rôle de conseiller au niveau de l’usage correct et
rationnel des médicaments.
L’Europe bannit 700 médicaments génériques testés en Inde
L’Union européenne exige de ses Etats membres qu’ils suspendent, à
partir du 21 août, la commercialisation de près de 700 médicaments
génériques testés et fabriqués en Inde. Cette décision, prise jeudi
16 juillet, fait suite à des irrégularités constatées lors d’une
inspection de routine réalisée l’année dernière par l’Agence française
de sécurité du médicament (ANSM), sur un des sites de GVK BIO, une
entreprise spécialisée dans les essais cliniques et installée à
Hyderabad, dans le sud de l’Inde.
Alertée, l’Agence européenne du médicament (EMA) a passé en revue un
millier de médicaments testés par GVK au cours des cinq dernières années
et conclu que les données pour 700 d’entre eux étaient insuffisantes.
Dès janvier, elle a recommandé leur retrait du marché, et plusieurs
Etats, dont la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg,
avaient suivi son avis.
La liste complète des molécules concernées
est en ligne sur le site de la Commission européenne. Il s’agit de
copies de médicaments courants, comme l’Advil (antidouleur), le Seroplex
(antidépresseur), l’Aerius (antihistaminique), ou encore l’Inexium
(pansement gastrique). Plusieurs géants pharmaceutiques sont visés par
le retrait, dont l’israélien Teva, numéro un mondial du générique,
l’américain Mylan, l’indien Ranbaxy et le français Sanofi.
Manque de « dialogue »
GVK BIO, filiale d’un géant indien du BTP qui se targue sur son site Internet de posséder des locaux « 100 % climatisés », conduit
des essais cliniques pour le compte de laboratoires indiens et
étrangers. L’an passé, les inspecteurs de l’ANSM ont constaté des «
irrégularités » dans les électrocardiogrammes de sujets ayant participé à
des essais menés entre 2008 et 2014. Ces tests avaient pour objectif de
confirmer la bioéquivalence des génériques, c’est-à-dire que leurs
effets thérapeutiques sont identiques à celui du médicament de
référence.
Dans un communiqué publié en décembre 2014, l’ANSM a toutefois précisé que ces électrocardiogrammes servent uniquement au « suivi des sujets », et n’entrent pas en compte dans l’évaluation des molécules. C’est donc au nom du respect des « bonnes pratiques cliniques »,
ces règles qui encadrent dans l’Union européenne les tests de
médicaments, que Bruxelles suspend la vente des génériques. Les
médicaments testés ne présentent aucun risque pour la santé humaine et
leur efficacité thérapeutique est avérée. L’EMA précise d’ailleurs
qu’ils pourront encore être utilisés dans le cas où il n’existe pas
d’alternatives pour les patients. Dans ce cas, les laboratoires ont au
maximum jusqu’en janvier 2016 pour apporter les données manquantes.
La
mise au ban de 700 médicaments a été révélée par l’agence allemande du
médicament, le Bfarm, dans un document publié le 22 juillet et repris
par la presse indienne, jusque là difficile à trouver sur le site
Internet de l’EMA. Ce n’est cependant pas la première fois que l’agence
européenne se fait « doubler » par une agence nationale, chaque Etat
restant maître de sa communication.
L’ANSM, qui n’a pas non plus
relayé l’information sur son site, a été la première à décider du
retrait de 25 médicaments en décembre 2014 et de 8 médicaments
supplémentaires en janvier. Selon le ministère de la santé, le retrait
s’est fait sans difficulté. « La question de la continuité de la
prise en charge des patients ne s’est pas posée car les médicaments
visés étaient peu utilisés en France, et il y avait des alternatives »,
indique-t-on avenue Duquesne. Suite au rappel de lots, les patients ont
été invités à prendre rendez-vous avec leur médecin pour adapter leur
traitement.
« Cela montre que les procédures de contrôle sont efficaces »
Alors
que la France, où seulement un tiers des boîtes vendues sont des
génériques, cherche à encourager leur usage, cette affaire pourrait-elle
miner ses efforts ? « Cela ne doit pas remettre en question la confiance dans les génériques », indique le ministère. «
Cela montre, au contraire, que les procédures de contrôle sont
efficaces, et que nous avons la capacité de contrôler ce qui se passe
sur les sites d’essais et de production, y compris à l’étranger ».
Dans un communiqué, GVK BIO qui conteste les conclusions de l’EMA, s’est déclarée « déçue par le fait que, malgré de multiples démarches, un dialogue scientifique n’ait pas été enclenché ».
Elle indique aussi avoir proposé de mener de nouveaux tests à ses
propres frais. Cette décision de la Commission européenne pourrait
prendre une tournure diplomatique. A la demande de GVK BIO, un comité
d’experts formé par le gouvernement indien a mené une contre-enquête au
cours de laquelle aucune anomalie n’a été constatée. En avril dernier,
le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Rajeev Kher, a menacé
Bruxelles d’entamer des procédures sur le plan commercial et judiciaire,
y compris de porter l’affaire devant l’Organisation mondiale du
commerce (OMC) si la suspension des mises sur le marché était confirmée,
comme cela vient d’être le cas.
Ce n’est pas la première fois que
la qualité des essais cliniques menés en Inde est mise en cause. Fin
juin, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a émis une « Notice of
Concern », à savoir un avis exigeant des actions correctrices urgentes, à
destination de l’entreprise Indienne Quest Life Sciences après avoir
constaté des irrégularités similaires lors d’essais cliniques. Lors de
leur visite à Chennai, les enquêteurs de l’OMS avaient surpris des
techniciens de laboratoire en train de remplir à la hâte des formulaires
manquants, en les postdatant. Les mêmes électrocardiogrammes avaient
été retrouvés portant divers noms de patients à différentes dates. Dans
son courrier envoyé au laboratoire, l’OMS va plus loin, expliquant que
ces problèmes en Inde « semblent être systémiques par nature et
surviennent de nombreuses fois » avec d’autres entreprises du pays.
De multiples scandales
Ces
incidents surviennent alors que le secteur indien des essais cliniques
est en train de se structurer après de multiples scandales dénoncés par
les ONG du pays. Un traitement de lutte contre le cancer du col de
l’utérus a été testé sur des jeunes sujets issus de populations tribales
par l’ONG américaine Path sans l’accord de leurs parents. Des victimes
de la tragédie de Bhopal ont aussi découvert que des médecins testaient
sur eux un nouveau traitement contre le cancer sans les avoir prévenues.
Entre 2005 et 2012, 2644 morts ont été recensés lors d’essais
cliniques, dont 80 y sont directement imputables, et 500 patients ont
souffert d’effets indésirables.
Fin 2013, la Cour suprême estimant
que « les essais cliniques sont un paradis pour les laboratoires
pharmaceutiques mais se révèlent être un enfer pour l’Inde » avait
décidé de les suspendre en attendant de nouvelles régulations encadrant
ces pratiques. En juin 2015, la loi a été amendée et de nouveaux comités
éthiques devraient voir le jour pour vérifier que les sujets donnent
leurs consentements au moment des tests, et perçoivent une compensation
financière en cas d’incident. Le suivi médical du sujet devra être enfin
documenté et archivé.
Le pays est encore loin de devenir le
centre mondial des essais cliniques mais il en prend le chemin. Avec
près de 16 % de la population mondiale, une grande diversité ethnique et
près d’une maladie sur cinq recensées sur la planète, l’Inde est idéal
pour tester un grand nombre de molécules. Seuls 2,7 % des essais
cliniques y sont effectués, mais ce chiffre a progressé de 3,7 % depuis
2007, alors qu’il a chuté aux Etats-Unis et en Europe. D’après les
prévisions du cabinet Frost & Sullivan, le secteur qui réalisait en
Inde 485 millions de dollars en 2010-2011 devrait doubler d’ici 2016.
Des
moustiquaires de lit ont été installés pour protéger les mères dans la
nouvelle maternité financée par l'ACDI à l'hôpital desservant le
quartier ouest de Bongo du Ghana.
Le système de santé
réunit toutes les organisations, institutions et ressources qui
interviennent en matière de santé et qui fournissent des soins formels
(médecins, cliniques, hôpitaux et pharmacies), des soins informels
(guérisseurs traditionnels, travailleurs communautaires) ainsi que
d'autres services, comme la recherche. En outre, un système de santé
comporte des politiques et des règlements, ainsi que des services
connexes non liés aux soins de santé, comme la sécurité des aliments et
la sécurité au travail, et des routes et véhicules fiables pour le
transport des fournitures médicales - soit tout ce qui contribue à
promouvoir ou à protéger la santé.
Les objectifs du système de santé
Il y a trois grands objectifs :
préserver ou améliorer la santé de la population;
fournir des services qui répondent aux attentes légitimes (médicales et autres) du public;
veiller à ce que tous les ménages aient accès à leur juste part des
services publics et qu'ils soient protégés aussi bien les uns que les
autres contre les risques de problèmes financiers.
On peut dire que le premier objectif est « l'objectif
déterminant »; les autres objectifs touchent aussi d'autres systèmes
publics tels que l'éducation.
Les fonctions essentielles
Le système de santé
assume quatre fonctions essentielles. La première fonction, c'est-à-dire
la prestation de services de santé, repose sur les trois autres.
Prestation de services de santé : Fournir des services de santé,
qu'il s'agisse de soins de santé personnels (diagnostic, réadaptation,
etc.) ou de services comme l'éducation de masse et l'hygiène.
Fourniture et gestion des ressources : Fournir les ressources
nécessaires pour faire fonctionner le système (personnel médical,
installations, médicaments, matériel, connaissances).
Financement : Percevoir des recettes et affecter des ressources financières aux différentes activités.
Administration : Uniformiser les règles du jeu grâce à une
administration avisée (organisation, établissement des priorités, mesure
du rendement, promotion, élaboration de politiques et de règlements,
protection des consommateurs).
Les composantes du système de santé
Bien que le système de santé soit géré différemment d'un pays à l'autre, il compte généralement sept composantes.
1. Structure organisationnelle
Il
s'agit du plan directeur général du système. Celui-ci porte sur des
questions comme la centralisation ou la décentralisation des services et
de la prise de décisions, ainsi que sur les trois niveaux de soins :
Soins primaires - premier point de contact (travailleurs des services d'approche, cliniques de santé éloignées).
Soins secondaires - premier niveau d'aiguillage (hôpitaux de district ou de sous-district).
Soins tertiaires - deuxième niveau d'aiguillage (grands hôpitaux spécialisés, habituellement situés dans des centres urbains).
2. Prestation des services
La prestation des services de soins de santé varie en fonction de ce qui suit :
les fournisseurs privés (à but tant lucratif que non lucratif) par rapport aux fournisseurs publics;
l'importance et la portée de la médecine traditionnelle ou des soins informels;
le degré de satisfaction des attentes du public (respect, choix et qualité, participation de la collectivité).
3. Ressources humaines pour la santé
L'Organisation mondiale de la santé (OMS)
définit les ressources humaines pour la santé comme étant l'effectif de
tous les individus qui sont engagés dans la promotion, la protection et
l'amélioration de la santé de la population. Cela renvoie tant à la
formation qu'à la gestion des travailleurs de la santé, et fait
intervenir des questions comme la taille, la composition, la
répartition, les compétences, le maintien en fonction et le
renouvellement du personnel de la santé.
4. Financement et systèmes d'assurance
Il
s'agit ici du niveau des dépenses du gouvernement pour le système de
santé, de la part du gouvernement quant aux dépenses totales en santé,
et de la fiabilité des sources de financement externes, y compris les
donateurs, ainsi que des questions comme les frais d'utilisation et les
régimes d'assurance-maladie.
5. Systèmes d'information sur la santé
Il
est essentiel de disposer de systèmes efficaces et fiables pour
recueillir et analyser les données; la prise de décisions fondée sur des
preuves repose sur ces systèmes. Les données sur la santé, ce sont
entre autres les statistiques sur l'état civil (naissances, décès), les
dossiers des patients, les données sur la lutte contre les maladies et
les sondages auprès des ménages.
6. Achats, logistique et systèmes d'approvisionnement
Les
pays doivent pouvoir accéder facilement aux médicaments, aux
fournitures et au matériel essentiels. Cela suppose des politiques et
des prévisions appropriées, des systèmes d'achat et de distribution
efficients et la saine gestion des stocks, entre autres.
7. Recherche sur les systèmes de santé
Les
pays doivent pouvoir compter sur une recherche efficace pour cerner les
faiblesses de leurs systèmes de santé et les corriger. La recherche sur
les systèmes de santé permet de fournir aux décideurs, aux défenseurs
des politiques et aux gestionnaires des services de santé l'information
dont ils ont besoin pour faire en sorte que leurs stratégies, leurs
programmes et leurs services contribuent à supprimer les obstacles et,
au bout du compte, à améliorer les résultats sur le plan de la santé. Il
est essentiel de créer une capacité de recherche au sein des systèmes
de santé afin que ceux-ci répondent aux besoins changeants de la
population en matière de soins de santé.
Les ressources humaines pour la santé sont l'une des sept
composantes des systèmes de santé. Elles englobent toutes les personnes
qui veillent à promouvoir, à protéger et à améliorer la santé de la
population. Il s'agit entre autres des travailleurs médicaux au sein des
systèmes de santé publics et privés (à but lucratif et non lucratif)
qui font du travail clinique, ainsi que des personnes qui travaillent
dans les domaines de la santé publique et de la recherche. Les
ressources humaines pour la santé englobent également les travailleurs
non médicaux qui assurent la gestion et le soutien.
Selon
les données de l'OMS, 57 pays sont confrontés à une grave pénurie de
travailleurs de la santé, soit un déficit mondial équivalant à
2,4 millions de médecins, d'infirmières et de sages-femmes. L'Afrique
subsaharienne et l'Asie du Sud-Est sont les régions les plus durement
touchées. Pour chaque infirmière ou médecin qualifié, on compte au moins
trois travailleurs de la santé, dont les travailleurs « invisibles » au
sein des ménages, les guérisseurs traditionnels et une multitude de
travailleurs de la santé qui ne possèdent pas de compétences formelles.
Les ressources humaines : une composante essentielle des systèmes de santé
Le
système de santé doit pouvoir compter sur un nombre adéquat de
travailleurs de la santé qui soient au bon endroit au bon moment et qui
possèdent les compétences, les connaissances et la motivation
nécessaires pour promouvoir la santé et prévenir les maladies.
Il
n'existe pas de formule universelle pour obtenir l'éventail de
compétences voulu. Pour que le système fonctionne, il faut tenir compte
de nombreux facteurs lors de la planification des ressources humaines.
Voici quelques-uns de ces facteurs :
l'incidence des maladies, ainsi que les politiques gouvernementales,
sur les services essentiels, afin de prévenir et de guérir ces
maladies;
la problématique homme-femme (c'est-à-dire garantir l'accès des
travailleuses de la santé dans les régions où la culture et la religion
limitent la mobilité des femmes);
un accès égal pour les populations rurales et les populations marginalisées.
Les enjeux et les défis
Rareté des ressources En Amérique du Nord, on dénombre près d'une
dizaine de professionnels de la santé (médecins, infirmières et
sages-femmes) pour 1 000 personnes; en Afrique subsaharienne toutefois,
le ratio n'est que de 0,8 pour 1 000. Le ratio minimal nécessaire pour
atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement a été établi
à 2,5 pour 1 000.
Répartition inéquitable des ressources Souvent, l'effectif en santé
est inéquitablement réparti entre les régions. Pour améliorer la
situation, il importe d'attirer des travailleurs de la santé dans les
collectivités rurales et marginalisées et de les maintenir en poste.
Éventail de compétences Il faut une bonne répartition et un juste
équilibre entre les travailleurs de première ligne et le personnel
professionnel, et faire en sorte que le personnel qui dispense les soins
de santé primaires puisse répondre aux besoins de la population et que
les travailleurs reçoivent une formation dans les domaines comme la
promotion de la santé et la lutte contre le VIH/sida.
Migration Des travailleurs de la santé qualifiés continuent de
migrer de pays en développement vers des pays développés, et ce, pour
diverses raisons, entre autres pour jouir de meilleures conditions de
travail, pour gagner un revenu plus élevé et pour élargir les
possibilités offertes à leurs enfants. En outre, compte tenu du
vieillissement de la population et de l'évolution démographique, les
pays plus riches continuent d'avoir besoin de travailleurs de la santé
qualifiés. Certains pays en développement élaborent aujourd'hui des
stratégies novatrices pour favoriser le maintien en fonctions des
travailleurs et encourager les travailleurs qui ont émigré à retourner
dans leur pays.
Problématique homme-femme Les femmes forment 80 % de l'effectif
mondial en santé. La plupart d'entre elles travaillent dans le secteur
informel et fournissent par exemple des soins à la famille. Souvent,
leur travail est sous-évalué et non rémunéré. Les travailleuses de la
santé sont également confrontées aux réalités suivantes :
la discrimination ou le manque de respect de la part de leurs collègues masculins;
la recherche d'un équilibre entre le travail et les responsabilités familiales;
les contraintes culturelles relatives aux soins appropriés aux femmes;
les menaces physiques;
le harcèlement sexuel;
le travail dans des régions éloignées, loin de leurs familles.
Impact du VIH Compte tenu du nombre croissant de patients et de cas
complexes, les travailleurs de la santé doivent faire face à des défis
sur le plan professionnel qui les épuisent mentalement et physiquement.
Comme ils se trouvent sur la première ligne pour ce qui est du dépistage
et du traitement du VIH/sida, ces travailleurs risquent davantage de
contracter le virus. Face à l'épidémie de VIH/sida, les gestionnaires
doivent constamment concilier les besoins du système de santé et des
questions comme l'érosion des effectifs, l'absentéisme, la charge de
travail, la formation, ainsi que le déploiement et le maintien en
fonction des travailleurs de la santé.
La recherche sur les systèmes de santé est l'une des sept
composantes des systèmes de santé. Elle permet de fournir aux décideurs,
aux défenseurs des politiques et aux gestionnaires des services de
santé les renseignements et les preuves dont ils ont besoin pour
s'assurer que leurs programmes et leurs services contribuent à améliorer
la santé.
Alors que les dépenses pour la recherche
biomédicale dans le monde totalisent 60 milliards de dollars américains
chaque année, les fonds pour la recherche sur les politiques et les
systèmes de santé qui ne font pas partie des budgets des institutions ne
représentent que 140 millions de dollars américains. De cette somme,
une petite portion seulement est dépensée dans les pays en
développement. C'est pourquoi la recherche sur les systèmes de santé
doit être axée sur la demande et, par conséquent, directement liée à la
politique des gouvernements en matière de santé. Les résultats de la
recherche peuvent permettre de cerner les lacunes et les anomalies et de
recenser les pratiques efficaces. La recherche permet également de
définir les répercussions des politiques et des programmes sur les
différents groupes de la population et de mettre en lumière les
inégalités. La recherche, le suivi et l'évaluation sont aussi des
éléments essentiels à l'accroissement de la responsabilisation.
Les investissements dans la recherche sur la santé donnent des résultats
L'un
des premiers objectifs de l'approche de l'ACDI pour la programmation
dans le secteur de la santé est de favoriser le développement de
systèmes de santé viables, surtout en Afrique. Le Projet d'interventions essentielles en santé en Tanzanie
(PIEST) est l'un des meilleurs exemples de la façon dont une telle
approche génère des résultats. Le projet a été financé par l'ACDI et mis
en oeuvre par le Centre de recherches pour le développement
international (CRDI) entre 1997 et 2004.
Ce projet a
permis d'aider deux districts de la Tanzanie à élaborer une approche
fondée sur des preuves aux fins de la planification en matière de santé.
Au lieu de se baser sur les hypothèses nationales au sujet des
priorités en santé, les districts ont défini les priorités locales en la
matière et réparti leurs budgets d'après ces priorités. Le projet a
permis de montrer qu'en dépensant l'argent de manière plus judicieuse,
en fonction des besoins les plus grands, il est possible de générer
d'importantes retombées sur la santé. En fait, le projet a permis de
réduire de près de 50 % les taux de mortalité juvénile dans les deux
districts.
Le 7 novembre 2005, l'ACDI a annoncé
qu'elle verserait 7 millions de dollars à la République-Unie de Tanzanie
pour élargir le PIEST au moyen d'une autre initiative, soit le Projet de mise en oeuvre zonale des interventions essentielles en santé en Tanzanie (ZoRo).
On met actuellement en oeuvre, dans les autres districts du pays, les
interventions essentielles qui ont été conçues et mises à l'essai dans
le cadre du PIEST pour renforcer le système de santé.
L'investissement
de l'ACDI dans le projet ZoRo s'ajoute au financement d'autres
donateurs afin d'aider le gouvernement tanzanien à mettre en oeuvre le
projet. Cette approche harmonisée du financement est conforme à la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide
(Format PDF), laquelle invite les donateurs à dégager un certain nombre
d'engagements, dont la prise en charge locale; l'alignement de l'aide
sur les politiques, les priorités et les systèmes des pays;
l'harmonisation des initiatives; l'élaboration de cadres axés sur les
résultats; la gestion et la responsabilité mutuelle. Le projet ZoRo est
un bon exemple d'alignement du soutien de l'ACDI sur un projet piloté
par un pays, pour aider ce dernier à mettre en place un système de santé
qui répond aux besoins de la population.
De plus en plus de donateurs collaborent entre eux pour
renforcer les systèmes de santé dans le cadre de partenariats mondiaux.
Ces partenariats peuvent prendre la forme, entre autres, de mécanismes
de financement, comme l'Alliance mondiale pour les vaccins et la
vaccination (GAVI), ou de regroupements axés sur la sensibilisation,
comme le Partenariat Halte à la tuberculose. Ils apportent les
ressources et les stratégies nécessaires pour aider les pays à
atteindre, au moyen d'une intensification des programmes, les Objectifs
du Millénaire pour le développement qui sont liés à la santé.
Pour
que ces partenariats soient réellement efficaces, il faut toutefois que
les pays en développement disposent de solides systèmes de santé. Si
les systèmes de santé sont déficients (pénurie d'effectifs, dépenses non
judicieuses, absence de stratégies nationales, etc.), cela mine toute
initiative qui aurait pour but d'intensifier la prévention, le
traitement et l'éradication des maladies.
Le renforcement des systèmes de santé
Les partenariats
mondiaux pour la santé (PMS) peuvent à l'occasion exercer des pressions
additionnelles sur les systèmes de santé des pays en développement.
Chaque partenariat comporte ses propres priorités et ses propres
exigences redditionnelles, ce qui peut avoir pour effet d'accabler des
gouvernements qui ont déjà de la difficulté à gérer avec efficacité
leurs systèmes de santé. L'Initiative sur les systèmes de santé en
Afrique favorisera une plus grande harmonisation des efforts que
déploient les pays africains et les PMS pour trouver des façons de mieux
aligner les activités sur les politiques et sur les systèmes nationaux.
Cela permettra de mieux coordonner les initiatives et d'optimiser les
ressources déjà limitées.
Voici trois exemples qui
illustrent de quelle façon des donateurs et des partenariats mondiaux
pour la santé ont commencé à renforcer les systèmes de santé :
Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
apporte un soutien considérable à une diversité d'activités qui
contribuent à renforcer les systèmes de santé en augmentant la portée
des interventions reconnues pour lutter contre les trois maladies
ciblées. Lorsqu'ils sont investis de façon stratégique, les fonds
destinés à des maladies précises peuvent contribuer à améliorer
l'ensemble des services de soins de santé primaires. Ces investissements
prennent différentes formes : formation, infrastructures, suivi,
évaluation et soutien administratif.
Entre 2006 et 2010, l'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI)
(en anglais seulement) investira 500 millions de dollars américains
dans le but d'améliorer les systèmes de santé. Des études ont montré que
l'amélioration de ces systèmes influe sur l'étendue de la couverture de
vaccination. Les fonds consentis par l'Alliance mondiale seront axés
sur le renforcement des effectifs en santé, de la logistique des
approvisionnements et de la gestion locale.
Le Partenariat Halte à la tuberculose
(en anglais seulement) a créé un groupe de travail chargé d'examiner la
façon d'améliorer les systèmes de santé et d'accroître l'incidence de
son action sur la lutte contre la tuberculose. Trois options sont à
l'étude : travailler avec les pays sur la façon de définir et de
promouvoir les priorités en matière d'assistance technique; collaborer
avec des donateurs internationaux à des initiatives sur le renforcement
des systèmes de santé afin de surmonter les obstacles qui sont propres
aux pays; faire en sorte que la programmation du Partenariat Halte à la
tuberculose soit alignée sur les programmes et sur les politiques des
pays, ainsi que sur les initiatives des donateurs.
des soins intégrés fondés sur des principes
Compte tenu des problèmes de santé mondiaux examinés dans les
précédents chapitres, les objectifs sanitaires décrits dans le rapport
ne pourront être atteints que si l'on renforce les systèmes de santé. Il
convient d'appliquer les leçons du passé, y compris les compétences et
stratégies acquises au cours de la lutte contre la poliomyélite et le
SRAS, à la situation d'urgence causée par l'épidémie de VIH/SIDA ainsi
qu'à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD). Toutefois, on ne pourra pas atteindre durablement ces objectifs
et d'autres encore si l'on ne fixe pas des cibles sanitaires spécifiques
-- y compris la cible des 3 millions de personnes traitées dans les
pays en développement avec une thérapie antirétrovirale associée contre
le VIH/SIDA d'ici à la fin de 2005 -- pour étayer un large développement
horizontal des capacités des systèmes de santé.
En dépit des réformes sanitaires de ces dernières décennies,
on n'a pas suffisamment progressé vers la mise en place de systèmes de
santé favorisant une amélioration collective de la santé. Aujourd'hui,
toutefois, de nouvelles occasions s'offrent à nous. La santé occupe un
rang élevé dans les programmes internationaux de développement et de
nouveaux fonds sont dégagés pour les activités sanitaires dans les pays
pauvres. L'instauration de conditions favorables à la santé et de soins
de qualité pour tous est absolument impérative pour tous les systèmes de
santé.
Le présent chapitre examine la manière dont les valeurs et
pratiques des soins de santé primaires, adaptées aux réalités de
l'environnement sanitaire complexe d'aujourd'hui, pourraient servir de
base à une amélioration des systèmes de santé. Il passe en revue les
notions fondamentales des soins de santé primaires et explique le
concept de développement de systèmes de santé basés sur les soins de
santé primaires. Il examine ensuite quatre des grands problèmes auxquels
les systèmes de santé sont confrontés: la crise mondiale du personnel
de santé, le manque de bases factuelles appropriées et actualisées, la
pénurie de ressources financières, et les problèmes gestionnaires que
pose la mise en uvre de politiques sanitaires équitables dans un
environnement pluraliste. La dernière section examine la manière dont
l'OMS collabore avec les pays pour définir clairement les objectifs des
systèmes de santé et renforcer ces systèmes conformément aux principes
des soins de santé primaires.
Un système de santé comprend toutes les organisations,
institutions et ressources engendrant des mesures dont le but principal
est d'améliorer la santé (1). Le système de soins de santé est
l'ensemble des institutions, des personnes et des ressources qui
participent à la prestation de soins de santé. Le présent chapitre
concerne essentiellement les systèmes de soins de santé. Toutefois, le
personnel soignant participe souvent à des activités de promotion, dans
la communauté, de conditions favorables à la santé. C'est d'ailleurs
cette relation entre les fonctions de soins aux patients et de santé
publique qui est l'une des caractéristiques essentielles de la démarche
des soins de santé primaires.
Le cadre d'évaluation de la performance des systèmes de santé,
élaboré par l'OMS vers la fin des années 90, visait à prendre en compte
l'équité des issues sanitaires dans la population qu'exigent les
principes des soins de santé primaires, en fournissant un outil
analytique qui permettra de déterminer si cette exigence est
effectivement satisfaite. Ce cadre permet d'appeler l'attention des
décideurs sur des questions telles que les dépenses de santé
catastrophiques qu'encourent un certain nombre de pays. Si ce rapport
n'applique pas directement le cadre en question, il part cependant de
l'hypothèse que les décideurs vont l'utiliser, ainsi que d'autres outils
appropriés, pour mesurer le succès d'une approche du développement des
systèmes de santé basés sur les soins de santé primaires.
Au cours de ces dernières années, on a acquis des
connaissances utiles sur la manière dont fonctionne un système de santé
et sur les raisons d'un échec éventuel. Des initiatives telles que
l'Observatoire européen des systèmes de soins de santé donnent
d'intéressantes indications (voir l'Encadré 7.1),
mais quelques questions fondamentales demeurent non résolues. Le
présent rapport ne propose pas un modèle complet de développement des
systèmes de santé basés sur les soins de santé primaires, ce qui serait
impossible en l'état actuel des connaissances. Il vise à suggérer les
axes de recherche qui seront utiles aux pays et aux partenaires
internationaux de la santé pour évaluer les options et prendre des
mesures en vue de renforcer les systèmes et de les rendre capables de
répondre aux besoins et aux demandes de tous, notamment les pauvres.
Encadré 7.1 L'Observatoire européen des systèmes de soins de santé
Les pays de la Région européenne, dont les langues, les
évolutions et les ressources sont extrêmement diverses, ont adopté des
modes d'organisation différents pour leurs systèmes de santé.
L'Observatoire européen des systèmes et politiques de soins de santé
vise à diffuser des informations sur les leçons tirées de plus d'une
décennie de changements en analysant les réformes et en indiquant ce qui
fonctionne dans tel ou tel contexte et pourquoi. Il permet ainsi aux
responsables des politiques nationales européennes de confronter leurs
propres expériences à celle des autres, de profiter des conclusions
d'une analyse thématique et comparative des principaux problèmes
auxquels ils font face et d'avoir accès à des données claires et
pratiques.
L'Observatoire est un partenariat regroupant le Bureau
régional OMS de l'Europe, des gouvernements nationaux (Espagne, Grèce et
Norvège), des organismes internationaux et non gouvernementaux (la
Banque européenne d'Investissement, l'Open Society Institute et la
Banque mondiale) et des organismes universitaires (la London School of
Economics and Political Science et la London School of Hygiene and
Tropical Medicine). Toutes les publications de l'Observatoire sont
disponibles sur son site Web.1 Information et suivi. La série de 70 profils de pays
intitulée Health System in Transition (anglais seulement) apporte des
réponses analytiques à une gamme type de questions et utilise des
définitions claires pour créer une base d'information en soulignant ce
qui est propre à chaque pays. L'Observatoire recouvre l'ensemble de la
Région européenne et quelques autres pays de l'OCDE pour permettre des
comparaisons systématiques ainsi qu'un examen des réformes dans le
temps. Analyses. L'Observatoire publie des études complètes
sur des questions clés en rapport avec les systèmes et politiques de
santé telles que les hôpitaux, le financement, la réglementation,
l'élargissement de l'Europe, l'assurancemaladie obligatoire, les achats,
les soins de santé primaires, les substances pharmaceutiques, la santé
mentale, les ressources humaines et les objectifs sanitaires. Il utilise
la recherche indirecte ou méta-analyse et réunit des experts venus de
tous les pays d'Europe pour synthétiser les données existantes, placer
les expériences des pays dans un cadre conceptuel et en tirer des leçons
et des options pratiques. Diffusion de l'information. La participation des
décideurs et de leurs conseillers permet de s'assurer qu'ils pourront
utiliser l'information et les analyses. L'Observatoire organise des
séminaires et des ateliers pour de petits groupes de décideurs de haut
niveau, souvent en partenariat avec des organismes appuyant les réformes
des systèmes et politiques de santé, sur des questions telles que les
formules de financement, les incidences de l'adhésion de nouveaux Etats
Membres à l'Union européenne ou l'équité.
Des propos extrêmement violents s’échangent sur les réseaux sociaux et les forums de discussion.
L’arrêté royal de Maggie De Block qui envisageait de réformer le dépistage du cancer du sein a donc été suspendu. Nous ne relancerons pas ici le débat de fond sur les avantages et les inconvénients de cette proposition qui relève de la délicate gestion de la santé publique et de son coût pour la société, mais il me paraît intéressant de relever les termes utilisés par le cabinet de la ministre dans son communiqué annonçant la suspension de cet arrêté. Il y est question d’un "vent de panique rendant impossible dans les conditions actuelles un débat serein sur cette question’’.
Ce qui est significatif, me semble-t-il, c’est de voir que ce projet soutenu par la Société belge de radiologie, le KCE et la Fondation contre le cancer n’est pas remis à plus tard pour permettre une meilleure analyse scientifique des avantages et des inconvénients du dépistage individualisé face au mammotest, mais pour apaiser les passions. Le vent de panique va provisoirement se calmer, mais je ne suis pas certain qu’un débat serein sera possible de sitôt.
Dans notre société hyperconnectée où chaque personne peut diffuser à chaque instant son opinion et ses sentiments sur tous les sujets, des plus futiles aux plus importants, tout ce qui touche à la santé provoque immédiatement des réactions émotionnelles d’une grande intensité. Des propos extrêmement violents s’échangent sur les réseaux sociaux et les forums de discussion. On a traité la ministre d’assassin ! Les débats en radiotélévision sont à peine plus policés. Les responsables de ces émissions connaissent la formule qui fera le buzz : il suffit d’inviter des représentants d’associations de patients et de les confronter à deux médecins d’opinions différentes. Les avis contradictoires vont mélanger raison et passions, l’intérêt général et les histoires singulières vont s’entremêler, on va confondre dépistage et prévention, le débat sera inaudible. Tout se terminera bien cependant : d’accord, le véritable intérêt pour l’auditeur était aussi nul que la qualité d’écoute et le respect mutuel des intervenants, mais le taux d’audience était excellent !
Les sujets de controverses passionnelles ne manquent pas. Le courant antivaccinal est plus virulent en France que chez nous, mais nous ne sommes pas épargnés par les annonces alarmistes à propos des risques liés aux vaccins et à leurs adjuvants. Ils seraient responsables d’une baisse de l’immunité naturelle et accusés entre autres méfaits de provoquer l’autisme et la sclérose en plaques. Selon une enquête IFOP de janvier de cette année, 55 % des sondés estiment que le ministère en charge de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ! Ici ce n’est pas une ministre flamande qui est responsable du complot contre la santé des braves gens, mais le spectre de Big Pharma et des multinationales qui se nourrissent du malheur de l’humanité.
Autre exemple, les associations de défense des personnes atteintes de la maladie de Lyme chronique accusent les autorités de refuser le remboursement de tests réellement performants qui révéleraient que se niche là un énorme scandale sanitaire que le lobby médical et politique veut cacher à tout prix. Nous voici tous devenus experts en santé publique ! Au départ, nous avons bien notre petite idée sur le sujet en question, ensuite il nous suffit d’absorber la bouillie dont la recette est très simple : prenez des victimes et des méchants, un vif sentiment d’injustice et des intérêts financiers opaques, des statistiques tronquées et un zeste de théorie du complot. Ajoutez si possible quelques fake news. Incorporez dans un courant d’indignations et de pétitions, faites tourner en boucle sur les réseaux sociaux et servez chaud, très chaud, en attendant le prochain scandale. Bon appétit.
(Québec) Le Parti libéral
voudrait des supercliniques, le PQ plus de cliniques GMF, Québec
solidaire de meilleurs CLSC, et la CAQ des «corridors santé» entre
cliniques et hôpitaux.
Dans le dédale des promesses et des structures, une question
revient, toujours la même: qui vous aidera à trouver un médecin de
famille?
Ce fut un sujet majeur des dernières campagnes; l'objet de toutes les promesses et trop souvent de toutes les déceptions.
Cette année? Beaucoup moins d'attention il me semble. Non pas que le
problème est moindre, mais l'enjeu référendaire a repoussé tous les
autres dans la salle d'attente.
Tous disent pourtant en faire une priorité.
Le Parti libéral a rassemblé un gros trio de médecins: le discret Yves
Bolduc, le tapageur Gaétan Barrette et le chef Philippe Couillard.
Si les libéraux sont élus, les médecins vont peser lourd sur le budget
de la santé et les ententes avec les lobbies de médecins.
Certains y voient un problème éthique. Je dirais plutôt un déséquilibre de poids politique.
Le trio du PQ semble mieux équilibré: un médecin (Dr Réjean Hébert), une
pharmacienne (Diane Lamarre) et une infirmière (Gyslaine Desrosiers).
Signe des temps, le trio de la CAQ est décimé. Sa vedette de 2012, le Dr
Barrette a déserté. Celle qui lui a succédé, la Dre Hélène Daneault,
est partie au premier matin de la campagne pour un problème de santé.
Le chargé d'économie et de commerce extérieur, Stéphane Le Bouyonnec a finalement pris le relais.
Québec solidaire n'a pas vraiment de trio santé, mais un joueur de concession, le Dr Amir Khadir.
Les choix santé des trois principaux partis correspondent à la personnalité de leurs «trios».
Le PLQ est manifestement plus conciliant avec les médecins et avec le privé que le PQ tient une ligne plus dure.
Les positions de la CAQ sont moins tranchées, et Québec solidaire est
ailleurs, avec sa médecine alternative, préventive, féministe (whatever
it means), naturelle et basée sur «l'autogestion».
Faut-il être médecin pour être un bon ministre de la santé? Un
gestionnaire indépendant des lobbies médicaux ne serait-il pas plus
utile pour gérer moitié du budget du Québec?
J'ai eu partout la même réponse. Pas nécessairement un médecin. Mais
connaître le réseau est essentiel. Sinon, on est à la merci d'autres qui
décideront.
Il fut un temps où la Santé était perçue comme le cimetière des
ambitions politiques. Un ministre nommé contre son gré irait s'y casser
les dents et perdre son nom.
Ce n'est plus le cas. Les trois chefs des principaux partis, Mme Marois,
M. Couillard et M. Legault, ont été ministres de la Santé.
Aucun n'a laissé un souvenir impérissable, direz-vous, mais le paquebot
de la santé n'est pas facile à retourner. Même avec les meilleures
compétences et intentions.
Ce qui peut faire une différence: la volonté et le courage politique. Le sien et celui de son gouvernement.
J'ai passé en revue la plateforme des quatre principaux partis, parlé à
des candidats, à des médecins, à des gestionnaires et à des acteurs du
quotidien. À tous la même question : comment faciliter l'accès à un
médecin de famille?
J'ai été frappé par trois choses.
1: Le large consensus sur les causes et les remèdes (voir 10 consensus).
Cela n'empêche pas des divergences électorales, parfois philosophiques
sur le rôle du privé ou les choix budgétaires. (voir 3 pommes de
discorde). Mais on s'entend sur l'essentiel des objectifs et des moyens.
2: Il y a eu tant de promesses non tenues que les partis ne donnent plus
de date pour livrer un médecin de famille ou vider les listes
d'attente.
Le dernier à l'avoir fait aura été Gaétan Barrette pour la CAQ en 2012:
un médecin de famille pour chacun en dedans d'un an, disait-il.
«Ce n'était pas réaliste. Il le sait aussi et ne le redira pas», promet
Yves Bolduc, qui l'a accueilli avec «zen» et stoïcisme dans la famille
libérale.
3: De petits changements amorcés par un médecin produisent parfois les
résultats les plus appréciés. Un ajout aux heures de garde, une plage
gardée libre pour des urgences, un rendez-vous fixé dans le sans
rendez-vous pour réduire le temps dans la salle d'attente.
Le réseau de la santé est un monstre difficile à gérer, mais la médecine
reste une profession relativement autonome qui repose beaucoup sur des
choix individuels de médecins.
Comment améliorer l'accès aux médecins de famille?
10 consensus
1. Ramener des médecins généralistes dans les cliniques et GMF en abolissant les incitatifs à travailler dans les hôpitaux.
Les généralistes passent 40 % de leur temps à l'hôpital où ils «prennent
en charge» des malades. L'idéal serait que les spécialistes le fassent
davantage, plutôt que d'agir seulement comme consultants.
2. Déléguer davantage de tâches à des «superinfirmières» et à des pharmaciens pour libérer le temps des médecins de famille.
Il y a actuellement 150 «superinfirmières» au Québec. Tous s'entendent
pour en former davantage. La capacité actuelle de formation, de 50 à 60
par année, est cependant limitée par la disponibilité des stages auprès
de médecins.
3. Favoriser les grandes cliniques multiservices où des médecins ou des
membres de l'équipe médicale peuvent prendre le relais si son médecin de
famille n'est pas disponible.
L'ère de la pratique médicale solo ou en petits cabinets est terminée. L'avenir est aux cliniques GMF et réseau.
4. Étendre les heures de sans rendez-vous dans les cliniques et partager l'information sur les disponibilités du jour.
L'objectif des cliniques GMF (groupes de médecine familiale) était
d'offrir 68 heures de sans rendez-vous par semaine. Sur les 256 GMF au
Québec, 15 % n'ont pas encore atteint cette cible.
5. Implanter des guichets téléphoniques ou informatiques pour gérer les
consultations sans rendez-vous et réduire les files d'attente aux portes
des cliniques et le temps d'attente à l'intérieur.
Cela a aussi pour avantage de réduire les risques d'infections, de
réduire les frustrations et d'améliorer le confort des patients.
6. Inciter les médecins à réserver chaque jour des plages de temps pour
recevoir le jour même leurs patients réguliers qui n'ont pas de
rendez-vous.
7. Inciter les médecins à fixer les rendez-vous à plus court terme pour
éviter que des patients prennent plusieurs mois à l'avance un
rendez-vous dont ils n'auront pas vraiment besoin, mais qu'ils
conserveront pour ne pas perdre leur rare chance de voir un médecin.
8. Ne pas programmer d'examens annuels systématiques pour des jeunes en
bonne santé et sans antécédents génétiques. Éliminer les dédoublements
d'examens commandés par médecins.
9. Revoir le système de rémunération à l'acte des médecins, car ce
système ne favorise pas le partage des tâches médicales et la prise en
charge de nouveaux patients.
10. Former davantage de médecins de famille généralistes. Le mouvement est amorcé.
Il y a quelques années, le ratio était 55 % spécialistes pour 45 %
généralistes. Cette année, ce sera 50-50 et l'an prochain, 55 %
généralistes et 45 % spécialistes. Cela va permettre de produire chaque
année 100 médecins de famille de plus. 3 pommes de discorde 1. Étaler ou pas la hausse des salaires des médecins?
Le Parti québécois veut étaler la hausse signée par le précédent
gouvernement, l'estimant «trop généreuse pour notre capacité de payer».
Cette entente a donné 500 millions $ de plus aux médecins l'an dernier
et en prévoit 540 millions $ de plus cette année. PQ Le PQ dit constater
que l'offre de service diminue lorsque les salaires augmentent.
Le Parti libéral veut maintenir les hausses prévues et plaide au
contraire que les ententes avec les médecins prévoient des «récompenses à
la productivité». Le PLQ en fait aussi une question de rattrapage et
«d'équité» avec les médecins canadiens, sans quoi on risque un exode des
médecins, craint Yves Bolduc sans pouvoir avancer de chiffres. La
prochaine négo devra se faire au «coût de la vie», croit-il.
La Coalition avenir Québec respecterait l'entente avec les médecins.
Question de «rattrapage» et la «peur de l'exode», explique son
porte-parole, Stéphane Le Bouyonnec 2. Rembourser ou pas les examens de radiologie faits au privé?
Le Parti libéral propose le remboursement des examens d'échographie, IRM
et TACO faits en dehors des hôpitaux. Son gouvernement avait signé en
2012 une entente à cet effet répudiée par le PQ.
Le radiologiste Gaétan Barrette, qui présidait alors la Fédération des
médecins spécialistes, avait signé l'entente avec le ministre Yves
Bolduc. Tous deux sont aujourd'hui candidats libéraux.
Le PLQ croit que la mesure réduira l'attente et améliorera le service de
première ligne à meilleur coût qu'au public. Il y a cependant confusion
sur la facture. M. Barrette parle de 50 millions $ pour trois ans; M.
Bolduc de 50 millions $ par an après trois ans.
La Coalition avenir Québec est d'accord pour le remboursement. «Ce n'est
pas dans notre programme, mais c'est une bonne idée», croit
M. Le Bouyonnec.
Le Parti québécois s'y oppose. Il croit pouvoir régler le problème en
ajoutant des appareils dans les hôpitaux pour moins cher qu'au privé.
«On n'a pas de profits à générer», dit Réjean Hébert. D'ici l'été, il
n'y aura plus d'attente pour les échographies et ça aura coûté 6 ou
7 millions $, plutôt que les 25 millions $ prévus à l'ancienne entente,
rapporte M. Hébert. La prochaine étape sera les examens IRM et TACO. 3. Créer ou pas des «supercliniques» médicales?
Le Parti libéral propose de créer 50 «supercliniques» en milieu urbain
ouvertes sept jours sur sept. Ces cliniques réuniraient de 30 à 40
médecins, des infirmières, des spécialistes et des services de
radiologie et de laboratoire. Dans les faits, entre 10 et 15 cliniques
réseau correspondent déjà à cette description, reconnaît le Dr Yves
Bolduc. Pour les autres, il s'agirait de grossir des GMF existants ou de
construire de nouvelles cliniques. Il n'y a pas eu de coûts associés à
cette promesse.
Le Parti québécois préfère consolider le réseau actuel des cliniques GMF
et en ajouter 44 autres pour en porter le nombre à 300. Le PQ tient
aussi aux «cliniques réseau» qui mettent à contribution des
«superinfirmières». Dans les faits, les positions du PQ et du PLQ ne
sont pas si différentes, hormis pour les étiquettes.
La Coalition avenir Québec «rejoint le PQ» sur la question des cliniques
GMF. Elle met cependant l'accent sur des «corridors de santé», une
sorte de fast track entre les cliniques de première ligne et les
hôpitaux pour de meilleurs suivis. Cette voie rapide mènerait aussi vers
des cliniques privées spécialisées.
Santé : Il est indispensable de renforcer les services de soins primaires pour améliorer le système de santé de la Corée
26/02/2012 - En Corée, le système de santé s’appuie
trop sur les hôpitaux pour soigner les malades et pas assez sur les
cabinets médicaux de proximité pour maintenir la population en bonne
santé, selon les auteurs de l’examen consacré par l’OCDE à la qualité
des soins dispensés dans ce pays (Health Care Quality Review: Korea).
Depuis
2002, les dépenses de santé de la Corée progressent à un rythme de
près de 8 % par an, soit plus du double de la moyenne annuelle de la
zone de l’OCDE, de 3.6 %. Cette évolution tient en grande partie à un
recours excessif aux hôpitaux. La Corée compte 55 hôpitaux par million
d’habitants et 8.3 lits pour 1 000 personnes, ce qui, par rapport à la
taille de sa population, est bien supérieur aux chiffres relevés dans
la majorité des pays de l’OCDE.
Si l’investissement
dans les hôpitaux et les nouvelles technologies est en progression
rapide, les auteurs de l’examen constatent que la qualité des soins
dispensés par le système de santé de la Corée ne s’accroît pas dans les
mêmes proportions, et ils estiment qu’une amélioration des services de
soins de proximité permettrait à la fois d’obtenir de meilleurs
résultats sur le plan de la santé et de réduire le nombre d’admissions à
l’hôpital.
En 2009, on comptait 127.5 admissions à
l’hôpital de Coréens souffrant de diabète non contrôlé pour 100 000
habitants, soit plus du double de la moyenne de la zone de l’OCDE, qui
est de 50.3. De plus, une fois admis à l’hôpital, les patients coréens
sont susceptibles d’y séjourner plus de deux fois plus longtemps que la
moyenne des pays de l’OCDE, de neuf jours.
La
population âgée de la Corée est l’une de celles qui croissent le plus
vite dans la zone de l’OCDE, et les dépenses de santé de ce pays vont
continuer de progresser rapidement car les personnes ayant des
problèmes de santé multiples deviennent plus nombreuses, tout comme
celles qui sont en mauvaise santé du fait de l’augmentation du tabagisme
et de l’obésité.
Grâce aux importantes mesures
qu’elle a prises au cours des dernières décennies pour réformer
l’orientation de son action, la Corée s’est dotée d’une assise solide
sur laquelle s’appuyer pour aller encore plus loin dans cette démarche.
Afin d’aider les autorités et le secteur de la santé de ce pays à axer
leurs efforts sur le maintien de la population en bonne santé et sur
la réduction du recours à l’hôpital, les auteurs du rapport leur
recommandent de :
renforcer le système de soins primaires en
assurant un soutien financier plus important pour les services de soins
préventifs et de conseil aux patients offerts dans les dispensaires de
quartier, et en faisant en sorte que les médecins soient moins
tributaires des opérations de petite chirurgie et des tests
diagnostiques pour maintenir leur revenu ;
rémunérer les hôpitaux en fonction du degré d’adéquation des
services qu’ils fournissent, et non du nombre de ces services, en
instaurant un mode de financement fondé sur les groupes homogènes de
malades dans l’ensemble du secteur hospitalier de la Corée ;
tirer parti au maximum de l’infrastructure de classe mondiale dont
dispose la Corée pour l’information sur la santé, afin de recenser les
services de santé de qualité et de les récompenser, ainsi que de cibler
les services sur les patients qui en ont le plus besoin ;
étendre les stratégies d’amélioration de la qualité des soins
actuellement appliquées dans un nombre limité d’établissements à
l’ensemble du système de santé, notamment en amenant tous les hôpitaux à
solliciter un agrément, en perfectionnant les compétences des
professionnels de la santé et en encourageant l’utilisation de lignes
directrices sur les pratiques cliniques.
Pour obtenir davantage d’informations, les journalistes peuvent prendre contact avec Francesca Colombo (+33 1 45 24 93 60) ou Ankit Kumar (+33 1 45 24 83 70) à la Division de la santé de l’OCDE.
OECD
Health Care Quality Review: Korea est le premier d’une nouvelle série
d’ouvrages dont l’objet est d’évaluer la qualité des soins de santé
dans dix pays de l’OCDE.
Les examens consacrés par
l’OCDE à la qualité des soins de santé ont pour but de déterminer ce
qui marche et ce qui ne marche pas à cet égard dans les pays, en
analysant les efforts qu’ils déploient au regard de données de
référence et en leur donnant des conseils sur les mesures de réforme à
prendre pour améliorer la qualité des soins.
Le
système public de soins de santé canadien est un ensemble coordonné de
10 régimes provinciaux et 3 régimes territoriaux de soins de santé
financé par le gouvernement fédéral. Mieux connu pour les Canadiens sous
le nom d'assurance-maladie, c'est un système universel qui couvre tous
les services médicaux et hospitaliers médicalement nécessaires. Ces
services sont gérés et dispensés par les gouvernements provinciaux et
territoriaux (c’est-à-dire, l’état ou la région) et sont fournis
gratuitement.
Les gouvernements des provinces et des territoires
financent les services de santé avec l’aide du gouvernement fédéral
(c’est-à-dire, national). Pour obtenir tous les fonds fédéraux qui leur
reviennent pour les soins de santé, les régimes d’assurance maladie
des provinces et des territoires doivent remplir cinq critères
–l’intégralité, l’universalité, la transférabilité, l’accessibilité et
la gestion publique – qui sont énoncés dans la Loi canadienne sur la santé du gouvernement fédéral. Pour lire davantage sur le système de santé, consultez le site Internet de Santé Canada. NOTE DE RÉSOSANTÉ: Le système public de services de santé
est géré par le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique et à
ce titre n'est pas lié à des lois ou à des règlementations en matière
de langues officielles. Le système opère donc largement dans la langue
de la majorité, soit l'anglais. Cependant, avec l'appui et la
collaboration de RésoSanté Colombie-Britannique, quelques initiatives ont été mises en place pour faciliter l'accès à des services et renseignements en français.
RésoSanté continue de travailler avec ses partenaires pour améliorer
encore davantage l'offre de services et de programmes de qualité en
français.
Le descriptif ci-dessous des soins de santé en Colombie-Britannique et des types de services couverts est extrait du Guide-santé - Colombie-Britannique publié par le gouvernement provincial.
Soins de santé en Colombie-Britannique
Avant
que notre système de soins de santé ne soit universel et financé par
des fonds publics, de nombreuses familles n'avaient pas les moyens de
payer les soins médicaux ou se retrouvaient dans des situations
catastrophiques lorsqu'elles souffraient de maladie grave. Aujourd'hui,
quatre millions de Britanno-Colombiens ont accès à des soins de santé
de qualité. Le gouvernement de la Colombie- Britannique finance une
large gamme de services, y compris les soins actifs, les services
ambulanciers, les soins de santé primaires, la santé publique, les
soins de longue durée, la santé mentale et les services de toxicomanie.
Ces services sont assurés par des professionnels de la santé dans
toute la province, au sein d'hôpitaux, de cliniques, d'unités de santé
publiques, de cabinets, de maisons pour personnes âgées et
d'établissements de soins de santé.
Vous pouvez accéder
directement aux renseignements en matière de santé publique, de soins
de longue durée, de santé mentale et de programmes de désintoxication
de votre région (pour plus d'information, reportez-vous cidessous). Le
nouveau système de soins de santé de la Colombie-Britannique inclut : 5
autorités de santé publique qui gouvernent, planifient et coordonnent
les services au niveau régional; 16 zones de prestation de services de
santé dans lesquelles les patients ont accès à une large gamme de
services de santé hospitaliers et communautaires coordonnés; et 1
administration provinciale des services de santé qui coordonne et (ou)
propose des programmes et des services spécialisés provinciaux tels que
les soins cardiaques et les greffes. Pour plus d'information sur les
services proposés dans votre région, faites une recherche dans les
pages bleues de l'annuaire de votre région. Les
unités de santé publiques offrent des services communautaires/ publics
en matière de soins infirmiers, de promotion de la santé,
d'immunisation, de nutrition, d'audiologie (audition), de troubles du
langage et de la parole, et d'inspection de salubrité. Ces services sont
proposés en divers lieux, par exemple à domicile, dans les cabinets de
santé publique, les garderies, les écoles, etc. Votre unité de santé
locale peut vous fournir de l’information sur les services précis
disponibles dans votre région.
Les services de soins de longue
durée incluent toute une gamme de services de soins de santé et de
prise en charge pour les personnes admissibles qui requièrent des soins
de santé actifs, chroniques, palliatifs ou de rééducation. Les
services de soins de longue durée incluent la prise en charge, les
soins en établissement, les hôpitaux de jour, le soutien à domicile,
les soins directs (services infirmiers et services de rééducation
professionnels), les soins palliatifs et la suppléance des soignants
(relève). Les types d'aide et de soutien requis varient d'une personne à
l'autre, et l'importance des services demandés peut évoluer au cours
du temps. Contactez les autorités sanitaires de votre région pour
déterminer si une personne est admissible en soins de longue durée. Les
équipes de santé mentale communautaires offrent des services
d'évaluation et de traitement gratuits et confidentiels. Le bureau
local de santé mentale peut vous aider à obtenir ces services.
Les
services de toxicomanie liée à l'alcool, aux drogues ou autres, comme
la Ligne d'aide sur le jeu problématique, sont également accessibles
directement. Vous pouvez les joindre aux numéros indiqués dans les
pages bleues de votre annuaire, sous la rubrique Gouvernement de la
Colombie- Britannique. Le ministère de la Santé (Ministry of Health)
offre également de l’information sur la santé au grand public, tels les
BC HealthFiles, fiches d'information sur une large gamme de problèmes
de santé et de sécurité publics et environnementaux. Ces dossiers sont
disponibles sous forme imprimée ou, si vous avez accès à un téléphone à
clavier Touch-Tone et que vous préférez ce format, sous forme
d'enregistrements vocaux.
Vous pouvez également obtenir de
l’information sur les dossiers de santé et sur les autres services de
santé provinciaux dans les cliniques locales de consultation médicale
et les bureaux de santé locaux de la Colombie- Britannique. Le régime
de soins médicaux de la Colombie-Britannique (Medical Services Plan –
MSP) est le régime de santé provincial qui offre une couverture
universelle et complète des soins médicaux essentiels. Le régime MSP
est un système de soins de santé public à but non lucratif, financé par
les recettes de l'État et les transferts de fonds fédéraux. Comme tous
les régimes provinciaux, ce régime doit répondre aux normes nationales
définies pour les soins médicaux par Santé Canada. Ces normes
garantissent l'accès universel aux services médicaux essentiels à tous
les Canadiens.
Nous pouvons contribuer au bon fonctionnement du système de santé
Ces
dernières années, le système de soins de santé de la
Colombie-Britannique et du reste du Canada a dû faire face à des
pressions de plus en plus fortes : les coûts, les demandes de services
et la population augmentent, et les nouvelles technologies génèrent de
nouvelles demandes de financement. Les gouvernements provinciaux mettent
tout en oeuvre pour faire face à ces changements. Les soins de santé
sont la dépense publique la plus importante de la Colombie-Britannique –
une dépense qui représente plus du tiers du budget total de la
province.
En tant que bénéficiaire du régime de soins médicaux,
vous jouez un rôle très important dans le maintien d'un système de
soins de santé performant et réactif en Colombie-Britannique. En
réalité, tous les efforts du gouvernement et des médecins de la
Colombie-Britannique n'auront jamais autant d'impact que vous, en tant
que client, sur votre propre santé et sur la qualité du système de
soins. C'est très simple : en utilisant ce manuel (Guide-santé)
comme outil de prise de décision en matière de soins de santé, vous
vous aidez vous-même et vous aidez le système de santé à rester
performant et sain. http://www.resosante.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=46&Itemid=58&lang=fr
La couverture universelle, objectif du renforcement des systèmes de santé
Par Riku Elovainio, Economiste à l'Organisation mondiale de la Santé Alors que tous les pays sont confrontés à des problèmes de santé, la situation est plus grave dans les pays les plus vulnérables. Tout en continuant à lutter contre les grandes maladies transmissibles, les problèmes de santé maternelle et infantile, ces pays doivent également supporter le fardeau de plus en plus lourd des maladies non transmissibles. Le passage à une couverture maladie universelle est devenu un objectif essentiel pour le renforcement des systèmes de santé.
Les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) doivent être atteints d’ici moins de 1 000 jours. Établis pour orienter les efforts mondiaux en matière de développement, ces objectifs sont assortis de cibles quantifiables pour mesurer le degré de progression dans les différents secteurs (Nations Unies, 2000). La santé constitue un domaine à part entière du programme des OMD (Tableau 1), mais elle intervient également indirectement dans les autres objectifs. Elle est considérée comme étant essentielle à la mise en place d’un développement socio-économique équitable, tant au niveau des individus qu’au niveau des pays (Banque mondiale, 1993 ; OMS, 2001 ; Bloom et alii, 2011). Bon nombre de pays, parmi les plus vulnérables, ont vu récemment leur situation sanitaire évoluer positivement. Ainsi, entre 1990 et 2011, le taux mondial de mortalité des moins de cinq ans a reculé de 41 % et le ratio de mortalité maternelle de 47 % entre 1990 et 2010. Les progrès les plus spectaculaires proviennent de la région du Pacifique occidental de l’OMS (Figure 1).
Beaucoup de pays ont également accompli de notables progrès dans le traitement et le contrôle de certaines grandes maladies, telles que le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme. Le nombre de personnes vivant avec le VIH et ayant accès aux traitements antirétroviraux a ainsi progressé de 63 % entre 2009 et 2011 (ONUSIDA, 2012). Le taux de mortalité par tuberculose a, lui, chuté de 41 % au niveau mondial depuis 1990 (OMS, 2012). Ces résultats impressionnants ne doivent toutefois pas masquer les disparités existantes entre différentes régions du monde et au sein de chaque pays. Plusieurs pays vulnérables n’atteindront probablement pas les objectifs du Millénaire (Nations Unies, 2012A). Ils sont par ailleurs confrontés à des problèmes de santé qui ne sont pas directement pris en compte par les OMD. En effet, le poids des maladies non transmissibles générées par les évolutions épidémiologiques et démographiques s’accroît. Selon les estimations, 80 % des décès par maladies non transmissibles se produisent dans des pays à revenus faibles ou moyens et concernent une population plus jeune qu’ailleurs : 29 % de ces décès se produisent avant 60 ans, contre 13 % dans les pays à revenus élevés (OMS, 2011).
Identifier les besoins des systèmes de santé
Dans beaucoup de pays en développement, les systèmes de santé sont sous-développés.Cela s’explique par des choix d’investissement privilégiant les soins spécialisés au détriment des soins primaires, mais aussi par la pénurie globale de professionnels de santé et la difficulté à les maintenir dans les régions reculées. En 2006, le déficit était évalué à 4,3 millions de professionnels de santé ; 57 pays (dont 39 en Afrique) comptent moins de 23 professionnels pour 10 000 habitants (OMS, 2006). Lorsque les moyens sont limités, des contraintes structurelles (comme des infrastructures inadaptées, par exemple) pèsent sur la qualité des soins de santé. Les systèmes d’information sanitaire sont par ailleurs souvent dans l’incapacité de fournir les données qui permettraient de procéder aux ajustements et aux réformes des politiques de santé qui s’imposent. Le coût des médicaments, leur disponibilité et leur qualité sont aussi problématiques dans nombre de pays vulnérables1.
D’autres problèmes affectent les systèmes de santé dans leur ensemble, de manière transversale. Les mécanismes mêmes de financement de la santé sont parfois iniques : dans certains pays, ils font peser le coût des soins directement sur les ménages. Par ailleurs, l’accès aux services est inégal. Enfin, les causes de l’inefficacité des systèmes de santé sont nombreuses, qu’il s’agisse d’une mauvaise efficacité technique ou d’une faible efficacité allocative – comprise ici comme l’ensemble des interventions de santé assurées au bon moment et au bon endroit qui permettent d’améliorer sensiblement la santé de la population au regard des ressources disponibles.
Des ressources insuffisantes
Le fardeau que représentent les maladies dans les pays les plus vulnérables est encore alourdi par le faible niveau des revenus nationaux, le caractère informel des économies et les ressources limitées - autant de facteurs qui restreignent la capacité des pays à agir sur les grands problèmes de santé et les facteurs de risque. Un rapport de 2009 édité par le High Level Task Force for Innovative International Financing for Health Systems estimait que, d’ici à 2015, les pays à faibles revenus devraient en moyenne consacrer 60 dollars par personne et par an pour assurer la couverture d’un ensemble relativement limité de soins de base - aujourd’hui, ils n’y consacrent en 2010 que 32 dollars par habitant2 (Figure 2).
Les dépenses totales de santé sont calculées en prenant en compte à la fois les dépenses qui sont à la charge des ménages pour l’accès aux services de santé, les fonds résultant de la mise en commun de cotisations prépayées (impôt, autres recettes publiques ou primes d’assurance) et les fonds externes dans les pays bénéficiant d’une aide internationale pour la santé. Lorsque les systèmes de cotisation et de mutualisation sont peu développés, les patients n’ont pas d’autre recours que de les payer de leur poche. Ces dépenses peuvent les conduire au-dessous du seuil de pauvreté. Elles en découragent d’autres de se faire soigner ou de poursuivre leur traitement. Les pays les plus pauvres, en raison du faible montant de leurs dépenses publiques pour la santé, sont ceux où les frais de santé pèsent le plus sur les ménages : elles représentent près de 50 % des dépenses totales de santé dans les pays à faibles revenus, contre 30 à 35 % dans les pays à revenus moyens et 20 % dans les pays à revenus élevés.
Les dépenses publiques consacrées à la santé dans les pays à faibles revenus - qu’elles soient exprimées en valeur absolue ou rapportées au PIB - restent généralement très faibles. Elles s’élèvent en moyenne à 2,4 % du PIB et à 12 dollars par habitant dans les pays à faibles revenus3, contre 6,8 % du PIB et 2 400 dollars par habitant dans les pays de l’OCDE. Très peu de pays de l’Union africaine ont consacré 15 % de leur budget à la santé, comme ils s’y étaient engagés lors de la déclaration d’Abuja en 2001 (Organization of African Unity, 2001).
Le financement externe par les partenaires de développement est crucial pour combattre l’insuffisance des ressources en matière de santé. Le niveau de ces financements pour la santé a pratiquement triplé entre 2000 et 2011, passant de 11 à 28 milliards de dollars. Il est absolument nécessaire que les efforts internationaux pour soutenir les pays dont les ressources sont les plus limitées se poursuivent. Cependant, au regard des objectifs à long terme, ce sont les efforts des États eux-mêmes pour renforcer leurs systèmes de santé et leurs financements internes qui détermineront si l’on parviendra ou non à l’instauration d’une couverture universelle et à l’amélioration des résultats en matière de santé.
Le rôle du secteur privé dans la mise en place des stratégies visant une couverture universelle de santé
La couverture universelle de santé est la finalité du renforcement des systèmes de santé. Elle repose sur deux piliers : que tout le monde puisse avoir accès à des soins de qualité (qu’ils soient relatifs à des traitements ou à de la prévention), et que le paiement de ces soins ne provoque pas un choc financier pour le ménage. Les mécanismes de contribution obligatoire, basés sur le pouvoir de taxation des États, visent à distribuer la charge financière équitablement au sein de la population et à rendre les soins de santé accessibles et abordables pour tous. Le financement public est donc essentiel pour la mise en place d’une couverture universelle des soins de santé. Les mécanismes de financement volontaire (assurance maladie privée) complèteraient, dans certains contextes, le financement public et aideraient à réduire les dépenses à la charge des ménages. Ils pourraient toutefois entraver le financement croisé entre différents groupes de population - et rendre le système de financement moins équitable. S’agissant de l’offre de services, les réponses sont bien moins évidentes. Si le rôle de régulateur de l’État dans ce domaine constitue l’une des pierres angulaires d’un système de santé fonctionnant correctement, la plupart des pays ont adopté un modèle d’organisation des services de santé mixte. Dans ce domaine, aucun des deux secteurs, privé ou public, ne semble intrinsèquement supérieur à l’autre. La question principale n’est donc pas de savoir s’il faut favoriser l’un plutôt que l’autre, mais bien de trouver le meilleur équilibre entre privé et public afin d’assurer disponibilité, accessibilité, efficacité, équité et qualité des services. Le rôle du secteur privé dans le renforcement d’un système de santé - et, de là, dans la mise en place d’une couverture universelle -, dépend de son impact sur les principaux critères de performance (équité, efficacité et qualité). Si l’offre de soins du secteur privé a parfois été considérée comme plus efficace et d’une meilleure qualité, les indications disponibles ne permettent pas vraiment de conclure - les résultats variant considérablement selon le contexte (Basu et alii, 2012 ; Montagu et alii, 2011). La stratégie consistant à utiliser des financements publics pour confier l’offre de services de santé au secteur privé a été employée par beaucoup de pays (Liu et alii, 2007). C’est le cas, par exemple, de nombreux pays africains subsahariens tels que le Bénin, le Ghana et la Zambie. Ils ont fait appel à des prestataires privés à but non lucratif qui, moyennant des financements publics (pour les salaires, les médicaments et les consommables), assurent des services de santé dans les régions où les services publics correspondants sont inexistants ou irréguliers. Cette stratégie pourrait donner aux gouvernements une plus grande souplesse dans l’allocation des ressources, en évitant certaines rigidités du secteur public - en même temps qu’elle leur permettrait de se concentrer sur leurs fonctions essentielles : la gouvernance et la régulation.
Le chemin vers la couverture universelle des soins de santé impose de progresser en même temps sur plusieurs fronts. Ce qui importe, au final, c’est la manière dont les différentes composantes du système de santé participent à la mise en place d’une telle couverture, en garantissant et en encourageant l’accès aux services de santé, leur qualité, la protection contre les risques financiers, l’équité et l’efficacité.
Notes de bas de page
1 Les données disponibles concernant les pays à faibles revenus et à revenus moyens pour la période 2007-2011 montrent que - en dépit des initiatives internationales reposant sur des financements publics et privés tels que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et UNITAID -, la disponibilité d’une sélection de médicaments essentiels était, en moyenne, de 51,8 % dans les établissements de santé publics et de 68,5 % dans les établissements privés (Nations unies, 2012B)
2 Cette somme couvre l’ensemble des sources de financement, internes et externes. Ces dernières représentent en moyenne 28 % des dépenses totales de santé de ces pays.
3 Les chiffres des dépenses publiques de santé indiqués ici incluent une part des dépenses de santé provenant de sources externes mais gérées et déboursées par les autorités publiques.
Références / Banque mondiale, 1993. Rapport sur le développement dans le monde : Investir dans la santé. Washington DC. / Basu, S., Andrews, J., Kishore, S., Panjabi, R., Stuckler, D., 2012. Comparative Performance of Private and Public Healthcare Systems in Low- and Middle-income Countries: A Systematic Review. PLoS Med. / Bloom, D.E., Cafiero, E.T., Jané-Llopis, E., Abrahams-Gessel, S., Bloom, L.R., Fathima, S., Feigl, 2011. The Global Economic Burden of Noncommunicable Diseases. Genève ; Forum Economique Mondial. / High Level Task Force for Innovative International Financing for Health Systems, 2009. More money for health, and more health for the money: final report. Geneva: International Health Partnership. / Liu, X., Hotchkiss, D., Bose, S., 2007. The impact of contracting-out on health system performance: a conceptual framework. Health Policy. / Montagu, DD., Anglemyer, A., Tiwari, M., Drasser, K., Rutherford, GW., Horvath, T., Kennedy, GE., Bero, L., Shah, N., Kinlaw, HS., 2011. Private versus public strategies for health service provision for improving health outcomes in resource-limited settings. Global Health Sciences, Université de Californie, San Francisco. / Nations Unies, 2000. 55ème session de l’assemblée générale des Nations unies, Résolution A/ RES/55/2: « Déclaration du Millénaire ». / Nations Unies, 2001. First annual report based on the ‘Road map towards the implementation of the United Nations Millennium Declaration’, document A/56/326 (6 septembre 2001). / Nations Unies, 2002. Implementation of the United Nations Millennium Declaration: Report of the Secretary-General. Document A/57/270. 31 Juillet 2002. disponible à l’adresse : http://www.un.org/millenniumgoals/sgreport2002.pdf / Nations Unies, 2012A. The Millennium Development Goals Report 2012. New York / Nations Unies, 2012B. Millennium Development Goal 8. The Global Partnership for Development: Making Rhetoric a Reality. MDG Gap Task Force Report 2012. New York. / ONUSIDA, 2012. Rapport mondial : rapport ONUSIDA sur l’épidémie mondiale de sida 2012. Genève. / Organization of African Unity, 2001. African Summit on HIV/AIDS, tuberculosis and other related infectious diseases. Abuja Declaration on HIV/AIDS, Tuberculosis and Other Related Infectious Diseases, 24–27 April 2001. (OAU/SPS/ ABUJA/3) / Organisation mondiale de la santé, 2001. Macro-économie et Santé : Investir dans la santé pour le développement économique. Genève. / Organisation mondiale de la Santé, 2006. Rapport sur la santé dans le monde 2006 : Travailler ensemble pour la santé. Genève. / Organisation mondiale de la Santé, 2011. Rapport sur la situation mondiale des maladies non transmissibles 2010. Genève. / Organisation mondiale de la Santé, 2012. Base de données.
Contrat de désendettement et développement (C2D) Côte d'Ivoire
02/05/2013
La
France et la Côte d’Ivoire ont signé en décembre dernier la première
tranche du Contrat de désendettement et développement (C2D) couvrant la
période 2012-2015. Par cet accord, les montants remboursés par la Côte
d'Ivoire sont réinjectés dans l’économie ivoirienne via le financement
de nombreux projets de développement, sous forme de subventions. L'AFD
est chargée de la mise en œuvre de ce programme auquel la société
civile ivoirienne sera étroitement associée.
Une réinjection des montants dans l’économie ivoirienne
Entre
1983 et 2002, la Côte d’Ivoire a contracté auprès de la France quelque
60 prêts. Au total, elle doit rembourser 2.9 milliards d’euros, sur
une durée de 15 à 20 ans. Aujourd’hui, après plus d’une décennie de
crise, elle entame la phase de remboursement sous une forme tout à fait
originale : via un contrat de désendettement et de développement (C2D).
Ce contrat, déjà en place au Cameroun, permet à un pays de rembourser
progressivement sa dette, mais de bénéficier d’une réinjection des
fonds dans son économie.
La société civile, principal bénéficiaire
Parmi
ces secteurs, la redistribution est équilibrée entre les secteurs
sociaux et les secteurs liés à la croissance, la priorité étant
toujours donnée à la lutte contre la pauvreté : l’éducation, la
formation, l’agriculture et le développement rural, l’emploi, la santé,
la biodiversité, le développement urbain, l’eau potable, les
infrastructures de transport et la justice.
Dans le domaine de la
santé, l’accent sera mis sur le renforcement des différentes
composantes du système sanitaire ivoirien (développement des ressources
humaines paramédicales ; renforcement de la disponibilité en
médicaments essentiels ; amélioration de la qualité et de
l'accessibilité des services de santé maternelle et infantile….) et sur
la planification familiale.
Concernant
l’agriculture et le développement rural, les financements concerneront
notamment l’appui aux filières, la réhabilitation et l’amélioration
des pistes rurales (essentielles aux échanges) et à la forêt.
Le
principal bénéficiaire du C2D est la société civile, et la répartition
des fonds en son sein se fait en concertation avec toutes les parties
prenantes.
L’aide budgétaire globale accordée en 2012' 25
millions d’euros contribuera à l’apurement d’une partie de la dette
intérieure. L’aide budgétaire a pour objectif de poursuivre l’appui au
redressement des finances publiques de la Côte d’Ivoire.
Le plus gros C2D jamais signe
Afin de mener à bien cette
entreprise, la Côte d’Ivoire a signé, le 1er décembre 2012, le C2D avec
la France. Ce contrat englobe la 1ère tranche du C2D, durant laquelle
la Côte d’Ivoire s’est engagée à rembourser 630 millions d’euros sur 3
ans. Le volume de dette ainsi traité à travers le mécanisme C2D est
exceptionnel par son volume, le C2D devenant de fait le principal outil
de la coopération entre la France et la Côte d’Ivoire durant les vingt
prochaines années. Pour comparaison, Il y a deux C2D pour le Cameroun.
Le premier, 2006-2011, porte sur 537 M€. Le second couvre la période
2011-2016 pour un montant de 326 M€. Il restera un peu pour le
troisième C2D car la totalité du désendettement s’élève à environ 1
Md€.
Au 1er décembre, immédiatement après la signature, le pays a
versé sa 1ere échéance. Les prochaines échéances seront 150 millions
d’euros en 2013, puis 225 millions d’euros en 2014 et 2015
Le défi est réel, mais réalisable.
Jean-Daniel Schumacher,
président de la Société de médecine du canton de Fribourg: «Cela fait
longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme.» (Eddy Mottaz)
D’ici à 2030, la Suisse manquera de 1800 médecins de premier
recours.
Un «oui» du peuple le 18 mai pour soutenir la médecine de famille ne
suffira pas seul à régler le problème. A l’approche du vote sur la
médecine de base, le représentant de la profession à Fribourg livre sa
solution pour sortir de la crise.
Les médecins applaudissent l’idée de renforcer les soins de base
et d’encourager la médecine de famille, comme prévoit de le faire
l’article constitutionnel soumis au peuple le 18 mai. Mais ils ne sont
pas dupes. Il en faudra bien plus pour éviter la pénurie qui menace et
se fait déjà ressentir dans certaines régions.
Les chiffres
parlent d’eux-mêmes. Une enquête réalisée en 2012 par l’Observatoire de
la santé (Obsan) indique que 14% des médecins de premier recours
n’acceptent plus de nouveaux patients. Une autre étude révèle que 35%
des patients ayant recours à un service d’urgences à Berne n’ont pas de
médecin de famille.
Et la situation va en empirant. En 2011, près
de la moitié des médecins de premier recours avaient plus de 55 ans.
Toujours selon l’Obsan, d’ici à 2030, 10 millions de consultations en
médecine de famille pourraient ne plus être couvertes, ce qui représente
1800 équivalents plein-temps.
Ces dernières années, la Suisse n’a
pas formé suffisamment de médecins pour compenser les départs à la
retraite mais également les temps partiels découlant notamment de la
féminisation de la profession, la croissance de la population et son
vieillissement. Et les étudiants boudent la médecine de famille.
«Je
peux comprendre ce manque d’intérêt, explique Jean-Daniel Schumacher,
président de la Société de médecine du canton de Fribourg. Les jeunes ne
veulent plus sacrifier leur vie sociale. Or, la charge de travail d’un
médecin de famille est énorme. Il doit effectuer des gardes, a beaucoup
de responsabilités, ses tâches sont toujours plus complexes et il est
moins payé qu’un spécialiste.»
Outre la votation de mai qui
propose d’inscrire dans la Constitution l’importance de la médecine de
base, la Confédération et les cantons ont également adopté un «master
plan» mettant notamment l’accent sur la formation et la recherche. La
tarification devrait aussi prochainement être adaptée à la hausse pour
les médecins de premier recours afin d’encourager les jeunes dans cette
voie. Selon une recommandation de l’OCDE, un système de santé centré sur
la médecine de famille devrait disposer d’un médecin de famille pour
1000 habitants. En 2010, la Suisse en comptait 0,56 pour 1000 habitants.
Toutes disciplines confondues, le canton de Fribourg a la
plus faible densité médicale de Suisse romande dans le secteur
ambulatoire. Il dispose de 1,3 médecin pour 1000 habitants, contre 3,6 à
Genève. Et Jean-Daniel Schumacher a sa petite idée sur les raisons de
cette situation: selon lui, un médecin fribourgeois travaille 15 à 20%
de plus que s’il était dans un autre canton, soit une journée
supplémentaire en plus, alors que la valeur du point Tarmed y est moins
élevée qu’ailleurs. «Même s’ils choisissent la médecine de premier
recours, les jeunes médecins s’installent de préférence dans des régions
où une densité médicale plus élevée permet une meilleure répartition de
la charge», constate-t-il. Raison pour laquelle il estime que tous les
projets en cours n’y suffiront pas. Les mesures devraient être
différenciées selon les régions et découler d’une véritable
planification médicale, estime-t-il. Et il est amer.
«Cela
fait longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme. Cette situation pouvait
être anticipée. Dans le canton de Fribourg, la Société de médecine a
fait des propositions, notamment pour rationaliser les systèmes de garde
en collaboration avec les hôpitaux. Nous n’avons pas été écoutés.
Maintenant, le mal est fait. La pénurie est une réalité et les patients
s’y sont habitués. Ils sont allés voir ailleurs. Les Singinois vont à
Berne, les Broyards à Payerne, les Veveysans à Lausanne.»
Une
des solutions se trouve probablement à la Zelgstrasse 25, à Tavel,
chef-lieu de la Singine. Comme beaucoup de ses confrères, Jean-Daniel
Schumacher y a installé un cabinet de groupe. «Une concentration de
cerveaux», résume-t-il, avec cinq médecins sous un même toit, dont son
épouse, spécialiste en rhumatologie. «Nous avons construit l’immeuble et
investi dans des installations très modernes, dotées d’un système
informatique à la pointe. Le médecin généraliste deviendra toujours plus
un chef d’équipe, un coordinateur des soins. Ce modèle correspond
davantage à ce que la relève recherche dans ce métier.»
Remo Osterwalder, président de la Société médicale du
canton du Jura, est cardiologue mais il a suivi le même chemin: il a
créé un cabinet de groupe à Delémont. «Il faut s’adapter et arrêter de
gémir. Les médecins qui cherchent un successeur ne peuvent pas exiger
des plus jeunes qu’ils reprennent leur cabinet. La nouvelle génération
cherche autre chose, elle renouvelle la profession, s’installe là où
elle veut, sachant que les patients sont également plus mobiles. Un
village, un médecin: c’est fini. La population comprend très bien cette
évolution. Il n’y a que les politiciens qui cultivent encore cette
vision nostalgique de la profession.»
Installé à
Chavornay (VD), le Dr Pierre de Vevey est conscient que le cabinet de
groupe est l’avenir de la profession. «Les jeunes aiment travailler en
équipe, constate-t-il. De plus, un médecin qui s’installe seul aura
beaucoup de peine à tourner et plus encore s’il veut travailler à temps
partiel.» Mais il met en garde: «Le balancier ne doit pas aller à
l’excès dans l’autre sens. Les trop grands cabinets comportent aussi des
risques, notamment de mésentente entre partenaires. On remarque
également que d’autres acteurs économiques se mettent à investir dans
cette formule, les assurances par exemple. Les jeunes médecins doivent
veiller à ne pas se laisser séduire par des propositions qui semblent
alléchantes à première vue mais qui peuvent se traduire par des
exigences de rentabilité. Les médecins doivent conserver leur liberté
thérapeutique.» Un autre défi.
D'ici cinq ans, plus de médecins spécialistes que de généralistes
Au
1er janvier 2014, le Conseil national de l'ordre des médecins recensait
198 760 médecins dits en « activité régulière ». | AFP/PHILIPPE HUGUEN
Le Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM) a dévoilé, jeudi 5 juin, la nouvelle édition de son rapport sur la démographie médicale. Au 1er
janvier 2014, le CNOM recensait 198 760 médecins dits en « activité
régulière ». En légère baisse de 0,3% par rapport à l'année 2013, ce
chiffre vient confirmer la stabilisation des effectifs qui, selon le CNOM, devraient stagner jusqu'en 2020.
Toujours moins de généralistes
La baisse des médecins généralistes s'accentue. Entre 2007
(date de la première parution de l'Atlas) et 2014, elle est de 6,5%,
avec 90 630 médecins aujourd'hui. Sur la même période, le nombre de
médecins spécialistes a augmenté de 6,1%, pour atteindre 84 335 praticiens. La tendance devrait se confirmer jusqu'en 2020. Selon les prévisions de l'ordre, le rapport de force se sera alors inversé.
Les médecins retraités travaillent de plus en plus
Le cumul emploi-retraite est en pleine progression. Les effectifs des médecins retraités actifs continuent à augmenter, avec + 18,2% en 2013. Ils sont aujourd'hui 12946, soit cinq fois plus qu'en 2007.
Ce cumul concerne plus spécifiquement les praticiens âgés de
65 à 69 ans. Les retraités actifs se concentrent surtout dans les
territoires bien pourvus en médecins.
La région a perdu de son attractivité. Entre 2007 et et
2014, avec - 5,6%, elle enregistre la plus forte diminution des
effectifs en activité totale (généralistes et spécialistes). La région Pays-de-la-Loire recense, elle, la plus forte hausse (+5,3%).
C'est aussi en Ile-de-France
que la densité des généralistes a le plus baissé. En 2007, elle était
parmi les régions où la densité était la plus forte, mais avec 132,7
généralistes pour 100 000 habitants, elle est aujourd'hui dans la
moyenne.
Entre 2007 et 2014, Paris
est le département où le nombre de généralistes a le plus baissé, avec -
21,4%. Soit plus que l'Aisne (-18,1%), la Nièvre ou le Val-de-Marne
(-17,9%). Mais il reste celui où la densité est la plus forte, avec
200,3 médecins pour 100 000 habitants.
Toujours plus de femmes
Les femmes représentent désormais 44% des médecins en
activité régulière (+ 1%), soit six points de plus qu'en 2007. Et elles
représentent 58 % des nouveaux inscrits au tableau de l'ordre.
Le nombre de médecins étrangers a quadruplé en dix ans
Belga
Publié le
- Mis à jour le
Sciences - Santé
Le nombre de généralistes, spécialistes et étudiants en médecine de
nationalité étrangère est passé en dix ans de 1.712 à 5.372, mais c'est
surtout le nombre d'étudiants en médecine de nationalité étrangère qui a
sensiblement augmenté, passant de 800 en 2004 à 3.001 en 2014, selon
des chiffres du SPF Santé publique publiés par les magazines Artsenkrant
et Journal du Médecin. Cela signifie qu'actuellement, un étudiant en
médecine sur quatre n'a pas la nationalité belge. On dénombrait en
Belgique en 2004 145 médecins généralistes actifs ayant une nationalité
non belge (0,9 pc du total), contre 365 en 2013 (2,2 pc). La Belgique
compte surtout des spécialistes non belges: 767 en 2004 (3,4 pc du
total) contre 2.006 l'an dernier (7,1 pc).
La Belgique attire davantage les médecins et spécialistes en
formation, qui sont passés de 800 (7,7 pc du nombre total d'étudiants en
formation de médecin ou spécialiste) en 2004 à 3.001 (24,1 pc) l'an
dernier.
La majeure partie des médecins et étudiants en médecine étrangers
viennent d'Europe, principalement des pays limitrophes. La France arrive
en première position, suivie par les Pays-Bas, mais on retrouve la
Roumanie en troisième position.
Les médecins et étudiants en médecine des pays méditerranéens
touchés par la crise économique, comme l'Espagne, l'Italie et la Grèce,
ont été de plus en plus nombreux à se tourner vers la Belgique ces
dernières années.
Si l'on regarde au-delà des frontières européennes, on constate une
augmentation des médecins et étudiants en médecine tunisiens et
marocains, mais aussi libanais et camerounais.
J'aimerais d'autre part, souligner l'excellent service que l'on reçoit au Centre Hospitalier Universitaire de Sherbrooke (CHUS). Des gens très professionnels, dévoués, dédiés et à l'écoute des patients. Merci à eux d'être là dans les moments les plus difficiles.
Néanmoins, j'ai été frappé par le % de temps que des infirmières passent dans la paperasse.
J'ai eu des traitements en dermatologie à l'hôpital après une très longue attente :deux personnes acccompagnaient le médecin.Au privé, POUR UN TRAITEMENT ÉQUIVALENT ,LE MÉDECIN ÉTAIT SEUL. Je ne me demande pas pourquoi ça coûte se si cher à l'état...
C'est la pire urgence. Je prefere conduire jusqu'a Ste-Agathe. On est tellement mieux recus.
Article du JdeM en octobre 2014 http://www.journaldemontreal.com/2014/10/09/la-place-du-prive-en-sante
« Quant à nos amis suisses, ils ont la conviction qu'ils ont le meilleur système de santé au monde mais qu'il leur coute très cher. Il n'y a pas de régime public d'assurance en Suisse, nous n'y retrouvons que des régimes privés avec une protection de base obligatoire qui se retrouve sensiblement dans les mêmes couts quelle que soit la compagnie d'assurance. À ces protections de base, ils peuvent ajouter des protections complémentaires qui sont tarifées en sus. Tous les services médicaux sont facturables, que ce soient des services dispensés par des établissements privés ou publics. Nos hôtes ont cette douloureuse impression que les compagnies d'assurance s'en mettent plein les poches et viennent grever sérieusement leur bas taux d'imposition.»